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NOTE HISTORIQUE N°35
1812 : LE RENSEIGNEMENT RUSSE FACE À NAPOLÉON

Gérald Arboit
01-08-2012

Les publications accompagnant le deux centième anniversaire de la campagne de Russie ne font pas l'économie d'une expression nouvelle dans le champ historique de l'époque napoléonienne : les « services de renseignement ». Là où les historiens du premier centenaire négligèrent généralement le dispositif mis en place dès le printemps 1810 de part et d'autre, ceux d'aujourd'hui tendent à se laisser emporter par les souvenirs de la Guerre froide, qui leur est contemporaine, pour plaquer des réalités anachroniques à un passé qu'ils cherchent à éclairer. Cela est d'autant plus vrai pour le renseignement russe de cette période. En effet, les avancées archivistiques n'ont pas été révolutionnaires depuis l'époque où il était question seulement d'« agences ». Toutefois, si l'appellation est d'évidence anachronique, les études relatives à l'histoire du renseignement, depuis une vingtaine d'année en France, permettent d'analyser le processus en cours avec un regard nouveau. Et il convient de remarquer que le système de renseignement russe mis en place dans les deux années précédent le franchissement du Niémen par les soldats de la Grande Armée reste largement inédit pour un public français[1].

L'objet de cette recherche est donc de présenter comment s'articulait le processus de renseignement dans la Russie du tsar Alexandre Ier, à la veille de la campagne de Russie.  L'angle restreint de la prise en compte de la menace française conduit à ne pas présenter une vision globale, presque mondiale, tant la Russie de cette époque ne se percevait pas comme une puissance européenne, contrairement à la France, de l'effort d'information. Les provinces européennes de l'Empire ottoman, l'Asie centrale et les Etats-Unis d'Amérique n'entrent pas dans notre propos. La nouveauté tient cependant dans l'utilité d'une bibliographie russe, souvent publiée en langue française mais largement inaccessible ou oubliée jusqu'à présent, et de documents d'archives récoltés à travers l'Europe.   

Le renseignement russe...

La Russie d'Alexandre Ier était marquée par une longue tradition d'utilisation du renseignement comme multiplicateur de force à l'initiative du tsar. Mais ce renseignement était essentiellement tourné vers l'intérieur du pays, dont de nombreux espaces orientaux restaient encore incontrôlés ou à conquérir, plutôt que vers l'Europe. Il prenait la forme d'une police politique, apparue au milieu du XVIIe siècle et maintes fois dissoute et recréée depuis. Alexandre lui-même avait démantelé le dernier apanage hérité de ses prédécesseurs. Dès le 2 avril 1801, il en avait dissous l'Expédition secrète, comme sa grand-mère Catherine II avait confirmé la suppression de la Chancellerie secrète en octobre 1762, décidée par son époux, Pierre III, huit mois plus tôt, pour signifier la fin des intrigues au sein de la famille régnante, et donc des rumeurs d'instabilité politique, de dissidence religieuse, voire de sorcellerie. Et comme son aïeule, qui avait institutionnalisé cette police politique en la confiant au Sénat en 1763, assurant une continuité de personnel, il l'avait confiée le 28 mars 1802 au nouveau ministère des Affaires intérieures (Ministerstvo Vnutrennikh Del, MVD). Sa pratique fut modernisée par un comité de sécurité générale, mis en place le 13 janvier 1807, qui adopta les principes français de « Haute Police » ; l'ironie de l'histoire est que cette nouvelle police secrète devait surveiller les émigrés français établis en Russie ! Afin d'en limiter la puissance, Alexandre profita de la réforme ministérielle du 25 juin 1810 pour créer un ministère de la Police, également calqué sur le modèle français, au sein duquel fut instituée une Chancellerie spéciale, chargée de surveiller tous les étrangers en Russie ainsi que les Russes à l'étranger. Elle fut confiée à « un vieux voltairien, un bavard spirituel, un humoriste », Yakov Ivanovich de Sanglain, descendant d'émigrés français[2]. En mars 1812, il fut affecté à la 1re armée de l'Ouest, commandée par le ministre de la Guerre Mikhaïl Bogdanovich Barclay de Tolly, où il instaura une police militaire, chargée du contre-espionnage[3].

La prise en compte du renseignement au département de la Guerre avait été plus lente. Sous Paul Ier, l'introduction du système prussien d'administration militaire avait fait du monarque le commandant en chef des troupes et n'avait pas nécessité la création d'un ministère particulier avant septembre 1802. Mais la totalité du pouvoir était restée au tsar, qui commandait au travers d'une chancellerie militaire, confiée au général de division Christoph Heinrich von Lieven. Les défaites russes de 1805 et 1807 avaient toutefois démontré la difficulté pour le tsar d'être à la fois à la tête du pays et de l'armée. Aussi, le 25 janvier 1808, le chef d'état-major, le général de corps d'armée Alexey Andreyevich Arakcheyev, éphémère prédécesseur de Lieven sous Paul Ier, fut promu ministre, avec mission de réformer l'armée. Son premier travail fut de limiter le pouvoir de la Chancellerie militaire, provoquant le départ de Lieven pour le ministère des Affaires étrangères, avant de prendre la tête du poste de Berlin le 31 décembre 1809[4]. Le 18 janvier, Arakcheyev fut remplacé par Barclay de Tolly. Ce dernier confia au colonel Alexey Vasilyevich Voeikov la direction de l'Expédition secrète, un service particulier du secrétariat du ministre, chargé du renseignement d'intérêt militaire. D'un niveau équivalent du 4e bureau de l'Etat-Major général de Louis-Alexandre Berthier, chargé de la police et de la « partie secrète », il fut renommé Chancellerie spéciale le 19 mars 1812 par son nouveau directeur, le colonel Arseny Andreyevich Zakrevsky. En août 1813, l'analyste en chef depuis 1810, le colonel Peter Andreyevich Chuikevich, en prenait la direction jusqu'à la fin de 1815. Barclay de Tolly obtint également l'autorisation d'envoyer dans les ambassades de Vienne, de Dresde, de Munich, de Paris et de Madrid des « agents militaires », soumis dans leurs relation avec lui au « secret absolu »[5], en plus des militaires en charge de postes diplomatiques, comme à Varsovie, à Berlin, à Vienne, à Madrid et à Stockholm.

