NOTE D'ACTUALITÉ N°467
Où ERDOGAN CONDUIT-IL LA TURQUIE ?

Alain Rodier
20-03-2017

 

 

 

Le conflit syrien a agi comme un révélateur des ambitions du dirigeant turc Erdogan, qui a utilisé cette situation, avec plus ou moins de réussite, pour tenter de faire aboutir sa stratégie personnelle et renforcer le rôle de son pays sur la scène régionale

Le problème kurde, source de différend avec Damas

Le plus grand problème de la Turquie moderne est celui du PKK, mouvement marxiste-léniniste séparatiste né en 1978 et passé à l'action violente en 1984. Au départ, Moscou soutint ce groupe, voyant là un moyen de déstabiliser la Turquie qui assurait la défense du flanc Sud de l'OTAN dans le cadre de la Guerre froide. Depuis la dissolution du Pacte de Varsovie en 1991, et même si Moscou n'y n'est plus pour rien, la guérilla perdure dans le sud-est anatolien. Depuis le milieu des années 1980, les bases arrière du PKK se situent en Irak du Nord, sur les flancs du mont Qandil, à proximité de la frontière iranienne, et en Syrie (et accessoirement au Liban). Son chef, Abdullah Öcalan, bénéficia même du statut « diplomatique » à Damas. En conséquence, les relations entre la Turquie et la Syrie - soutenue par la Russie - étaient exécrables. La disparition de l'URSS a permis une amélioration des relations entre Moscou et Ankara. Parallèlement, la Russie n'a plus assuré une protection aussi significative à son allié syrien, car elle n'en n'avait plus les moyens, et les séparatistes kurdes turcs ne lui étaient plus utiles. La Turquie en a profité pour exercer une intense pression sur la Syrie, allant jusqu'à la menacer d'une intervention militaire. Öcalan a perdu progressivement les avantages qui lui avaient été accordés puis, en 1998, Damas s'est décidé à l'expulser. Après une traque digne des meilleurs romans d'espionnage qui l'a mené de Grèce en Russie, puis en Italie, il a fini par être enlevé au Kenya par les services secrets turcs, vraisemblablement aidés par la CIA et le Mossad. Condamné à mort, sa peine a été commuée en prison à vie qu'il purge sur l'île d'Imrali située en mer de Marmara[1].

La disparition d'Hafez el-Assad le 10 juin 2000, laissant la place à son fils Bachar, change la donne. En Turquie, l'AKP parvenu au pouvoir en 2002 et Erdoğan devenu Premier ministre en 2003, renouent avec Damas. Erdoğan développe même des relations personnelles chaleureuses avec Bachar el-Assad. Mais comme beaucoup d'autres en 2011, il est convaincu que le régime syrien va être emporté par le « printemps arabe » en quelques semaines.

Il pense alors que l'opportunité s'offre à lui de devenir le leader du monde musulman sunnite, d'autant que des Frères musulmans (dont il est très proche) sont au pouvoir en Égypte, en Tunisie et qu'ils sont persuadés de prendre à terme la direction de la Libye. Il se voit déjà traiter d'égal à égal avec Téhéran, le vieil adversaire perse de la Turquie.

Il décide donc de soutenir massivement la rébellion syrienne sans trop se pencher sur ses motivations réelles. Il prend également la défense de la cause palestinienne qu'il pense porteuse pour asseoir son rôle de leadership dans le monde sunnite. Il est vrai que les Palestiniens sont surtout défendus par Téhéran, les capitales sunnites semblant s'en désintéresser en dehors de déclarations de principe. La tragédie survenue à la fin 2010 sur le Mavi Marmara, un navire battant pavillon turc qui tentait de rallier Gaza en forçant le blocus israélien, qui fit neuf morts lors de l'assaut donné par les gardes-côtes israéliens, lui en donne le prétexte. Les relations qui étaient excellentes entre la Turquie et Israël se dégradent alors considérablement.

Les succès et les échecs d'Erdoğan

Erdoğan a de nombreux succès à son actif.

- L'économie de la Turquie s'est considérablement développée depuis qu'il est aux affaires. Il a su redistribuer une partie de la manne ainsi acquise aux plus défavorisés des banlieues des mégapoles turques et de la campagne anatolienne. C'est dans ce tissu populaire qu'il vient chercher les électeurs qui lui font gagner tous les scrutins depuis 2003. Point besoin de bourrer les urnes : il reste populaire et devrait être plébiscité lors du référendum du 16 avril prochain qui doit lui donner les pleins pouvoirs par un changement constitutionnel qui présidentialise le régime.

