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TRIBUNE LIBRE N°51
ISLAMOPHOBIE, CAUSE ET CONSÉQUENCE

François-Yves Damon
23-01-2015

 

 

 

 

Docteur de l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), ancien maître de conférences habilité à diriger des recherches en Histoire contemporaine (Géopolitique, Chine) de l'Université Charles de Gaulle-Lille III, ex chercheur associé au Centre de recherches sur le droit et les institutions pénales (CESDIP, CNRS-ministère de la Justice, UMR 2190) et ancien collaborateur d'un service de renseignement français.

 

 

 

 

Dans un article signé par deux juristes intitulé « Attentat : la faillite juridique de l'Europe face au terrorisme islamiste » et publié par Le Figaro du 12 janvier 2015, les auteurs citent, dans leur avant-dernier paragraphe, un propos d'Edgar Morin publié dans Le Monde du même jour : « La pensée réductrice triomphe. Non seulement les fanatiques meurtriers croient combattre les croisés et leurs alliés les juifs (que les croisés massacraient), mais les islamophobes réduisent l'arabe à sa supposée croyance, l'islam, réduisent l'islamique en islamiste, l'islamiste en intégriste, l'intégriste en terroriste ».

« Islamophobie » est une notion d'invention relativement récente élaborée par la sphère gauchisante, en même temps que celle de « lepénisation des esprits ». Renvoyer dos à dos des assassins se réclamant, à tort certes, de l'islam et ces « islamophobes lepénisés » n'ayant commis, à notre connaissance, aucun crime de sang comparable à ceux de Toulouse, Bruxelles, Paris, Montrouge et Vincennes, est pour le moins surprenant, sauf si cet argument a pour intention de faire des assassinats de janvier 2015 la conséquence d'une cause.

L'extrême-droite fournit cette cause: l'islamophobie, inhérente au Front national, gagnerait du terrain dans les franges les plus droitistes, de l'UMP au moins. Ce gain de terrain a été labellisé « lepénisation des esprits » par cette même sphère gauchisante.

Lepénisation d'une frange de l'UMP et pourquoi pas de nous-mêmes, y compris « à l'insu de notre plein gré » ! La sphère gauchisante sait lire dans les esprits. Nous  voici donc ramenés au constructivisme culpabilisant : l'islamophobie, proclamée ou rampante, serait la cause et les crimes de janvier, la conséquence. Ne pourrait-on dès lors voir, issue de ces thèses, la raison des atermoiements politiques européens et français à contrer plus efficacement la menace terroriste ? En ne fournissant pas, en effet, à leur justice et leurs polices les moyens nécessaires à cette efficacité, ne les ont-ils pas gênés dans leur mission, laquelle était d'empêcher, sinon tous, du moins un ou plusieurs des attentats de Toulouse, Bruxelles, Paris, Montrouge et Vincennes.

La volonté récurrente de cantonner le terrorisme à une conséquence entraîne une autre dérive mortifère : le refus d'identifier la provenance de l'antisémitisme à l'origine des récents meurtres de Juifs français. Ils sont au contraire amalgamés à un antisémitisme diffus, escomptant ainsi diluer la responsabilité explicite d'éléments dévoyés de notre communauté musulmane.

Reconnaître une telle responsabilité reviendrait en effet à se ranger parmi les islamophobes. La cause unique ne peut donc plus être que la politique du gouvernement israélien à l'encontre des Palestiniens et les meurtres de Juifs français, sa conséquence. 

L'indifférence ou le conformisme ont présidé au ralliement des responsables politiques européens et français à la sphère gauchisante, car celle-ci est influente, comme l'a démontrée sa capacité à protéger le terroriste Battisti. Selon cette sphère, lutter contre la menace terroriste reviendrait à ne s'en prendre qu'à une conséquence ; mieux vaut donc lutter contre la cause originelle, l'extrême-droite, quitte à laisser le champ plus dégagé pour ces terroristes.

La sphère gauchisante, en brandissant son mantra de "l'islamophobie comme cause", apparaît témoigner d'une compréhension fataliste, sinon d'empathie, consciente ou "à l'insu de son plein gré" pour les "conséquences" meurtrières subies à Toulouse, Bruxelles, Paris, Montrouge et Vincennes.


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