Tant au niveau intérieur que militaire, cette mise en œuvre d'un appareil de renseignement -il ne s'agit aucunement de « services », malgré leur permanence, mais d'outils policier, dans un cas, et d'analyse, dans l'autre - montrait une prise en compte de la spécialisation de l'information au niveau du gouvernement tsariste. Cette constante européenne se singularisait toutefois en Russie par une bureaucratisation plus centralisée qu'en France, alors même que ce dernier pays était le modèle de la modernisation ministérielle en cours. La spécialisation entre l'analyse et le recueil de l'information, qui restait aux mains des Affaires étrangères, répondait à deux logiques différentes : la première se justifiait par la politique de modernisation de l'Empire russe, tandis que la seconde résultait des engagements géopolitiques du pays. Depuis l'automne 1807, l'heure était à l'entente avec la France, qui succédait comme puissance européenne à l'Autriche. Le tsar avait choisi comme ministre des Affaires étrangères un francophile avéré, le comte Nikolaï Petrovitch Roumiantsev.

A la différence de ses prédécesseurs Adam Jerzy Czartoryski (1804-1806) et Andreas Eberhard von Budberg (1806-1807), il ne gérait plus directement les « pensionnés », euphémisme administratif pour qualifier les « émissaires secrets »[6] au service russe depuis des années[7] et à la moralité aussi variable que les alliances diplomatiques du moment. Alexandre Ier n'en était pas revenu au principe de son père, Paul Ier, qui avait laissé la gestion de ces agents à un service du Département, confié au comte Platon Alexandrovitch Zoubov (1792-1804) et à ses âmes damnées le comte Arkadi Ivanovitch Morkov (1792-1801) et Viktor Pavlovitch Kochubey (1796-1804). Pourtant, comme partout en Europe à la même époque, les diplomates au service de la Russie étaient au fait des « intelligences secrètes » qu'ils devaient mettre en œuvre[8]. Mais le tsar préférait doubler le service des ambassades et des consulats par des liaisons particulières, en rapport avec les orientations géostratégiques de son régime, et en avait confié le suivi à son conseiller spécial depuis 1808, le comte Mikhaïl Mikhaïlovitch Speranski, recruté au moment de l'entrevue d'Erfurt (juillet 1807). En mars 1810, il avait ainsi demandé au comte Karl Robert Nesselrode, conseiller à l'ambassade de Paris depuis 1807, d'établir avec lui une correspondance confidentielle. Pour cela, il remit au diplomate un code, certes basique et sommaire, destiné à conserver le secret des échanges[9]. Cette liaison fut éphémère, du 25 mars 1810 au 22 septembre 1811. 

... et l'Europe napoléonienne

La liaison viennoise était plus ancienne, héritée de l'époque de Catherine II et de l'alliance contre la France révolutionnaire. L'espionnage datait de l'hiver 1792 et incombait au comte Andrey Kyrylovych Rozumovskyi, premier secrétaire de l'ambassade russe près la cour des Habsbourg depuis deux ans. Il avait recruté un chevalier de l'ordre de Malte, réfugié à Vienne et passé au service militaire de la Russie avec le grade de major. Giovanni Battista di Mallia était particulièrement bien intégré dans la haute société viennoise et disposait de ses entrées au cabinet impérial. Il entretenait une correspondance « infiniment secrète » avec Saint-Pétersbourg, c'est-à-dire inconnue de l'ambassadeur, depuis que Budberg avait demandé, le 24 septembre 1806, à l'agent de fournir une information sur les agissements du personnel de l'ambassade de Vienne[10]. Naturellement, ce renseignement politique n'était qu'une partie du travail attendu de Mallia. Comme tous les espions de cour[11], il adressait à Saint-Pétersbourg des rapports motivés par la situation politique de la Cour où il était affecté ou en Europe[12]. Il était aussi chargé des liaisons particulières avec le « cabinet noir » viennois, avec lequel les Russes semblaient collaborer, notamment pour décrypter les communications prussiennes[13]. Enfin, il dirigeait le réseau de pensionnés russes répandus dans toutes les couches de la société viennoise, depuis les employés des douanes, si utiles pour permettre facilement les exportations de fusils commandés par le ministre Arakcheyev[14], jusqu'aux ceux des ministères, en passant par des émigrés français, comme le comte Jean-Bernard-Tristan de la Fite de Pelleport ou le marquis Charles François de Bonnay, ou des aventuriers européens, comme l'employé de banque ragusain Vito Marija Bettera-Vodopić[15]. Grâce à ce « canal » interlope, Mallia en savait généralement plus que les ambassadeurs, comme l'avait remarqué Budberg. Aussi sa correspondance secrète avait-elle été reprise par Speranski, tandis que Barclay de Tolly avait dépêché un « agent militaire », le colonel Theodor Tuyll von Serooskerken le 26 août 1810[16].