- Depuis qu'il est entré en politique au milieu des années 1970, ses partisans ont infiltré tous les rouages de l'administration et plus particulièrement la police, la justice, l'éducation, mais aussi le monde des affaires. Il le doit au mouvement religieux Hizmet de Fethullah Gülen qui, sous des dehors de modernité, a joué un rôle occulte très efficace parvenant même à mettre au pas l'armée en envoyant nombre de ses cadres en prison via des procès truqués.

- Lors de la prise de Mossoul par Daech en 2014, des membres du consulat turc implanté dans la ville et leurs familles (48 personnes au total) avaient été pris en otage. Alors que ce mouvement salafiste-djihadiste a pour habitude d'assassiner ses prisonniers, les services spéciaux turcs (le MIT) sont parvenus après de longues tractations à les faire libérer. Les termes de l'échange ne sont pas connus, mais cela a constitué un succès indéniable pour Erdoğan.

- Il est enfin parvenu à faire ce qu'aucun gouvernement turc n'avait réussi à faire : entamer des négociations avec le PKK via le MIT. Bien qu'emprisonné, Öcalan a gardé une grande influence sur une partie des activistes kurdes. Le Parti démocratique des peuples (HDP), proche de la cause kurde, a servi d'intermédiaire politique. Erdoğan est ainsi parvenu à établir un cessez-le-feu à peu près respecté et les militants du PKK ont commencé à se replier au Kurdistan irakien.

 

Mais plusieurs facteurs, pour la plupart extérieurs à sa personne, sont venus mettre à mal ses ambitions.

- Tout d'abord, le régime de Bachar el-Assad a présenté une résilience inattendue. Les mouvements d'opposition se sont alors radicalisés vers une option islamique de plus en plus extrême et difficile à contrôler.

- Le mouvement Gülen a lancé des accusations de corruption de proches d'Erdoğan (dont un de ses fils) alors qu'il avait toujours mis en avant sa probité personnelle laquelle tranchait avec l'attitude générale du monde politique turc.

- Le HDP ne lui a pas « renvoyé l'ascenseur » qui lui aurait permis d'obtenir la majorité absolue au parlement lors des élections législatives de 2015, condition nécessaire pour faire adopter une nouvelle constitution et asseoir le régime présidentiel qu'il appelait de ses voeux.

- Le PYD (Parti de l'Union démocratique syrien) de Salih Muslim, très proche de ses cousins du PKK, a obtenu une autonomie de fait sur trois cantons le long de la frontière turque. Pire, il s'est attiré la sympathie des Occidentaux en résistant à Daech, en particulier lors de la bataille de Kobané.

- Et enfin, certains militaires ont tenté un coup d'Etat le 15 juillet 2016, qui a échoué lamentablement. Depuis, Erdoğan s'en est servi pour étouffer toute opposition à son pouvoir absolu. Il fait emprisonner nombre de militaires, de policiers, de juges, d'intellectuels en les accusant d'être des « putschistes gülenistes », alors que ce mouvement n'est pas à la base du coup d'Etat.

Les revirements tactiques d'Erdogan

Voyant son rêve de mainmise sur le monde sunnite lui échapper et sous la pression internationale, le président Erdoğan rejoint la coalition anti-Daech à l'été 2015, donnant en particulier l'autorisation aux forces aériennes internationales (essentiellement américaines) d'utiliser la base d'Incirlik, près d'Adana. Celle-ci présente l'immense avantage de mettre la Syrie et l'Irak à portée opérationnelle raisonnable pour les chasseurs bombardiers. Même si l'armée turque reste globalement l'arme au pied, la Turquie est alors confrontée à une vague d'attentats non revendiqués mais attribués à Daech. Des actes de violence sont également commis par Les Faucons de la liberté (TAK), un groupuscule violent proche du PKK. Il est possible que le TAK - dont les dirigeants sont considérés comme jusqu'au-boutistes - ait voulu torpiller le processus de paix. Si c'est le cas, il y est parfaitement parvenu.

Erdoğan rompt alors le processus de paix qu'il avait su initier, et déclenche une guerre totale contre le PKK, mais sans s'en prendre directement à Daech. Ainsi, selon l'ONU, les forces de sécurité turques auraient commis de « graves violations » des droits de l'Homme en 2015 et 2016, déplaçant de force entre 355 000 et 500 000 personnes et en se livrant à des destructions massives et à des assassinats. Plus de 30 villes du sud-est anatolien auraient également été en partie détruites[2].

