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TRIBUNE LIBRE N°29
L'AFFAIRE CAHUZAC ET « L'ARMÉE ». FAUT-IL EN RIRE OU EN PLEURER ?

Général Michel Masson
03-05-2013

 

 

 

 

Général de Corps Aérien (2e section) Michel Masson
Ancien directeur du renseignement militaire (2005-2008)

 

 

 

 

Dans le grand cirque de l'absurde, les media tiennent parfois le haut de l'affiche. Pas toujours pour nous faire rêver ou nous faire rire.

Le 11 avril dernier, le chapiteau était dressé à Lausanne : selon une parution en ligne de L'Hebdo - magazine helvétique - « L'armée [ndr : française] aurait précipité la chute de Jérôme Cahuzac » ! Titre choc : en l'espèce, une fois encore, il s'agissait plus de faire du « buzz » (soyons tendance), que d'informer le citoyen (suisse en l'occurrence, mais les frontières entre nos deux pays sont tellement poreuses, ... silence gêné... et celles de l'infosphère inexistantes)! On nageait plus dans les élucubrations d'un pigiste de l'écho des popotes victime du syndrome de la page blanche, que parmi les investigations d'un Albert Londres (« ... descendre dans les fosses où la société se débarrasse de ce qui la menace ou de ce qu'elle ne peut nourrir[1]... ») ou d'un Bob Woodward. C'est bien ce dernier qui affirmait, s'agissant de ce qu'il qualifie la « bulle de l'information » : « Il y a beaucoup de vent et peu d'informations de valeur[2] ».

Faut-il préciser que cette « information » était d'une ânerie ? Et donc en pleurer ou en rire ?

On ne fait jamais assez de pédagogie. Alors, avant tout, un peu de sérieux et d'analyse : quel service, dans « l'armée » (française, précisons) aurait eu les moyens - si ce n'est la volonté - d'enquêter dans un pays étranger sur un dossier qui ne relève ni de ses compétences, ni de ses capacités de recherche ? Même si les acharnements de Bercy contre le budget de la défense, cette poire pour la soif des chasseurs de millions d'euros de la rive droite de la Seine, sont de longue date la menace principale contre les capacités militaires françaises (parlez en aux officiers en charge des affaires budgétaires à l'état-major des armées - EMA - ou aux fonctionnaires de la Direction des affaires financières de ce ministère[3]), nos armées sont et resteront profondément républicaines. C'est-à-dire qu'elles servent et respectent l'autorité politique démocratiquement élue, les décisions gouvernementales et le cadre qui leur est imparti pour effectuer leurs missions. Qu'on se le dise hors de nos frontières, comme à l'intérieur.  

Seules concessions à cet article farfelu, on y trouve tout de même des constats de bon sens sans appel: « Comme en Suisse, son budget [ndr : celui de la Défense française] est une des seules réserves stratégiques du gouvernement... » et « ... vous ne verrez jamais des militaires descendre dans la rue pour manifester contre la détérioration de leurs conditions de travail. Ils souffrent en silence... ». Juste.

Mais il y a d'autres affirmations qui feraient rire même les plus acharnés des réductions budgétaires : « L'armée a eu sa peau [ndr : monsieur Cahuzac]. On ne s'attaque pas impunément à nous... Il voulait notre mort. Nous l'avons eu. Et d'autres ministres pourraient suivre si Hollande continue sur cette voie ». Les « barbouzeries » chères à notre belle presse nationale, qu'elle entretient avec délectation depuis l'affaire Dreyfus, mais que l'on pensait en déshérence depuis le Livre Blanc de 2008, ont en fait passé les frontières et se sont semble-t-il réfugiées... en Suisse ! Le magazine helvétique en question - réputé sérieux - voit effectivement dans la dénonciation de la fraude de l'ex-ministre délégué au Budget « la patte des services de renseignement français ». 

On verse alors dans le ridicule des mauvais nanars de l'espionnage avec les pseudo-déclarations d'un tout aussi pseudo « militaire proche des services de renseignement ».

Mais en fait, lesquels ? Rien à ce sujet dans l'article de L'Hebdo.

 

Précisons que le service de renseignement de « l'armée », la Direction du renseignement militaire (DRM), relève du chef d'état-major des armées (CEMA). C'est son outil. Cette direction a des missions bien définies : le CEMA l'a chargée d'une fonction d'animation et de coordination de la recherche, de l'exploitation et la diffusion du renseignement dont les forces ont besoin. Elle est la « tête de chaîne » d'un ensemble d'unités - spécialisées ou non - qui œuvrent sur les théâtres où les militaires français sont engagés. Mais les crises se succèdent, se superposent les unes aux autres, faisant se multiplier les cellules d'urgence qui fonctionnent 24 h sur 24 : Afghanistan, Côte d'Ivoire, Liban, Libye, piraterie en océan Indien, et maintenant le Mali et la République centrafricaine. La DRM se doit d'être présente et compétente sur tous les théâtres d'engagement de nos armées. Et les opérations terminées, elle n'en continue pas moins de suivre la situation sur place.