Pareillement, durant l'été et l'automne 1810, le ministre de la Guerre avait envoyé des officiers arpenter les routes d'invasion possibles. Les moins gradés l'étaient sous couverture diplomatique, comme le lieutenant Paul Khristoforovich Grabbe, transformé en employé de chancellerie[17]. Les autres devinrent aides de camp des ambassadeurs auprès desquels ils étaient attachés. Certains, comme les capitaines Pavel Ivanovich Brozin et le lieutenant-colonel Robert Rennie, étaient arrivés en même temps que le chef de poste à Madrid, en avril 1810[18], ou avaient remplacé un officier préalablement affecté à Berlin, en octobre suivant[19]. D'autres, comme le major Victor Prendel, à Dresde[20], et le colonel Aleksandr Ivanovič Tchernychev, à Paris[21], furent envoyés sous couverture. Ces deux derniers officiers et Grabbe inaugurèrent même le mouvement, comme en témoignent leurs instructions de septembre 1810, qui servirent de modèle aux autres. Seul l'ambassadeur était au courant de la nature de leur mission, qui devait rester « dans un secret absolu ». Celle-ci consistait dans le recueil du « plus de matériaux qu'il sera[it] possible sur la situation » des pays visés, soit « des projets, des études ou des plans secrets concernant l'exécution de toutes sortes de travaux militaires, ou des dispositions confidentielles relatives aux mouvements, aux opérations et à la répartition des troupes », recherchant et procurant au seul Barclay de Tolly « ces raretés, à n'importe quel prix ». En outre, ces « agents militaires » devaient faire « très fréquemment des voyages en différents endroits »[22].

Ces liaisons particulières ressemblaient à celle que Speranski disposait à Paris et Vienne. Mais la couverture qu'affectaient Prendel et Tchernychev leur imposait de faire des allers et retours entre leur poste, Saint-Pétersbourg et d'autres postes. Leurs fonctions d'aides de camp les amenaient à remplir des missions de courriers qui pouvaient les amener à enchaîner un trajet par mois vers la capitale, soit directement, soit au terme d'une tournée, comme Prendel, parti de Dresde début mars 1811 et n'y revenant qu'en juin, après être allé à Vienne, Munich, Paris et Saint-Pétersbourg, pour repartir à nouveau vers Paris, via Amsterdam. Ces missions de renseignement ne s'expliquaient pas uniquement par l'urgence du danger français, mais aussi par la rémunération supplémentaire d'un Ducat par mille. Rennie en amassa ainsi cent quatre-vingt pour aller à Cassel et Francfort en novembre 1811. Soit un quart du salaire annuel de Grabbe ! Cette situation désespérait Roumiantsev, qui n'y voyait pourtant d'autre alternative entre « établir des agences secrètes et (...) faire voyager des personnes de confiance. La première voie [était] plus dispendieuse et moins sûre que la seconde »[23].

Jouissant d'un statut particulier, puisqu'il n'avait pas été affecté auprès d'un ambassadeur mais représentait le tsar près de Napoléon, Tchernychev était d'une autre valeur[24]. Il trouva le temps de recruter des agents, pénétrant « les petites réunions et sociétés des princesses de la famille impériale, comme cela se faisait autrefois » (Pauline et Caroline), mais également des administrations de la capitale française, nouant entre autre « des intelligences avec une personne qui peut [lui] donner connaissance des matières sur lesquelles roulent les discussions et délibérations du conseil d'Etat pour la section de la guerre »[25]. Il traita également certains agents recrutés par l'ambassade, comme Michel Michel, employé à la direction des habillements de la troupe. Il avait été approché, alors qu'il était affecté au bureau du mouvement des troupes du ministère de la Guerre, par le chargé d'affaires Pierre Jakolevich d'Oubril (1803-1804) ; le même Oubril dont la police française avait à l'époque arrêté des agents envoyés sur les côtes de la Manche, lorgner autour du camp de Boulogne[26]. Attiré au prétexte que le diplomate avait « besoin d'un bon copiste », il était devenu un agent russe généreusement stipendié. Plongé dans un long sommeil suite à la défaite russe d'Austerlitz, il avait été réveillé par Nesselrode, lors de son arrivée à Paris, puis avait été traité par son successeur, le conseiller Kraft. Tchernychev l'avait ensuite pris en charge[27].  

Par l'ampleur de ses missions comme par la position que lui confiait son appartenance à l'entourage du tsar, Tchernychev occupait une autre dimension que les autres « agents militaires » de rang subalterne. Alors que ces derniers procédaient à des reconnaissances d'itinéraires, au profit de Barclay de Tolly, comme ils en faisaient auparavant - comme Prendel, de janvier à juillet 1810, en Autriche, en Italie, en France, en Hollande et en Allemagne -, le colonel disposait d'une position dans le processus de renseignement russe similaire à celle des ambassadeurs du grade de général. D'ailleurs, il arrivait que ces derniers le contactassent directement, comme le fit Lieven le 30 juillet 1811, afin de connaître « l'état actuel et les dispositions de la cour des Tuileries à [l']égard » de la Russie[28]. Outre que ces échanges étaient prévus - Cassel était ainsi en liaison avec Berlin, Vienne et Dresde, en plus de son obligation de communication avec Saint-Pétersbourg[29] - et permettaient de corréler et compléter par d'autres sources les renseignements, ces informations pouvaient pareillement être importantes pour l'ambassadeur à Berlin qu'elles pouvaient l'être pour le ministre de la Guerre. En effet, il avait également été chargé d'une mission de renseignement, avec mission « d'envoyer des officiers en divers points, sous le prétexte de missions temporaires ou sous tout autre prétexte. Varsovie, qui constitue un centre important de nombreuses relations politico-militaires était notamment de sa responsabilité[30], même si les commandants russes limitrophes envoyaient également des officiers en reconnaissance[31]. En mars 1811, il recruta ainsi le chef de la Haute Police de Prusse, le conseiller privé Carl Just Grüner, et farouche nationaliste allemand. Par ses fonctions comme par idéal, il avait infiltré le Deutschen Bund, qu'il contrôlait par l'intermédiaire de son agent Friedrich Ludwig Jahn. Créé à Berlin par Jahn le 14 novembre 1810, ce réseau avait l'avantage de couvrir tout l'espace allemand, depuis Strasbourg jusqu'à Memel (Klaipėda)[32]. Un espace que devait parcourir la Grande Armée napoléonienne pour envahir la Russie !  

Pour quels résultats ?

