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NOTE D'ACTUALITÉ N°452
SYRIE : POINT DE SITUATION

Alain Rodier
01-09-2016

 

 

 

Presque un an après l'entrée en lice de la Russie en Syrie, la situation s'est bien améliorée pour les forces gouvernementales. En effet, depuis le début de 2015, elles connaissaient une très forte pression de la part du Front al Nosra - et de différents mouvements affiliés plus ou moins discrètement à Al-Qaida « canal historique » - et du groupe Etat Islamique (Daech). Le plus grand succès depuis l'arrivée des Russes a été la reconquête, au printemps 2016, de la ville mythique de Palmyre. Au nord-ouest du pays, la situation était catastrophique pour les forces syriennes dans les régions d'Alep et dans le fief alaouite de Lattaquié, le long de la côte méditerranéenne. Elle s'est progressivement inversée, l'initiative repassant du côté gouvernemental. Toutefois, des combats acharnés se poursuivent dans ces régions, le sort des armes y restant aléatoire. Cela a été de même dans la région de Damas et en particulier dans le quartier de La Ghouta,  situé à l'est de la capitale.

Mais la guerre n'est pas gagnée. Deux brigades sont toujours encerclées par Daech à Deir ez- Zor - le petit Dien Biên Phu syrien - dans l'est du pays, et des combats très indécis se poursuivent entre Homs et Hama, au centre, et dans la région de Deraa, dans le sud-ouest à proximité du Golan. Le principal problème tactique réside dans le fait que toutes les parties manquent cruellement d'effectifs au sol pour emporter une décision significative sur le terrain.

L'épineux problème kurde

Les Américains qui peinaient à monter des groupes rebelles « modérés » syriens s'opposant au régime de Damas ont finalement décidé en 2015 de s'attaquer directement à Daech devenu leur ennemi principal, avant Bachar el-Assad et Al-Qaida « canal historique ». Ils ont eu l'idée de soutenir une coalition baptisée « Forces démocratiques syriennes » (FDS). En effet, lors de la bataille de Kobané (septembre 2014 - juin 2015), les Kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) - la branche armée du Parti de l'union démocratique (PYD) proche du PKK - avaient reçu le renfort de quelques tribus arabes et de Syriaques résidant dans la région. La présence de ces non-Kurdes au sein des FDS était très minoritaire mais avait une portée symbolique importante, surtout vis-à-vis de la Turquie. Les Américains accordaient leur soutien aux FDS dans la mesure où le mot « kurde » n'apparaissait pas ! Les FDS ont ainsi rencontré des succès militaires au sol grâce à l'appui aérien apporté par Washington. Pour accroître encore leur efficacité, de nombreux armements et équipements leur ont été livrés et des membres des Forces spéciales américaines les ont rejoint pour assurer leur formation et vraisemblablement coordonner les tirs air-sol.

La dernière victoire en date a été la prise de Manbij, le 12 août 2016. Ce carrefour logistique important permettait à Daech d'approvisionner en partie Raqqa, la « capitale » du proto Etat islamique, depuis la Turquie. Il convient de souligner que les forces de Daech se sont retirées de Manbij après avoir conclu un accord avec les FDS leur permettant de rejoindre la ville de Jarablus, située à quarante kilomètres plus au nord. Les deux mille « otages » servant de boucliers humains étaient surtout des sympathisants et des membres des familles de Daech. Ce même subterfuge s'était déjà déroulé à Palmyre en mars 2016, quand le l'Etat islamique avait évacué la ville pour rejoindre Raqqa.

Dès que Manbij a été libérée, Ankara a exigé que les Kurdes appartenant aux FDS ayant participé à l'offensive se retirent à l'est de l'Euphrate et laissent leurs « partenaires » arabes gérer la situation dans la localité. Les Turcs ont affirmé que c'est ce qui avait été prévu initialement avec les Américains.