Et ce renseignement dont les forces ont besoin, quel est-il ? De quoi la DRM traite-t-elle ?

Du « renseignement militaire » avant tout. Tout le monde imagine ce dont il s'agit. Dans cette acception stricte et traditionnelle, on entend les aspects purement militaires des conflits : les entités armées, leurs objectifs stratégiques et leurs capacités opérationnelles, leurs structures, leurs matériels, leurs doctrines, leur niveau d'entraînement et leurs modes d'action.

Mais, de longue date - et plus encore sans doute depuis la guerre des Balkans, et en tout état de cause dès la création de la DRM en 1992 - cette notion s'est révélée insuffisante. On a alors préféré parler en France de « renseignement d'intérêt militaire » (RIM). En effet, outre le renseignement purement militaire évoqué précédemment, le RIM comprend aussi le « renseignement d'environnement , qui porte sur tous les domaines de l'espace physique de l'engagement des forces et sur toutes les particularités du milieu humain dans lesquelles elles sont appelées à évoluer.

L'autonomie d'appréciation de situation dont la France tient à se prévaloir, en tant que puissance nucléaire indépendante et membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, requiert des moyens de connaissance et d'anticipation qui n'existent malheureusement pas en proportion des forces engagées et des théâtres : les capacités de recherche comme d'exploitation du RIM sont aujourd'hui en France insuffisantes.

Ajoutons que les militaires chargés de la recherche de l'information n'effectuent jamais de missions clandestines. Ils n'opèrent qu'en uniforme. Imaginez un militaire d'une unité spécialisée débarquant en treillis camouflé, arborant badges et insignes réglementaires, au siège d'une grande banque helvétique ... ou autre.

Alors où la DRM irait-elle chercher le temps et les moyens de folâtrer dans des champs qui lui sont interdits et pour lesquels elle n'a ni compétence ni appétence, sachant qu'elle a déjà du mal à accomplir le cœur de sa mission ?

 

Autre service de la Défense, la Direction de la Protection de la Sécurité de la Défense (DPSD). Elle relève quant à elle directement du ministre. Pourquoi ? Parce que c'est l'organisme dont dispose ce dernier pour assurer la sécurité de l'ensemble du personnel de ce ministère (qui ne se limite pas aux trois armées), comme de celle des informations classifiées, du matériel et des installations sensibles. Elle n'est présente et n'opère que sur le territoire national (implantations qui relèvent de ce ministère, en métropole comme outre-mer ; entreprises titulaires de contrats intéressant la défense), et dans les bases où sont cantonnées nos forces en opérations extérieures. Selon la caractérisation de l'OTAN, c'est une agence dite de « contre-ingérence » ; c'est-à-dire qu'elle recueille le renseignement et met en œuvre les mesures propres à protéger nos forces et nos installations. Agissant dans un cadre exclusivement préventif, la DPSD conjugue ainsi deux métiers complémentaires : la contre-ingérence et la protection. En d'autres termes, elle n'« espionne » pas, mais au contraire recherche et lutte contre les espions et les volontés de nuire à la défense du pays.

Tout comme la DRM, ce n'est pas un service « secret ». Elle n'effectue pas non plus de missions clandestines.

Autant dire, là encore, que ses agents n'ont ni la faculté ni encore moins le temps et les moyens d'enquêter sur ce qui ne regarde pas en propre la mission de leur service.

 

Poursuivons : défense  toujours, mais hors « armée », cette fois.

Si ce n'est toi c'est donc ton frère, ou plutôt ton « cousin » comme on dit dans cette communauté. Pour les militaires, au sein de la défense, les « cousins » c'est la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

Elle aussi obéit aux ordres de la République. C'est-à-dire aux orientations de son donneur d'ordre et client : le gouvernement. Mais pourquoi pas un nouveau dossier caché répondant, selon L'Hebdo, à une vengeance ? Pour quel motif ?

Depuis le Livre Blanc de 2008, la DGSE a été, budgétairement parlant, la mieux traitée des services nationaux. A juste titre, s'agissant d'un inquiétant retard à rattraper vis-à-vis de certains défis inhérents à notre monde globalisé, en particulier le renforcement des moyens techniques de recueil. Une fois le renseignement élevé par le Livre Blanc de 2008 au titre de nouvelle fonction stratégique prioritaire, la loi de programmation militaire 2009-2014 prévoyait ainsi pour ce service 690 recrutements sur la période, notamment des profils techniques et des analystes. C'est le seul parmi les services où la croissance des effectifs a été effective, parallèlement à celle du budget : 600 millions d'euros de crédits de paiement en 2013, contre 577,5 millions en 2012 (soit + 3,9 % ; et près de 9% en autorisations d'engagement[4]), auxquels il faut rajouter les « fonds spéciaux » ...