La réussite d'une telle entreprise de renseignement, car il ne s'agit aucunement de la mise en place d'un service, ne devait pas se mesurer à son apparente vigueur, mais à sa permanence, à son analyse et à sa coordination. L'histoire de MVD comme l'initiative de Barclay de Tolly témoignaient d'une longue tradition des décideurs politiques et militaires russes pour le renseignement. Toutefois, hormis pour une activité comme les déchiffrements de correspondances ou la surveillance des étrangers, qui répondaient à la même logique de contrôle de l'espace que dans tous les Etats d'Europe, l'édification d'un appareil de renseignement d'intérêt militaire restait subordonné à l'apparition d'une menace. Certes, il existait bien une sensibilité des diplomates russes pour manipuler des agents de tout temps. Mais ce fut bien la prise en compte de la menace française, plus perçue et anticipée que réelle et immédiate, qui motiva la décision de Barclay de Tolly d'envoyer des « agents militaires » vers l'Ouest, au contact des troupes françaises[33]. Le refus d'offrir une princesse russe à l'« ogre » français en avait été l'élément déclencheur, parce que dans l'esprit du pouvoir tsariste l'alliance franco-russe était terminée. Ce changement de vue n'était pas passé inaperçu des Français. Les préparatifs de mise en défense des postes frontières de Russie occidentale furent détectés par le dispositif de renseignement français armé par le maréchal Davout, à Hanovre, dès juillet 1810. Ces signaux allèrent en s'amplifiant à mesure que l'on avançait dans le temps.

Dans toutes les capitales de l'Empire napoléonien, aussi bien à Paris que dans les Etats satellites de la plaine germano-polonaise, Berlin et Vienne compris, les allers et venues des « agents militaires » russes excitèrent rapidement la curiosité. Dès novembre 1810, les « fréquents voyages de Russes en Suisse » étaient notés[34]. Le 20 juillet 1812, le commissaire spécial de Genève, Joachim de Melun, notait qu'un certain Isacoff « avait usage de quitter la Russie lorsqu'elle entrait en guerre et y retournait à la paix »[35] ! Les Hautes Polices des différents Etats soumis à la France signalèrent partout des agents russes. Ils étaient suivis, les personnes qu'ils avaient « l'habitude de fréquenter ouvertement » étaient interrogées sur leurs motivations. Les correspondances diplomatiques étaient surveillées », tarissant les sources de renseignement ; « les sous-employés sont des jeunes gens mal informés et les employés supérieurs trop prudents pour se compromettre », résumait le ministre des Affaires étrangères à l'un de ses diplomates le 8 décembre 1811[36]. Quant aux personnels russes, ils furent menacés, comme Prendel en arrivant à Brody, en Ukraine soumise à l'Autriche, en mars 1811[37]. D'autres furent arrêtés, comme le capitaine Neydhart, à Varsovie, du 3 au 7 janvier 1811[38]. Le réseau de l'ambassade parisienne fut démantelé en février 1812, suite à une maladresse de Tchernychev. Devant retourner à Saint-Pétersbourg, l'aide de camp avait, comme à son habitude, brûlé tous les documents compromettants qu'il ne voulait emporter. Toutefois, la combustion n'avait pas détruit toutes les preuves de son implication dans un espionnage lorsque la police parisienne perquisitionna son domicile. La révélation d'une initiale « M » permit de remonter facilement à Michel. Le reste du réseau ne fut guère difficile à révéler ensuite et Kraft dut, à son tour, s'enfuir précipitamment[39].  

Même chose en mars 1812, à Berlin, où les activités de Gruner furent découvertes[40], le contraignant à fuir à Prague, une destination qui devait lui permettre de mettre de la distance entre lui et la police française et de poursuivre la direction de son réseau de surveillance routière. En outre, sans qu'il soit dit qu'il agissait sur ordre de Lieven, et encore moins de son collègue viennois, le diplomate Gustav Ernst von Stackelberg, Gruner prépara un plan de destruction des magasins de l'intendance française en Allemagne, accompagné d'un soulèvement généralisé sur les arrières de la Grande Armée. Le 11 août 1812, la perquisition par la Haute Police viennoise de l'ambassade de Russie, évacuée précipitamment à la déclaration de guerre, le 22 juin précédent, révéla l'appartenance de Gruner au renseignement tsariste. Le 13 août, un courrier du conseiller secret prussien Friedrich von Bülow, apporté par messager spécial, acheva de révéler les plans de Gruner. A cela s'ajoutait la pression de l'ambassade française, puisque la Prusse, l'Autriche et la France étaient encore alliées. Les passeports accordés par Roumiantsev à Barclay de Tolly, le 16 juillet[41], ne parvinrent jamais à l'ancien (et futur) policier prussien. Dans la nuit du 21 au 22 août 1812, la police autrichienne procéda à son arrestation. Il ne devait recouvrer la liberté qu'en octobre 1813, juste à temps pour prendre en charge la police militaire de l'armée prussienne contre la France. Et poursuivre sa lutte contre la Haute Police autrichienne, d'autant qu'il retrouva à Paris le commissaire qui l'avait arrêté à Prague, Langwert. Cette fois, un ancien agent français retourné par l'Autrichien, Charles-Louis Schulmeister, fit les frais de ce nouvel épisode[42].

Un autre agent russe fut pris dans les rets d'une autre guerre secrète, plus inattendue cette fois. Le comte Emmanuel Henri Louis Alexandre de Launay d'Antraigues était un « pensionné » russe presqu'aussi vieux que Mallia. Recruté cinq ans plus tard, en août 1795, que le chevalier de Malte, il avait été initialement choisi en raison de ses connaissances parisiennes, camouflées sous les codes des « ami », « amie » et « fils de l'ami » de Paris[43]. Mais son « art particulier de l'intrigue » et ses « allures d'un intrigant et d'un aventurier » avaient rapidement lassés ses nouveaux mandants[44]. D'autant que la vindicte de Napoléon empêchait son activité d'agent de renseignement de se déployer comme il fallait. Aussi avait-il été envoyé en Angleterre début septembre 1806[45] ! Deux ans plus tard, suite à l'arrivée du francophile Roumiantsev aux Affaires étrangères, Antraigues fut privé de sa pension russe[46]. Il avait pareillement été privé, dès janvier 1807, de celle que lui gratifiait le gouvernement d'Espagne, suite aux pressions françaises, et du soutien de celui de l'Angleterre, suite à la livraison de réflexions prétendument empruntées à son ancien maître, Czartoryski, dans la presse anglaise, qui s'était vu infliger un démenti par le Morning Chronicle du 21 octobre 1806[47]. Néanmoins, il resta « pensionné » du Foreign Office moins « pour services à rendre » que pour « services rendus »[48].

