
Notes d'actualité
Turquie : attentat à Ankara Le mardi 22 mai 2007, vers 18 h 50, une bombe de forte puissance, actionné par un kamikaze, a explosé dans un arrêt de bus situé à proximité du supermarché Anafartalar et d’un mess militaire, au sein du quartier populaire d’Ulus, à Ankara. Sept personnes dont un Pakistanais, ont été tuées. Une centaine d’autres ont été transportées à l’hôpital dont seize dans un état grave.
Cet attentat qui a eu lieu dans un quartier très fréquenté d’Ankara (le plus vieux quartier de la ville, situé au pied de la citadelle) était destiné à tuer un maximum de monde. En effet, à cette heure, les employés quittent leur travail et ont l’habitude de faire leurs courses ou, pour les hommes, de se détendre entre amis dans les nombreux cafés du quartier, avant de rejoindre le domicile familial. Selon les premières constatations, l’explosif employé serait du plastic A-4.
Parmi les bléssés, on dénombre huit citoyens Pakistanais – ainsi que leur compatriote décédé - faisaient partie d’une délégation officielle qui assistait au salon international d’armement IDEF, qui a lieu tous les deux ans sur la base aérienne militaire d’Ankara (Etimesgut). Cette importante manifestation regroupe cette année quelques 500 exposants de 49 pays différents, à l’exception de la France qui, pour la première fois, n’a pas été invitée en raisons des nombreux différents qui existent entre les deux pays1 . Ce salon avait débuté le mardi matin même. A noter qu’une réception officielle devait réunir les délégations étrangères au musée des civilisations anatoliennes à 19 h 00. Ce célèbre musée se trouve situé à quelques centaines de mètres du lieu de l’explosion, mais était entouré d’un important cordon de sécurité et les contrôles des participants étaient très stricts.
Cet attentat à la bombe sanglant fait suite à une longue série qui endeuille la Turquie depuis des années.
Si, dans le passé, la Turquie a subi des attentats provoqués par la nébuleuse Al-Qaida - en particulier ceux dirigés contre les intérêts juifs et britanniques à Istanbul, en novembre 2003 - la majorité des actes terroristes est le fait des séparatistes du PKK. Il semble bien que ce soit également le PKK qui ait été à l’origine l’attentat de ces derniers jours. Cette opération terroriste ciblait l’exposition internationale d’armement IDEF. Les accès à cette manifestation étant sévèrement gardés, il convenait pour les activistes de frapper en périphérie de l’exposition, ce qu’ils ont fait avec succès puisque des étrangers ont été atteints.
Il faut savoir que les militaires Pakistanais - ainsi que les industries de défense - entretiennent d’étroites relations avec leurs homologues turcs. L’intérêt est non seulement commercial mais également politique, les deux Etats étant confrontés aux mêmes types de menaces : le terrorisme à l’intérieur et des pays peu amicaux à l’extérieur. De plus, des responsables du PKK installés en Irak du Nord avaient menacé récemment la Turquie de déclencher des actions terroristes à Ankara en représailles à des explosions qui avaient eu lieu à Erbil (nord de l’Irak) et qui avaient été attribuées par les Kurdes aux services secrets turcs, le Milli Istikhbarat Tskilati (MIT). L’explosif utilisé à Ankara fait aussi partie des moyens habituellement utilisés par le mouvement séparatiste kurde. Le kamikaze nommé Guven Akkus était âgé de 28 ans. IL avait déjà purgé une peine de deux ans de prison en 1996.
Malgré le démenti du PKK qui affirme n’avoir rien à voir avec cette action terroriste qu’il condamne, cet attentat risque de provoquer une réaction du pouvoir politique turc qui peut, à tout moment, autoriser à l’armée à lancer une opération militaire dirigée contre les bases arrières du PKK, en Irak du Nord (cf. Note d’Actualité n°75, de mai 2007).