Alors, se venger de quoi ? Ou de qui ? On lui a trop prêté dans ce genre de turpitudes ces dernières années, et ces allégations sont retombées à chaque fois sur les apprentis sorciers, ...

 

Il fallait donc chercher hors « défense ».

Et où donc ? A la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), bien entendu.

L'Hebdo ne pouvait rater l'occasion de surfer sur la vague des rapprochements incertains : en se raccrochant à l'article de La Croix du 4 avril dernier, relatif à la dénonciation par un collectif d'officiers de la DCRI de la non-transmission à la justice d'informations recueillies par l'unité spécialisée de ce service chargée de la surveillance de l'organisation de la fraude fiscale internationale - notamment organisée en France par une banque suisse ...! - le magazine « blanchissait » ses allégations concernant les militaires dans le bain médiatiquement savoureux des règlements de comptes politiques par services interposés (le gouvernement et le directeur de la DCRI pré-6 mai 2012 ,étant en l'espèce nommément visés par le ci-devant « collectif »).

D'ailleurs, pour sa part, Le Monde[5] ne laissait-il pas entendre dans le même temps, par un article du 4 avril, que des proches de l'actuel Président de la République lui auraient distillé à l'oreille des avertissements concernant l'ancien ministre délégué au Budget sur la base de « rumeurs » en provenance de la DCRI. On ne prête qu'aux riches (si l'on peut dire !).

 

On pourra regretter - ce qui eut été pourtant été crédible pour achever le tableau - de ne trouver nulle part dans cet article d'allusion au service réellement compétent, faute de rumeurs idoines mais aussi de connaissance de la matière sans doute : TRACFIN  (le pôle ministériel consacré à la lutte contre les circuits financiers clandestins). Cette cellule est chargée du renseignement sur le blanchiment de l'argent, les circuits financiers clandestins et le financement du terrorisme. Au sens du Groupe d'action financière sur le blanchiment des capitaux (GAFI) de l'Union européenne, c'est la cellule de renseignement financier (CRF) française. Elle est en ce sens fondée à effectuer des enquêtes financières internationales selon les accords en vigueur et dispose, elle, des compétences et accréditations en ce sens.

Elle est donc compétente pour toute recherche, traitement et diffusion d'information concernant les infractions à l'art. 562-2 du code monétaire et financier[6] en particulier « L'ouverture de comptes bancaires, d'épargne ou de titres ;... » : CQFD !

Mais TRACFIN est sous la coupe de qui ? Et bien elle rend compte au ministre respectivement chargé de l'Economie et au ministre ... délégué au Budget.

 

La manœuvre de L'Hebdo était donc grossière : raccrocher des wagons les uns aux autres derrière une locomotive sans chauffeur dopée au sensationnalisme.

On se reportera à une sentence de Sébastien Albertelli dans un ouvrage récent[7], selon qui « ... l'étude des services occupe une place marginale en France, où elle relève le plus souvent du travail journalistique, à la fois peu soucieux d'exposer ses sources au travail critique et davantage intéressé par les affaires et les scandales que par le fonctionnement de ces organisations et leur place dans l'Etat ».

La France, ici visée, n'a donc pas en l'espèce ce triste privilège.

Si certains chroniqueurs nationaux abonnés aux affaires de défense ont vu dans les allégations de L'Hebdo matière à rire[8] - pour ne pas accabler leur confrère, sans doute - c'est un parti qui les honore en tant qu'observateurs extérieurs compétents. Mais le mal est fait... et on ne peut que regretter qu'une fois de plus les inévitables tentatives d'amalgame qui n'ont pas manqué de suivre.

Car le site Atlantico.fr, le 13 avril[9], emboîtait vaillamment le pas. Avec le titre accrocheur « Armée, services de renseignements, lobbies : faut-il surveiller davantage les groupes de pression qui auraient les moyens de déstabiliser la démocratie française ? », on vide les poubelles du sempiternel dénigrement des services et de l'antimilitarisme masqué. Allons-y franchement, sans s'épargner la débauche de vocabulaire et de formules éculées qui ont déjà fait leurs preuves. 