Fin septembre 1810, il fut néanmoins approché par une ancienne connaissance, Gustav Moritz Armfelt, lui aussi passé au service de la Russie suite à l'accession au trône de Suède de Bernadotte. Toutefois, il se présentait au nom de l'ancien patron d'Antraigues et non en celui du ministre des Affaires étrangères[49]. Antraigues ne flaira pas la manœuvre, mais ne se montra pas pressé de répondre aux attentes de son correspondant, outre que d'informer ses anciens patrons anglais, George Canning, pourtant retiré des affaires publiques, et Richard Wellesley, qui ne le recevait plus depuis le 13 janvier 1810[50]. En fait, Antraigues était l'objet d'une manipulation orchestrée par le courant « Vieux Russe » dirigé par la Grande-duchesse Catherine, sœur du tsar, qui déplorait l'orientation francophile du régime[51].  Ce courant disposait de ses entrées jusque dans le MVD. Ainsi avait-il pu faire arrêter, dans la soirée du 17 mars 1812, le conseiller privé du tsar, Speranski, sur l'accusation de trahison fabriquée par Sanglain, à la veille de rejoindre Barclay de Tolly à l'armée. Elle visait la politique réformiste de Speranski, mais elle portait sur les correspondances parallèles de Nesselrode, pourtant interrompu par le retour impromptu du diplomate en septembre 1811, et de Mallia. Alexandre avait compris, lui, la manipulation, sans pouvoir s'y opposer[52]. Si Speranski fut condamné à l'exil à Nijni-Novgorod, le sort d'Antraigues fut plus inattendu, puisqu'il fut assassiné, le 22 juillet 1812, par son ancien domestique, un Piémontais déserteur de l'armée d'Espagne, qui se suicida son forfait accompli. Il a toujours été difficile de dire qui avait armé le bras de Lorenzo. Les pistes des gouvernements français et anglais furent évoquées, puis de celui du futur Louis XVIII. Etrangement, celle du parti « Vieux Russe » ne le fut pas. Il est vrai que manquent cruellement preuves et mobiles. Il en va de même pour l'assassinat, par un capitaine, Giorgi, et un médecin, Cappelleni, Toscans au service de la Russie, le 11 novembre suivant, de l'agent Mallia. Les preuves manquent, bien que Mallia criât à l'empoisonnement dans un dernier souffle[53], d'autant que le mobile crapuleux, non retenu par la justice autrichienne, semblât aussi léger que le renvoi, après trois semaines de service seulement, de Lorenzo.

Cette succession d'éliminations, fruit d'une politisation évidente (Speranski, Antraigues) autant que d'un hasard plus ou moins aidé (Mallia), eut pour conséquence d'enrayer l'appareil de renseignement russe à un moment crucial de la lutte contre Napoléon. En Autriche, il ne restait ainsi plus d'agent actif, l'ambassade ayant plié bagage dès la déclaration de guerre. Cette situation prévalait aussi dans toute la plaine germano-polonaise ! Mais Vienne conservait son importance stratégique pour Saint-Pétersbourg. En octobre, Roumiantsev fut donc contraint de dépêcher un courrier de son ministère, Paul von Boutiaguin, pour reprendre contact avec un ancien diplomate installé à Vienne depuis qu'il avait quitté le service, Rozumovskyi, pour rétablir un canal d'informations confidentielles sur l'Autriche[54]. Cette désorganisation démontrait un manque de coordination du renseignement. Vienne avait déjà été le centre de cette divergence de vue entre les Affaires étrangères et la Guerre. Si Roumiantsev pouvait comprendre la nécessité pour Barclay de Tolly d'être informé sur le dispositif militaire de la France, il n'était pas question pour lui de remettre en cause la politique étrangère de la Russie ; celle-ci était résolument tournée contre la domination économique mondiale de l'Angleterre, comme le soulignait la relation diplomatique entretenue avec la jeune nation américaine, et pour l'expansion vers le Sud, au détriment de l'intégrité ottomane[55]. Pour cela, il fallait ménager l'Autriche. En novembre 1810, il avait donc substitué au général Pavel Andreyevich Shuvalov, chef de la mission diplomatique à Vienne depuis décembre 1809, un diplomate de profession, Gustav Ernst von Stackelberg, dont le dernier grade militaire avait été celui de lieutenant. Mais était bientôt arrivée l'annonce d'une convention militaire franco-autrichienne, découverte par Tchernychev, au printemps 1812[56].

Ces mesures périphériques ne remettaient que sensiblement en cause l'information stratégique qui parvenait à l'Expédition secrète du ministre de la Guerre. L'analyse du lieutenant-colonel Chuikevich le démontrait bien. Le 2 avril 1812, il livra une note qui détermina la stratégie politique et militaire opposée à Napoléon. Stipulant que « seules l'Angleterre et la Suède [pouvaient] être les alliés de la Russie », il estima que la meilleure chance de succès était « de planifier et de livrer une guerre d'une nature totalement opposée à celle que désir[ait] l'ennemi. » Cette manœuvre défensive était contraire aux premiers plans de Barclay de Tolly ; ses instructions au directeur du Service des quartiers-maîtres, Piotr Mikhaïlovich Volkonski, montrait clairement qu'en 1810 et 1811 il désirait en effet opérer une attaque préventive sur la Pologne. Mais Tchernychev comme son homologue Brozin, mais aussi comme le général Nicolas Grigoriewich Repnine-Wolkonsky, éphémère ambassadeur russe à Madrid (avril 1810-avril 1811[57]), puis le chargé d'affaire Paul von Mohrenheim, avaient rappelé dans maints courriers au ministre ou à ses correspondants que l'affaire d'Espagne  « serv[ait] de véritable baromètre ». Et justement, Chuikevich théorisait une stratégie d'épuisement de la Grande Armée (retraite stratégique et terre brûlée), en évitant au maximum tout affrontement, comme Wellington la menait en Espagne depuis 1808[58].