 

Fin septembre 2015, à la surprise générale, les Russes interviennent directement en Syrie pour soutenir Bachar el-Assad qui est aux abois depuis le début de l'année, malgré l'aide apportée par l'Iran et ses « brigades internationales » à base de Hezbollah libanais et des milices chiites irakiennes et afghanes.

Les Russes matraquent en priorité les mouvements rebelles dits « modérés », plus ou moins soutenus par la Turquie, rendant Erdoğan fou furieux. Il décide alors de réagir en adressant un message significatif à Moscou. Le 24 novembre 2015, deux chasseurs turcs F-16 placés en embuscade près de la frontière syrienne abattent un aéronef russe Su-24 qui survole l'espace aérien turc durant quelques dizaines de secondes. Il est vrai que depuis le début de l'intervention russe en Syrie, des appareils russes viennent titiller la défense aérienne turque. Les deux pilotes parviennent à s'éjecter mais l'un d'eux est tué durant sa descente en parachute par un groupe turkmène. Le deuxième est sauvé par les forces russes et iraniennes, mais un militaire russe est également tué lors cette action de récupération. Le monde entier retient son souffle : quelle va être la réaction de l'ours russe ? De lourdes sanctions économiques sont effectivement prises asséchant un peu plus l'industrie du tourisme et limitant l'embauche de travailleurs turcs en Russie, sachant que ces derniers y sont très nombreux, particulièrement dans le domaine du bâtiment. De plus, la Turquie est presque totalement dépendante du gaz russe (l'Iran en fournit aussi mais dans une bien moindre mesure). Mais en ce domaine, aucune mesure de rétorsion n'est prise.

En mai 2016, le PKK abat un hélicoptère AH-1 Cobra turc dans la région de Çukurça, située au sud-est de la Turquie, à l'aide d'un missile anti-aérien portable 9K38 Igla. Les deux membres d'équipage sont tués. Ce qui est curieux, c'est que le PKK n'a jamais reçu, du moins jusqu'alors, un tel armement. D'où l'hypothèse que les Russes l'aient aimablement fourni au PKK, via le PYD syrien, avec pour mission d'abattre un aéronef turc... Une sorte de réponse à l'action du 24 septembre !

En juin 2016, le président Erdoğan, lors d'un volte-face dont il a le secret, s'excuse officiellement pour la mort des deux militaires russes, mais il refuse néanmoins de payer des compensations aux familles. Curieux hasard, le responsable turkmène qui est soupçonné avoir fait assassiner le pilote russe est arrêté peu après en Turquie. Il s'agit d'Alparshan Çelik, un membre des Loups gris[3], groupuscule faisant partie de l'extrême-droite turque historique.

Erdoğan renoue alors le dialogue avec Moscou, mais aussi avec Israël, Benyamin Netannyahou ayant présenté ses excuses pour les morts du navire Mavi Marmara, indemnisé les familles et autorisé la Turquie à participer à divers projets humanitaires dans la bande de Gaza. De son côté, le président Poutine - suivi rapidement par Téhéran - est l'un des premiers chefs d'Etat à condamner la tentative de putsch du 15 juillet 2016. D'ailleurs, les deux pilotes de F-16 qui ont abattu le Su-24 se retrouvent ensuite accusés d'y avoir participé... étrange !

Les affaires économiques bilatérales turco-russes repartent de plus belle, en particulier les projets de construction d'une centrale nucléaire (projet Akkuyu) et surtout du gazoduc Turkstream, ce dernier étant signé par le président Poutine le 7 février 2017[4].

Le 24 août 2016, l'opération Bouclier de l'Euphrate est lancée par l'armée turque en « soutien » de groupes rebelles modérés, dont l'un des plus important est la brigade Sultan Mourad. Ces forces s'emparent d'une portion de terrain le long de la frontière syrienne allant de Jarablus à l'est, à Azaz, à l'ouest. Les localités très symboliques de Dabiq et d'Al-Bab sont reprises à Daech par les Turcs.

Les présidents Poutine et Erdoğan font alors preuve d'un pragmatisme stupéfiant. Ils décident de se partager le champ de bataille. Les Russes sont libres d'agir à leur guise à Alep et la partie des rebelles qui est soutenue par Ankara quitte cette ville pour participer à l'opération Bouclier de l'Euphrate.