En fait, les Américains comptent sur les FDS pour pousser vers le sud afin de conquérir Raqqa dont la chute aurait un sens symbolique très fort. Mais les buts poursuivis par les responsables kurdes sont différents, même s'ils ont raconté aux Américains ce qu'ils voulaient entendre afin de continuer à bénéficier de leur soutien militaire et logistique. Leur objectif, après la prise de Manbij, est de poursuivre vers Al-Bab, à l'ouest, pour ensuite effectuer la liaison avec le canton d'Efrin dans le cadre de l'unification du Rojava, le Kurdistan syrien. A cette fin, les FDS ont crée un état-major pour la ville d'Al-Bab qui sera chargé de gérer la ville après sa conquête, méthode déjà employée pour Manbij. Mais les populations de la région d'Al-Bab sont majoritairement arabes sunnites. Quelle va être leur réaction si les FDS arrivent dans les faubourgs de cette localité ? Vont-elles soutenir Daech considéré comme un « rempart » contre les Kurdes ou bien se réjouir d'être débarrassées de ces djihadistes extrémistes dont beaucoup sont des étrangers ?

Washington semble refuser de voir que les Kurdes syriens rêvent d'établir une « zone autonome » à l'image de celle qui existe au nord de l'Irak depuis 1991, le long de la frontière turque. Elle réunirait d'est en ouest les cantons de Djézireh à ceux de Kobané et d'Efrin. Ne nous n'y trompons pas, les Kurdes, via le Mouvement pour une société démocratique (Tevgera Civaka Demokratîk‎, TEV-DEM) - l'organe politique qui gère le Rojava - espèrent un jour accéder à l'indépendance complète. Or, le mouvement dominant, le PYD, est marxiste-léniniste. C'est le cousin très proche du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan). Par un retournement étrange de l'Histoire, alors que les islamistes radicaux avaient permis à Washington de lutter contre le communisme, en Syrie, c'est le phénomène inverse qui se déroule. Les Américains se retrouvent encore dans une position délicate, les FDS leur échappant. Il est difficile d'admettre ce nouveau revers de la guerre par procuration (Proxy War). Mais il y a peu de chances que Washington cesse d'épauler les FDS considérées comme les seules aptes à combattre en Syrie. Les Américains refusent contre vents et marées de faire l'amalgame entre le PKK et le PYD, même quand Massoud Barzani affirme au journal Al Monitor, en mars 2016 : « un quelconque soutien au PYD signifie un soutien au PKK ». Toutefois, le 24 août, les forces du PYD, sous la pression de Washington qui ne voulait pas froisser Ankara, ont annoncé qu'elles se retiraient à l'est de l'Euphrate mais que les FDS restaient sur leurs positions. Mais les promesses n'engagent que ceux qui les croient !

En effet, Erdoğan était absolument furieux. De manière à reprendre l'initiative, il a décidé de lancer une vaste opération militaire Bouclier de l'Euphrate en liaison avec les mouvements rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL), le Failaq Al-Sham (La Légion du Levant), le Ahrar Al-Sham (Mouvement islamique des hommes libres du Levant) et le Jabhat Al-Sham (Front du Levant) qualifiés d'islamistes « modérés ». Ces formations particulièrement actives dans la région d'Alep, bénéficient également de bases arrières en Turquie. Cette opération est soutenue directement par la coalition. Elle a permis de reprendre la ville de Jarablus à Daech en moins de vingt-quatre heures, les activistes de Daech s'étant repliés sans combattre en direction de Al-Bab, situé au sud-ouest. Cette victoire sans bataille permet tout de même de porter un rude coup à l'Etat islamique qui perd ainsi son point d'appui principal le long de la frontière turque, surtout depuis la chute de Manbij. Surtout, cela permet à Ankara de bloquer la constitution d'un Rojava indépendant en lui retirant la possibilité de s'emparer de cette localité vitale, ce qui était bien dans les projets des FDS puisqu'elles avaient créé un état-major chargé de gérer cette ville après sa libération. D'ailleurs, l'artillerie turque a non seulement pilonné les positions de Daech autour de Jarablus mais aussi celles des FDS à proximité de Manbij, tout en prévenant les Américains pour que des conseillers ne soient pas tués par erreur. Le projet plus global de la Turquie consiste à s'emparer de la zone frontalière, de Jarablus à l'est, à Maréa situé à 70 kilomètres plus à l'ouest. Si cela réussit, Ankara aura ainsi créé de fait une zone interdite au pouvoir central de Damas et se sera emparé de Dabiq, qui se trouve entre ces deux localités. Or, dans la doctrine défendue par Daech, c'est dans cette ville que doit avoir lieu l'affrontement final entre les puissances du « bien » - qu'il affirme représenter - et les puissances du mal...