On passera sur la qualification d'« officines » attribués à la DGSE et à la DRM, de la part d'un désigné expert affublé du pseudonyme de « Monsieur Y » (sans doute pour emprunter les chemins déjà bien pavés dans ce domaine d'une émission de notre radio nationale qui s'abreuve tous les samedis à satiété de « barbouzeries » en tous genres). On se rassure en apprenant toutefois qu'« il n'est pas crédible qu'elles l'aient fait » [ndr : cette base vengeance dénoncée par L'Hebdo]. Pourquoi ? L'expert masqué enchaîne : « Ce n'est pas leur marque ». Ouf !

Mais on n'exonère pas pour autant les militaires de tout péché : dans ses silences éminemment suspects et ses évanescences forcément coupables, la « Grande Muette » ne peut pas être totalement innocente. Alors on instille le soupçon au travers de fantomatiques groupes non légalistes, forcément marqués politiquement. Et non sociologiquement puisque l'on reconnait toutefois implicitement dans l'article que le brassage dans ce domaine au sein des armées est sans doute réussi [ndr : on remarquera à ce propos qui le forcené Merah avait visé quant à ses victimes revêtant l'uniforme]. Pour forcer le trait, on n'écarte pas les complicités malsaines, et tant qu'à faire, on n'épargne pas les gradés, vu que c'est politiquement plus correct en ces temps de démagogie populiste : « ... ce qui est crédible, c'est que certains gradés se soient organisés pour précipiter la chute de Cahuzac avec l'aide d'officines de sécurité privées dans lesquelles on retrouve d'ailleurs beaucoup d'anciens militaires dont des généraux ». Pan pour les étoilés : sans doute un aigri des listes d'aptitude[10].

 

On ne donne plus dans l'ânerie cette fois, mais dans le fantasme. Officines, barbouzeries, généraux intrigants, groupes de pression occultes : les soupçons de néo-Cagoule ne sont pas loin.

Allez dans la paix, Messieurs les censeurs, votre triste messe est dite. Il n'y a plus guère à rire en l'espèce.

 

Dès lors, que faire ?

S'agissant des militaires, laisser aboyer. La marginalisation des armées a été accentuée par la suspension du service sous les drapeaux, qui n'a fait qu'aggraver la fracture sociétale entre le peuple et ceux des citoyens ayant fait le choix de servir la Nation sous l'uniforme. Que cette décision n'ait pas été remise en cause à l'occasion des échéances électorales et alternances politiques qui ont suivi signifie que nos concitoyens s'en satisfont. Il faut donc en récolter les fruits - parfois amers - et en assumer les conséquences, en particulier en période de sévères contraintes budgétaires et de crise économique durable qui exacerbent le manque de sérénité.

Pour ce qui concerne les services, il y a deux axes majeurs de réflexion et d'action qui s'imposent :

- l'acculturation des élites à une fonction qui reste encore mal connue - au mieux -, mal perçue en tous cas, voire méprisée. A la différence du monde anglo-saxon, la France n'a pas développé à destination de ses élites de culture du renseignement, malgré la période propice de reconstruction des services qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, après l'importance qu'avait pris cette fonction durant le conflit. Pis encore, elle a continué à n'être considérée qu'au travers des « affaires », des mauvais films d'aventure ou des médiocres romans d'espionnage[11]. « Il convient de sortir de cette médiocrité persistante », pour paraphraser Philippe Hayez[12]

- œuvrer au renforcement et à la modernisation du cadre juridique dans lequel ils évoluent dans notre pays. Et ainsi donner moins de champ aux assertions fantaisistes et fantasques des censeurs en mal de procès en sorcellerie.

Laissons sur ce dernier point la parole au professeur Warusfel[13] qui s'exprime sur ce sujet dans le blog bien connu d'un chroniqueur spécialisé « défense[14] » : « ... les sociétés démocratiques sont aujourd'hui soumises à des principes incontournables, au premier rang desquels il y a le primat des libertés fondamentales et du respect de la règle de droit et l'impératif que toute mesure restrictive dérogeant au droit commun (pour des raisons de sécurité nationale) fasse l'objet d'une autorisation législative et soit compensée par la mise en place de mécanisme de contrôle. En d'autres termes, un Etat moderne peut toujours doter ses services de prérogatives exorbitantes mais il doit l'assumer politiquement et l'encadrer juridiquement ».

Donc en matière de contrôle externe (politique, législatif) de l'activité des services, il faut : « D'une part, consacrer officiellement la légitimité de leur métier en acceptant la mise en oeuvre de contrôles parlementaires ou administratifs efficaces. D'autre part, fournir aux personnels impliqués dans ces activités un cadre d'emploi clair et des garanties juridiques empêchant la mise en cause de leur responsabilité personnelle dès lors qu'ils ont agi sur instructions de leur hiérarchie et dans la limite des prérogatives que leur reconnaitront les textes ».

CQFD. Merci monsieur le professeur.

Peut-être pourrons-nous alors nous contenter d'en rire.

 




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