 

La situation en Syrie a des répercussions directes en Turquie. Un fait dramatique vient confirmer la situation complexe que rencontre la Turquie. Andreï Karlov, l'ambassadeur russe en poste en Turquie, est assassiné par un policer turc[5] le 19 décembre 2016. Ce fonctionnaire qui n'était pas en service au moment des faits clame en mauvais arabe « Nous sommes ceux qui ont voué allégeance à Mahomet pour le djihad jusqu'à notre dernière heure ». Il  ajoute en turc « N'oubliez pas Alep, n'oubliez pas la Syrie ! [...] Dieu est grand ! ». A l'évidence, ce meurtre non revendiqué est le fait d'un individu isolé qui reproche à Moscou son intervention en Syrie et qui n'apprécie pas la politique du président Erdoğan.

Cela permet de mettre en évidence un fait peu connu : de nombreux Turcs - même d'origine kurde - sont favorables aux mouvements rebelles salafistes-djihadistes. Un sondage de janvier 2016 montre que seulement 10% des Turcs considèrent Daech comme un mouvement terroriste ! Sur le terrain, des milliers de Turcs luttent dans les rangs de Daech et d'autres mouvements plus ou moins liés à Al-Qaida « canal historique ».

Depuis qu'Erdoğan a désigné Daech comme « ennemi », de nombreux Turcs sensibles aux thèses islamistes sont devenus des « militants perdus, capables de tout. D'ailleurs, les attentats terroristes - désormais revendiqués officiellement par Daech - se multiplient et viennent s'ajouter à ceux perpétrés par le PKK. Seules les cibles sont différentes : le mouvement séparatiste kurde vise des représentants de l'autorité - avec toutes le pertes collatérales que le terrorisme peut provoquer - alors que Daech tire sur tout ce qui bouge. Il faut se rappeler que pour ce mouvement salafiste-djihadiste, tout ce qui ne se soumet pas à Al-Baghdadi - alias calife Ibrahim - constitue un objectif potentiel.

L'imbroglio militaire syrien

Une situation très confuse se développe entre Al-Bab et Manbij où les Turcs conduisnet leur opération Bouclier de l'Euphrate, car les Américains sont aussi partie prenante dans cette zone. En effet, ils soutiennent les Forces démocratiques syriennes (FDS) dont la principale composante est constituée des Kurdes du PYD. A l'été 2016, cette formation a conquis de haute lutte la ville de Manbij qui se trouve à 48 kilomètres au nord-est d'Al-Bab.

Erdoğan affirme sa volonté de reprendre cette localité tenue par des Kurdes qu'il place au même niveau que Daech. Pour éviter ce dérapage, les Américains expédient quelques centaines d'hommes du 75e régiment de Rangers sur zone en espérant que les Turcs vont hésiter avant de les prendre pour cibles. De leur côté, les FDS demandent à l'armée syrienne et aux Russes à s'installer entre Al-Bab et Manbij pour servir de « force d'interposition ».

Résultats des courses : les FDS et les Américains sont à Manbij, l'armée régulière syrienne et les forces spéciales russes juste à leur ouest, puis enfin l'armée turque et ses milices anti-Assad. En résumé, les FDS mangent aux deux râteliers et les militaires américains sont en visuel de leurs homologues russes et de l'armée régulière de Bachar el-Assad...

 

Les Américains souhaitent poursuivre l'offensive sur Raqqa, la « capitale » de l'organisation Etat islamique, dont la chute serait psychologiquement très importante car elle constituerait le début de la fin de ce proto-Etat. Pour l'instant, ce sont les FDS, appuyées par des membres des forces spéciales américaines et d'une batterie d'artillerie servie par les Marines, qui sont à la manœuvre. Afin d'amadouer Ankara, Washington affirme que les Kurdes sont désormais minoritaires au sein des FDS ce qui est vraisemblablement un gros mensonge. Erdoğan refuse de plier et propose que les rebelles qu'il soutient, « appuyés » par l'armée turque et les forces américaines, mènent l'offensive. Mais, la nouvelle administration Trump semble avoir décidé d'attendre les résultats du référendum turc du 16 avril, qui doit permettre la présidentialisation du régime turc, pour prendre une décision. Pour l'instant, il est question d'envoyer un millier de GI's supplémentaires en Syrie.