Les Kurdes commencent à s'opposer à Damas

Les Kurdes ont un problème dans le canton est du Rojava (Djézireh). La ville de Hassaké, qui compte environ 300 000 âmes (réfugiés compris), et la région qui s'étend au nord jusqu'à Kamechiyé (à la frontière turque) ont une population composée pour moitié d'arabes et pour moitié de Kurdes. En 2012, Bachar el-Assad, qui devait faire face à ce qui était devenu une véritable insurrection, avait été contraint de faire des choix tactiques car il n'avait pas les moyens sécuritaires suffisants pour gérer la situation. Il a donc retiré l'ensemble de ses forces des régions kurdes du nord du pays, à l'exception de la zone Hassaké-Kamechiyé. En échange, les Kurdes ne s'en sont jamais pris aux forces syriennes loyalistes, se contentant de se défendre des attaques menées par les rebelles islamiques dont l'action la plus médiatisée a été la bataille de Kobané.

Mais depuis avril 2016, des affrontements sont survenus dans la région de Hassaké entre forces loyalistes syriennes - toujours présentes sur zone - et les Assayeh (forces de police) kurdes. Il semble que ce soient ces dernières, dans une logique de contrôle de territoire, qui ont harcelé les garnisons des forces légalistes pour les faire déguerpir plus au sud. De part et d'autre, il y a eu des provocations, des « arrestations » - en fait des prises d'otages - et des combats meurtriers pour libérer ces derniers. Les bombardements aériens qui se sont déroulés les 17 et 18 août sont un geste d'avertissement lancé par Damas en direction des Kurdes pour affirmer que le régime n'a pas l'intention d'abandonner la région d'Hassaké-Kamechiyé et, qu'en conséquence les populations arabes qui y résident ne seraient pas forcées de fuir en raison d'un nettoyage ethnique qui s'annonce. Damas rappelle aussi en cette occasion qu'il n'a pas l'intention d'accepter la partition du pays et donc une « indépendance » de fait du Rojava. Le président turc Recep Tayyip Erdoğan s'est réjoui ouvertement de ces affrontements trouvant enfin des mérites au régime syrien. Parallèlement, Daech lançait une vigoureuse offensive au sud de Hassaké enlevant plusieurs villages tenus par les FDS.

Même si cela n'est pas trop évoqué, ces incidents font courir un grand risque aux FDS. En effet, cette formation était une coalition de forces kurdes, arabes et syriaques. Il semble que, suite aux combats de Hassaké, la rupture soit consommée entre ces factions,du moins dans cette zone. Les arabes qui servaient au sein des FDS ont désormais tendance à rejoindre les milices pro-gouvernementales des Forces de défense nationale (FDN). En conséquence, les FDS risquent de redevenir une formation presque uniquement composée de Kurdes, lesquels se sentent trahis par Washington suite à l'affaire du retrait de Manbij. La fiction de cette « alliance nationale » soutenue par Washington s'évapore et la libération de Raqqa, qui devait être conduite par les FDS, est remise à plus tard ! Cela risque aussi de créer le trouble au sein des forces kurdes qui se battent contre les rebelles de toutes tendances au nord d'Alep et dans le quartier de cheikh Maqsoud de la ville. Que va t-il se passer avec les forces gouvernementales qui sont opposées aux mêmes adversaires ? Moscou joue à l'heure actuelle les médiateurs entre les différentes factions, son intérêt étant que les forces légalistes syriennes et les Kurdes continuent lutter contre les rebelles.

Le prolongement du problème kurde en Irak

Le président Erdoğan soutient Massoud Barzani, président du Parti Démocratique du Kurdistan (PDK) et du gouvernement régional du Kurdistan irakien, car la situation dont il a hérité en 2003 l'oblige à agir de la sorte. Il ne le fait certainement pas de gaîté de cœur. Cette région est auto-administrée depuis la fin de la première guerre du Golfe de 1991. De plus, elle est riche en raison de ses ressources pétrolières et son seul débouché actuel passe par la Turquie qui, au passage, en tire de substantiels bénéfices. Il ne s'agit pas là de trafics mais de commerce parfaitement légal, sauf que le gouvernement irakien trépigne de rage en voyant cette manne lui échapper.