Les orientations de l'analyste devinrent celles du ministre et du tsar, causant l'incompréhension des troupes et du commandement, ainsi que les doutes des « Vieux Russes » à l'égard du régime. Le MVD semble ne pas avoir rapporté ces doutes, si bien que l'anarchie régna bientôt dans la région de Moscou, au point de devenir un problème militaire à l'automne 1812. Cette fronde était bien intérieure et ne résultait pas des efforts français. Là encore, Tchernychev avait rempli son office. Ainsi, dès le 30 avril 1810, il avait découvert, parmi le « travail secret de M. de Champagny », ministre des Relations extérieures de Napoléon, la « mention d'un mémoire sur les intelligences que les autorités de Varsovie entret[enaient] dans [les] provinces ci-devant polonaises » de la Russie[59]. Ainsi, les services de Sanglain purent-ils identifier et neutraliser quatre-vingt dix-huit agents français et polonais avant la déclaration de guerre[60]. Dès les premiers mois de 1812, le résident français à Varsovie, le baron Louis Pierre Edouard Bignon, ne trouvait plus « d'émissaires qui [voulaient] aller en Russie » et, quand il en trouvait finalement, ils ne lui adressaient que des rapports peu intéressants[61].

 

 

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L'objectif du renseignement russe mis en place par Barclay de Tolly répondait aux besoins stratégiques et tactiques estimés pour la défense de l'Empire russe. Il ne s'agissait pour autant pas de la mise en place d'une Direction générale des renseignements (Главное Разведывательное Управление, GRU) avant l'heure, comme on pourrait le croire. Au contraire, il s'agissait d'une « partie secrète » élaborée à la veille d'une campagne. Les directions affectées aux « agents militaires », comme les instructions adressées aux généraux-ambassadeurs, montraient que l'adversaire potentiel était clairement la France, avec qui la Russie était pourtant alliée et en paix depuis 1807. Cela dit, la diplomatie russe conservait ses propres orientations, parfois en contradiction avec les besoins du renseignement d'intérêt militaire. Ainsi, Roumiantsev voyait-il dans Cassel « la mission (...) la plus importante d'Allemagne »[62], Barclay de Tolly n'y avait pas vu plus qu'une étape pour les officiers envoyés en reconnaissance. Hormis Tchernychev, qui disposait du rang et de l'entregent suffisants pour mener une mission de renseignement stratégique, tous les autres « agents militaires » en étaient effectivement réduits à des missions purement tactiques, comme leurs collègues opérant aux marges de la Russie et de la Pologne.

D'ailleurs, la mission qui leur avait été fixée par Barclay de Tolly le confirmait clairement. Ils devaient fournir une description statistique, physique et militaire des espaces traversés pour les besoins du Dépôt des cartes du ministère de la Guerre. La recherche de données biographiques des dirigeants civils et militaires de l'Europe napoléonienne participait de ce travail initial. Au printemps 1810, le nouveau ministre se préoccupait simplement de défendre les frontières occidentales de son Empire, dont les priorités géostratégiques demeuraient en Europe orientale et en Asie mineure. La stratégie contre la France ne fut définie que tardivement, alors que la Russie avait montré depuis deux ans des signes d'agressivité, par la mise en défense de ses frontières occidentales, et éveillé l'attention du renseignement français, piloté par le maréchal Davout. Comme dans le cas du renseignement napoléonien[63], ces initiatives résultaient plutôt de l'improvisation, que de la volonté de créer une structure de renseignement permanente. D'ailleurs, dès la mobilisation de l'armée, en mars 1812, tout l'édifice s'effondra. Les officiers en poste à l'étranger ou dans les bureaux pétersbourgeois furent rappelés dans leurs régiments. Et seuls quelques uns armèrent  ces « parties secrètes », organes d'acquisition et d'analyse du renseignement tactique, d'essence temporaire.

L'essentiel de leur travail se limita aux habituels contacts frontaliers et d'observation en profondeur du dispositif adverse. La seule nouveauté notable fut les rares cas de pénétration des organes de décision adverses, essentiellement à Paris. Mais ils se limitèrent à obtenir des données relatives à l'ordre de bataille, ne cherchant jamais à influer sur le processus d'information napoléonien par des opérations de désinformation. S'il se trouva toujours des informateurs au sein de la bureaucratie et de la cour napoléonienne, cela tenait moins à la vigueur du renseignement russe qu'à une lassitude après quinze ans de guerres incessantes et couteuses en hommes. Mais les Hautes Polices veillaient partout en Europe !



