
Notes d'actualité
Un réseau politico-mafieux démantelé en Italie Le 12 février 2008, sur ordre du parquet de Perugia, dans le centre de l'Italie, les carabiniers ont arrêté plus de cinquante personnes dans le cadre d'une enquête mêlant des intérêts politiques, économiques et mafieux.
L'ensemble de ces personnes formait un réseau criminel qui s'adonnait à différentes fraudes dans le domaine du génie civil, à la construction, au trafic de drogue et à l'extorsion. Le processus était le suivant :
Pour obtenir ces appels d'offre, les mafieux calabrais bénéficiaient de complicités de la part de fonctionnaires de l'administration publique communale et régionale. Il s'agissait pour les familles mafieuses calabraises de connaître à l'avance les travaux et les financements prévus ainsi que les prix proposé par les sociétés concurrentes. Avec ces informations, les mafieux proposaient des prix inférieurs et gagnaient les appels d'offre. Pour tenir ses coûts, les sociétés mafieuses utilisaient des matériaux de mauvaise qualité ainsi que de la main d'œuvre essentiellement composée de clandestins, des « extra communautaires » comme le disent les Italiens. Enfin, les enquêteurs ont relevé la violation systématique des normes de sécurité sur les chantiers.
Accessoirement, ce réseau avait aussi mis en place un vol de voitures organisé à des fins de recyclage de chèques falsifiés.
Les forces de l'ordre ont appelé cette opération Naos. Elles aiment donner des noms originaux à leurs actions. En l'occurrence, on ne sait pas si cela renvoie à l'étoile Naos ou s'il s'agit d'une référence « au saint des saints », la pièce la plus importante dans les temples de la Grèce antique...A regarder les personnalités arrêtées, nous pencherons pour la deuxième hypothèse :
Le responsable du tourisme de la région Calabre, Pasquale Tripodi, appartient à l'UDEUR, un parti du centre. Son leader, Clemente Mastella, était, depuis plus d'un an, allié au gouvernement national de centre gauche dirigé par Romano Prodi. Cependant, impliqué ainsi que sa femme pour des délits de corruption et de clientélisme, Clemente Mastella a fait chuter le gouvernement Prodi en passant au centre droit. En conséquence, le président de la région Calabre, Agazio Lorieo qui anime une coalition de centre gauche, vient de révoquer « pour incompatibilité politique » le responsable du tourisme.
Les personnes interpellées demeurent présumées « innocentes ». Il faut en effet attendre les trois instances de la procédure judiciaire pour qu'une condamnation soit définitivement prononcée. Rendez-vous dans dix ans... le temps d'une dizaine d'élections.
En Italie, les relations politico-mafieuses, même locales, ont des répercussions sur la vie politique nationale.
La mafia n'existe que parce qu'elle dispose de complicité au sein de la fonction publique, des professions libérales et du monde de la politique. Elle est un acteur économique en phase avec le libéralisme. Elle utilise la main d'œuvre bon marché et recourt parfois à des méthodes qui ressemblent à de l'esclavage.
La mafia est présente dans toute l'Italie comme en témoigne cet exemple. Le procureur national antimafia, Pietro Grasso parle de « tentative de colonisation » de la région Umbrie. N'en déplaisent à certains, les Italiens du Nord se révèlent, parfois, aussi malhonnêtes que ceux qu'ils considèrent comme « des culs terreux ».
La mafia italienne utilise la criminalité locale, le grand banditisme et les criminels étrangers comme des associés ou des sous-traitants. En Italie, les étrangers ne sont pas tous des criminels. La plupart d'entre eux travaillent ou se font exploiter comme dans le cas présent.