Le PKK est implanté en Irak du Nord via sa représentation locale, le Parti de la solution démocratique du Kurdistan (PÇDK). Le PKK a installé il y a de longues années son état-major sur les flancs du mont Qandil, situé à proximité de la frontière iranienne. D'ailleurs, l'aviation turque bombarde assez régulièrement cette zone, surtout lorsqu'il y a eu un attentat ou une attaque dans le sud-est anatolien. C'est une mesure de rétorsion qui est devenue un grand classique. Sur le plan tactique, ces bombardements ne donnent aucun résultat significatif car les activistes kurdes sont dispersés dans de nombreux campements protégés. A noter que les Iraniens font de même, de temps en temps, pour "punir" des actes de terrorisme attribué au Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK), la branche iranienne du PKK. Etant plus proches, ils se contentent de délivrer des tirs d'artillerie aussi inefficaces que les bombardements turcs. Le but est de montrer aux populations que leurs gouvernements réagissent avec "fermeté".

Les relations entre Barzani et le PKK sont compliquées. Théoriquement, il demande au mouvement séparatiste turco-kurde d'évacuer la région, certainement pour ne pas déplaire à Ankara. En fait, la région du mont Qandil est plutôt contrôlée - dans la mesure où le contrôle de ces zones montagneuses très difficiles d'accès veut dire quelque chose - par l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) de Jalal Talabani, qui est en concurrence historique avec Barzani[1]. L'UPK est d'ailleurs plus l'allié de l'Iran que de la Turquie. Un temps, l'UPK a aussi été l'allié du PKK, particulièrement pour s'en prendre au PDK, entre 1994 et 1996. Depuis, des accords sont survenus, l'UPK contrôlant un tiers du Kurdistan irakien. Mentionnons qu'existe aussi le GORRAN (Mouvement pour le changement), un parti d'opposition politique emmené par Naschirwan Mustapha.

Et Al-Qaida « canal historique » dans tout cela ?

Le 28 juillet 2016, le Front Al-Nosra annonçait la rupture de son allégeance à Al-Qaida « canal historique » et prenait le nom de Jabhat Fatah Al-Sham (Le Front de la conquête de Syrie). Son leader, Hamed Hussein al-Charaa' - alias Abou Mohamed Al-Jolani -  affirmait que plus aucune opération ne serait menée sous la bannière du Front Al-Nosra et que la nouvelle organisation n'entretenait aucun lien avec quelque entité extérieure que ce soit. Cette scission était aussitôt acceptée par Al-Qaida central via la voix de son numéro deux, Abdullah Muhammad Rajab Abd Al-Rahman - alias Ahmad Hasan Abou Al-Khayr Al-Masri -, puis par le docteur Ayman Al-Zawahiri en personne. Le premier affirmait qu'instruction avait été données aux leaders du Front Al-Nosra d'« avancer dans ce qui protège les intérêts de l'islam, les musulmans et le jihad » et le second que « la fraternité de l'islam est supérieure à tout lien organisationnel ». Cette stratégie était officiellement reprise par des idéologues jordaniens proches d'Al-Qaida « canal historique », le cheikh Abou Mohamed Al-Maqdisi et Abou Qoutada.

A l'évidence, cette rupture n'est que de façade et a pour objectif de permettre au Jabhat Fatah Al-Sham (JFS) de s'allier à d'autres mouvements rebelles sans que ces derniers ne soient soumis aux foudres des Russes, voire des Américains.  D'ailleurs, le 22 août, Ahrar Al-Sham annonçait sa fusion avec le JFS. D'autres devraient suivre. Toutefois, ni les Américains ni les Russes ne semblent être dupes mais ils doivent tenir compte du fait que l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie vont s'emparer de cette nouvelle donne pour soutenir au grand jour tous les mouvements rebelles islamistes radicaux, qu'ils soient ou non en liaison avec le JFS, ce qu'ils faisaient auparavant de manière plus discrète. Comme prévu, beaucoup de mouvements rebelles se sont réjoui de cet évènement, notamment le cheikh Abdallah Al-Muhasini, l'autorité religieuse de Jaish Al-Fatah[2], coalition qui tient la province d'Idlib et qui est particulièrement active dans la région d'Alep a applaudit.