  • [1] Viktor Mikhailovich Bezotosnyi, Разведка и планы сторон в 1812 году [Le renseignement et les plans des deux parties en 1812], Moscou, Rosspen, 2005.
  • [2] Alexandre Hertzen, Le monde russe et la révolution. Mémoires de A. Hertzen, 1812-1835, Paris, Dentu, 1860, p. 86. Cf. Memoiren von Jacob Iwanowitsch de Sanglen, 1776-1831, 3 vol., Stuttgart, Cotta, 1894. Sur l'évolution de la police secrète russe, cf. John P. LeDonne, Absolutism and Ruling Class. The Formation of the Russian Political Order, 1700-1825, Oxford, Oxford University Press, 1991, p. 125-127 et Charles A. Ruud, Sergei A. Stepanov, Fontanka 16. The Tsars' Secret Police, Montreal, McGill-Queen's Press, 1999, p. 15-16.
  • [3] Michael Josselson, Diana Josselson, The commander. A Life of Barclay de Tolly, Oxford, Oxford University Press, 1980, p. 80.
  • [4] Judith Lissauer Cromwell, Dorothea Lieven. A Russian Princess in London And Paris, 1785-1857, Jefferson, McFarland, 2007, p. 31.
  • [5] Eutrope Cazalas (éd.), La guerre nationale de 1812. Ire section. Correspondance des personnages officiels et des services de l'Etat, I-1, Charles-Lavauzelle, 1904, p. 151 et 154.
  • [6] Alexandre Brickner, Материалы для жизнеописания графа Никиты Петровича Панина, 1, Дипломатическая деятельность в Берлине, 1797-1799 [Matériaux pour la biographie du comte Nikita Petrovitch Panine, 1, Les activités diplomatiques à Berlin 1797-1799], Saint-Pétersbourg, Académie des sciences, 1890, p. 16, lettre de Panine à Bezborodko du 12 décembre 1799.
  • [7] Alexandre Wassiltchikov, Les Razoumowski, II, Le comte André Razoumowski, 1, Halle, Tausch & Grosse, 1893, p. 154.
  • [8] Ibid., II, op. cit., 4, 1894, p. 51, lettre de Rozumovskyi à Bezborodko du 3 juillet 1797.  
  • [9] Anatole de Nesselrode (éd.), Lettres et papiers du chancelier comte de Nesselrode, 1760-1850. Extraits de ses archives, III, Paris, A. Lahure, 1904, p. 225-227.
  • [10] Alexandre Wassiltchikov, II, op. cit., 1, p. 18.
  • [11] Cf. les instructions proposées, le 8 mars 1806, au tsar par Czartoryski pour le comte d'Antraigues, envoyé en Angleterre pour le soustraire à la vindicte de Napoléon [Alexandre Trachevsky (ed.), Дипломатические сношения России с Францией в эпоху Наполеона I [Les relations diplomatiques entre la Russie et la France à l'époque de Napoléon Ier], 3, 1805-1806, Saint-Pétersbourg, Stasyulevich, 1892, p. 330-334.
  • [12] Cf. la lettre de Kochubey à Rozumovskyi du 10 avril 1804 [Alexandre Wassiltchikov, op. cit., IV, p. 338].
  • [13] Cf. les lettres de Morkov à Rozumovskyi d'octobre 1794 à août 1795 [Ibid., p. 207, 218, 220, 231].
  • [14] Alexandre Wassiltchikov, op. cit., III, 2, p. 28 et 78-79 ; Сборник императорскаго Русскаго историческаго общества, 121, Бумаги А. И. Чернышева за царствование императора Александра I. 1809-1825 г., [Collection de la société historique impériale russe, 121, Papier d'A. I. Tchernychev pour le règne de l'empereur Alexandre Ier 1809-1825, SIRIO], Saint-Pétersbourg, 1906, p. 2 ; Ministère des Affaires étrangères d'Union soviétique, Внешняя политика России XIX и начала XX века [La politique étrangère de la Russie au XIXe et au début du XXe siècle], I-4, Mars 1801-avril 1804, Moscou, 1965, p. 263 ; Archives nationales, AF IV, 1638, pl. 2, p. 3 et 1698, pl. 4, p. 1-2.
  • [15] Cf. son témoignage du décès de Mallia, Mémoires sur une époque de ma vie, ou Appel aux hommes d'honneur, et en particulier à ceux de l'empire de Russie, d'une injustice éprouvée à Vienne, Londres, Schulze & Dean, 1816.
  • [16] Eutrope Cazalas (éd.), op. cit., p. 140.
  • [17] Ibid., p. 141, 146, 149, 151, et Alexander Mikaberidze, The Russian Officer Corps of the Revolutionary and Napoleonic Wars: 1792-1815, Havertown, Casemate Publishers, 2004, p. 137.
  • [18] Eutrope Cazalas (éd.), op. cit., p. 166, lettre de Barclay de Tolly à Khanikov du 15 octobre 1810 ; Ibid., op. cit., I-2, lettre de Roumiantsev à Barclay de Tolly du 1à avril 1810, p. 96 et Ministère des Affaires étrangères d'Union soviétique, op. cit., p. 74, lettre de Mohrensen à Roumiantsev du 10 avril 1811.
  • [19] Eutrope Cazalas (éd.), op. cit, I-1, p. 138.
  • [20] Alexander Mikaberidze, op. cit., p. 313.
  • [21] Eutrope Cazalas (éd.), op. cit., p. 147, 154.
  • [22] Ibid., p. 147, 151, 154 et I-2, p. 314, 396.
  • [23] Lettre de Roumiantsev à Jakovlev du 8 décembre 1811 [Serguei N. Iskioul, « La mission diplomatique de Lev Jakovlev en Westphalie », Francia, n° 25, 1998, p. 145].
  • [24] Alexandre Mikhailovsky-Danilevski, « Жизнеописание князя Александра Ивановича Чернышева от 1801 до 1815 года [Biographie du prince Alexandre Ivanovitch Tchernychev de 1801 à 1815] », Российский Архив. История Отечества в Свидетельствах и Документах [Archives Russie. Histoire de la Patrie dans les certificats et documents], n° 7, 1996, p. 13-40.
  • [25] SIRIO, p. 45 et 177.
  • [26] Ernest d'Hauteville (éd.), La Police secrète du  Ier Empire, Paris, Perrin, 1906, Bulletin du 19 fructidor an XII (6 septembre 1804), p. 76.