Au-delà de l'aspect militaire, qui est loin d'être simple, la décision de l'administration américiaine sera surtout lourde de conséquences sur le plan politique.

- Si Washington choisit l'option kurde des FDS, Erdoğan prendra des mesures coercitives dont les premières pourraient être la fermeture de la base aérienne d'Incirlik aux forces de la coalition anti-Daech et un rapprochement encore plus marqué avec la Russie. Par exemple, il est de plus en plus question qu'Ankara achète des systèmes de défense anti-aériens S-400 qui sont incompatibles avec les systèmes de l'OTAN. Il serait toutefois étonnant que Moscou accepte de fournir ce type d'armement à la Turquie car la relation entre les deux pays peut toujours évoluer. Cela dit, il est toujours possible d'installer un bug dans les systèmes électroniques très sophistiqués des S-400 ; si la situation tournait mal, ils pourraient être neutralisés instantanément.

- Si la solution kurde n'est pas choisie, ces derniers se sentiront une fois de plus abandonnés et se concentreront uniquement sur le renforcement du Kurdistan syrien (le Rojava) avec l'appui de Moscou, dont des conseillers sont déjà présents à leurs côtés.

A l'évidence, la méfiance est de règle entre les dirigeants turcs et russes car les objectifs à long terme restent différents. Mais pour l'instant, une coopération est jugée nécessaire, en particulier pour faire pièce aux Américains. Depuis l'élection de Donald Trump, le président Poutine redouble d'énergie diplomatique organisant des négociations de paix entre les différentes parties engagées dans le conflit syrien, en recevant le Premier ministre israélien et le président turc qu'il considère vraisemblablement comme des « déçus de Washington ». Il a également su s'imposer sur le plan militaire provoquant un sommet des chefs d'état-major turc, américain et russe à Antalya le 7 mars 2017[6].

Il faut aussi prendre en compte un nouveau danger dans la province d'Idlib, située au sud de la province d'Efrin tenue par les Kurdes : la montée en puissance de la coalition Hayat Tahrir al-Cham (Organisation pour la libération de la Syrie/OLS), liée idéologiquement à Al-Qaida « canal historique », qui s'oppose à Ahrar al-Cham soutenu par la Turquie, l'Arabie saoudite, le Qatar et les États-Unis. Non seulement Hayat Tahrir al-Cham tente de prendre le contrôle de la province d'Idlib, mais il étend ses tentacules à toute la Syrie utile, ayant mené des attentats contre le QG des services de renseignement syriens à Homs, le 15 février 2017 - faisant au moins 42 tués - et contre des pèlerins chiites irakiens à Damas,  le 12 mars 2017 - plus de 74 morts -,  alors qu'un accord avait été trouvé pour que les rebelles assiégés depuis fin 2013 évacuent la ville.

 

 

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Erdoğan a trois ennemis qu'il place sur un pied d'égalité en les qualifiant tous de « terroristes » : le PKK (et ses affiliés du YPG), Daech et le mouvement Gülen, dont le leader Feytullah est toujours réfugié aux États-Unis. Son rêve de se voir en leader du monde musulman semble, pour l'instant abandonné, mais il tient toujours à jouer un rôle de premier plan au Proche-Orient. A l'intérieur, Erdoğan s'appuie sur son parti, l'AKP, ses services secrets qu'il considèrent comme un outil indispensable à sa politique étrangère, mais aussi sur les Loups gris, un mouvement néo-fasciste et anti-Kurdes.



  • [1] Ankara est soucieux de garder le vieux leader kurde en vie, à tel point que lorsqu'il y un tremblement de terre dans la région (ce qui arrive parfois la zone étant sismiquement à risques), il est conduit en dehors des bâtiments pour ne pas être enseveli sous les décombres.
  • [2] Le nombre de victimes s'élèverait à quelque 2 000 tués, dont 800 membres des forces de l'ordre.
  • [3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Loups_gris - cite_note-9
  • [4] Il n'en reste pas moins que les deux pays continuent à entretenir des divergences sur la situation internationale comme au sujet de la partition de Chypre et du Nagorno-Karabakh.
  • [5] Mevlüt Mert Altintas, âgé de vingt-deux ans. Il est abattu par les forces de sécurité peu après son forfait.
  • [6] Auquel aucun autre allié membre de la coalition anti-Daech n'était convié, ni l'Iran pourtant très engagé en Syrie.