Comme par hasard, alors que les quartiers est d'Alep étaient annoncés encerclés par les forces gouvernementales, ces dernières s'étant emparé de la route de Castello, la « grande bataille d'Alep » (Malahem) étaient lancée le 31 juillet simultanément au sud et au nord de la ville et la situation s'en trouvait alors renversée. Le JFS est au centre de cette offensive qui engage également L'Armée de la conquête et Ansar al-Islam[3]. Toutefois, au moment où sont écrites ces lignes, la situation reste indécise.

 

 

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La suite des évènements est difficilement prévisible, mais il est vraisemblable que l'enlisement du conflit se poursuive puisque aucune voie de sortie ne semble envisageable à court ou moyen terme.

Le régime de Damas va continuer à être soutenu par les Russes, les Iraniens, le Hezbollah libanais, et les milices chiites irakiennes et afghanes. Sur le plan opérationnel, les Russes effectuent leurs frappes depuis l'ouest à partir de la base syrienne de Hmeimim. Ils vont recevoir à l'automne le renfort du croiseur porte-aéronefs Amiral Kouznetsov. Les bombardiers à longs rayons d'action Tupolev-22M3 et Sukhoi-34 viennent également de l'est (base de Mozdok) en survolant l'Iran puis l'Irak (avec l'accord de Téhéran et de Bagdad). Ils utilisent la base aérienne du martyr Nozheh d'Hamedan pour se ravitailler en carburant[4]. De temps en temps, des missiles de croisière sont lancés, soit depuis des bombardiers stratégiques, soit depuis des navires opérant en mer Caspienne ou croisant en Méditerranée. Ces tirs sont plus une démonstration de force destinée aux Occidentaux que d'une efficacité tactique réelle. L'intérêt de Moscou est double : occuper de nouveau de premier plan sur la scène internationale en général et au Proche-Orient en particulier ; fixer la menace islamique radicale en l'empêchant de rejoindre le Caucase.

Les objectifs américains sont moins clairs et, de toute façon, la politique internationale sera revue après l'élection du nouveau président des Etats-Unis. Beaucoup d'observateurs parient pour l'élection de Hillary Clinton, laquelle décidera probablement d'un durcissement des relations avec la Russie et l'Iran.

L'évolution de la politique Turque suite au coup d'Etat manqué du 14 juillet va également peser lourdement sur l'évolution de la situation régionale. Le président Erdoğan capable d'effectuer des virages politiques à 180° sans le moindre état d'âme, a renoué avec la Russie, l'Iran et Israël. Il semble même revenir à plus de conciliation avec le régime de Bachar el-Assad. Par contre, ses obsessions demeurent d'empêcher à tout prix la constitution d'une entité kurde indépendante le long de la frontière sud du pays et de poursuivre la lutte contre le PKK La guerre menée contre Daech n'est que secondaire et de circonstance. L'offensive Bouclier de l'Euphrate, lancée le 24 août, n'est pas tant destinée à chasser Daech de Jarablus, que d'empêcher les Kurdes de s'en emparer.

Comme ailleurs, nous ne sommes pas à l'abri en Syrie de « surprises » qui, si elles ne sont pas « stratégiques » - car les belligérants n'en n'ont pas les moyens nécessaires et suffisants -, peuvent être d'une grande importance « tactique ». En particulier, il va être intéressant de suivre ce que vont devenir les regroupements de mouvements rebelles qui ont pris Jarablus avec le soutien direct d'Ankara. Vont-ils constituer pour les Américains, une alternative aux FDS ou un complément ?

 



  • [1] Toutefois, quand cela a été nécessaire, le PKK est venu renforcer les peshmergas pour lutter contre Daech et leur apport été le bienvenu.
  • [2] L'Armée de la conquête, une vaste coalition rebelle qui englobe le JFS, le Parti islamique du Turkestan et le Anjab Al-Cham.
  • [3] Ce mouvement a un passé commun avec Daech mais certains de ses membres ont fait sécession lors de la création du califat.
  • [4] Cela leur permet d'emporter plus de munitions et de rester plus longtemps sur zone. Ces appareils ne pourraient actuellement être mis en œuvre avec leurs pleines capacités à Hmeimim car la piste est trop courte. Elle est en cours de prolongement.

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