  • [27] M. Breton, Procès instruit par la Cour d'assises de Paris contre Michel Michel, Louis Saget, Louis-François-Alexandre Salmon, employés dans les bureaux de la guerre, et Jean-Nicolas-Marie Moses, dit Mirabeau, garçon de bureau, accusés d'avoir entretenu des intelligences criminelles avec les agents d'une Puissance étrangère, etc., Paris, P. Didot, 1812, p. 4-8.
  • [28] SIRIO, op. cit., p. 462-463.
  • [29] Serguei N. Iskioul, op. cit., p. 144.
  • [30] Eutrope Cazalas (éd.), op. cit., p. 137-139.
  • [31] Ibid., p. 84-91.
  • [32] Eutrope Cazalas (éd.), op. cit., p. 177 ; August Fournier, « Stein und Gruner in Osterreich », Deutsche Rundschau, n° 53, 1887, p. 352-354 ; Österreichisches Staatsarchiv (OSA, Vienne), Allgemeines Verwaltungsarchiv, Polizeihofstelle, « Justus Grüner », note de Bülow du 6 août 1812.
  • [33] Cf. son rapport du 2 mars 1810 [Отечественная война 1812 года (La guerre de 1812), I-2, Saint-Pétersbourg, 1900, p. 1-6].
  • [34] Nicole Gotteri (éd.), La police secrète du Premier Empire. Bulletins quotidiens adressés par Savary à l'Empereur, juin-décembre 1810, Paris, Champion, 1997, p. 538.
  • [35] Ibid., op. cit., de juillet à décembre 1812, Paris, Champion, 2001, p. 94.
  • [36] Cité dans Serguei N. Iskioul, op. cit.. p. 144.
  • [37] Eutrope Cazalas (éd.), op. cit., II, p. 189.
  • [38] Ibid., p. 84-91.
  • [39] Archives nationales (Paris), F7 6575 ; Archives du ministère des Affaires étrangères (AMAE, La Courneuve), CP Russie, 154, note de Kourakine à Bassano du 2 mars et rapport de Kourakine à Roumiantsev du 6 mars 1812 ; M. Breton, op. cit. Histoire de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier, I, Paris, Plon, 1893 p. 518 ; Mémoires du duc de Rovigo pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon, V, Paris, Bossange et Charles Béchet, 1829, p. 208-220.
  • [40] OSA, lettre de Zichn à Metternich du 21 mars 1812.
  • [41] Отечественная война 1812 года [La guerre de 1812], XIV, Saint-Pétersbourg, 1910, p. 153-154.
  • [42] Gérald Arboit, Fragments de la vie de Charles Schulmester de Meinau, Paris, L'Harmattan, 2003, p. 79-81.
  • [43] Léonce Pingaud, Un Agent secret sous la révolution et l'empire, le comte d'Antraigues, Paris, Plon, 1893, p. 245-258.
  • [44] lettre de Kochubey à Rozumovskyi du 25 décembre 1801 [Alexandre Wassiltchikov, op. cit., IV, p. 328].
  • [45] Alexandre Trachevsky (ed.), op. cit..
  • [46] Lettre d'Antraigues à Roumiantsev du 14 juillet 1809 [Léonce Pingaud, Lettres inédites du Comte d'Antraigues, Privas, Impr. centrale de l'Ardèche 1895, p. 48-52].
  • [47] Jacques Godechot, Le comte d'Antraigues. Un espion dans l'Europe des émigrés, Paris, Fayard, 1986, p. 263.
  • [48] The National Archives, Foreign Office, 27/88, lettres d'Antraigues à Smith des 5 et 8 octobre 1811.
  • [49] AMAE, Mémoires et documents, France, 630, lettre d'Armfelt à Antraigues du 27 septembre 1810.
  • [50] Ibid., lettre d'Armfelt à Antraigues du 27 avril 1812 et Thomas Munch-Petersen, « Count d'Antraigues and the British political elite, 1806-1812 », Napoleonica. La Revue, 2/2008, p. 133.
  • [51] Dominic Lieven, La Russie contre Napoléon. La bataille pour l'Europe (1807-1814), Paris, Syrtes, 2012 [1re éd. Londres, Allen Lane/The Penguin Press, 2009], p. 104-105.
  • [52] Nikola Schilder, Император Александр первый [L'Empereur Alexandre Ier], III, Saint-Pétersbourg, Suberin, 1897, p. 494.
  • [53] Vito Marija Bettera-Vodopić, op. cit., p. 20-21. Il serait mort d'une hydropisie de la poitrine [Ibid. p. 110].
  • [54] Alexandre Wassiltchikov, op. cit., II-3, p. 25.
  • [55] Dominic Lieven, op. cit., p. 88-91.
  • [56] Ministère des Affaires étrangères d'Union soviétique, op. cit., VI, p. 341-342 et 393-394.
  • [57] Nikolaĭ Mikhaĭlovich, Дипломатические сношения России и Франции по донесениям послов императоров Александра и Наполеона [Les relations diplomatiques entre la Russie et la France d'après les rapports des ambassadeurs des empereurs Alexandre et Napoléon], 5, 1808-1812, Saint-Pétersbourg, Manufacture des papiers de l'Etat, 1907, p. 430.
  • [58] Viktor Mikhailovich Bezotosnyi, « Аналитический проект военных действий в 1812 П. А. Чуйкевича [Analytise des hostilités en 1812, P. A. Chuikevich] », Российский Архив. История Отечества в Свидетельствах и Документах [Archives Russie. Histoire de la Patrie dans les certificats et documents], n° 7, 1996, p. 41-57.
  • [59] Eutrope Cazalas (éd.), op. cit., p. 250.
  • [60] Российский государственный военный архив [Archives militaires de l'Etat russe, Moscou], Fonds 37, opis 191, delo n° 18, list 22. 
  • [61] Andrzej Nieuwazny , « Rien de bien certain ? Le système de renseignements français avant la campagne de Russie », Revue historique des armées, n° 267, 2012, p. 50.
  • [62] Serguei N. Iskioul, op. cit.. p. 145.
  • [63] Alain Montarras, « Le renseignement dans la préparation de la campagne de Russie de 1812», Revue historique des armées, n° 221, 2000, p. 3-12 et Gérald Arboit, « Napoléon et le renseignement », Revue de l'Institut Napoléon, n° 199, 2009, p. 73-88.

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