
Notes d'actualité
Nouveau chef opérationnel pour les talibans afghans Le mollah Abdul Qayum Zakir, dont l'identité réelle est Abdullah Ghulam Rasoul (il serait né en 1974 dans le village de Soply, dans la province d'Helmand), un des quatre principaux chefs militaires des taliban afghans, pourrait être désigné comme l'adjoint opérationnel du mollah Mohammed Omar. Cette nomination interviendrait en remplacement du mollah Abdul Ghani Baradar [1] qui a été appréhendé au début 2010, lors d'un raid des forces de sécurité pakistanaises dans la ville de Karachi.
Zakir présente la particularité d'être un ancien détenu de la prison de Guantanamo Bay (matricule 008). En effet, il a été capturé fin 2001 à Mazar-i-Sharif, en Afghanistan. C'était un chef militaire réputé pour sa brutalité et les nombreuses exécutions qu'il aurait commandité. Lors des interrogatoires auxquels il a été soumis à Guantanamo, il a prétendu avoir été recruté de force par les taliban et avoir déserté dès que l'occasion s'est présentée à lui. Il n'a exprimé qu'un seul un souhait : retourner au pays pour « s'occuper de sa famille ». Les Américains l'ont renvoyé avec douze autres de ses compagnons en Afghanistan en décembre 2007, où il a été incarcéré à nouveau. Relâché fin 2008 de la sinistre prison de Pul i Charkhi, située dans la banlieue de Kaboul, il a immédiatement rejoint les taliban afghans où sa réputation et son « aura » d'ancien détenu de Guantanamo Bay l'ont fait désigner comme chef militaire. Ayant rejoint le commandement des taliban afghans installé au sein de l'assemblée consultative (shura) de Quetta au Pakistan, il a été affecté à la tête de la shura régionale (un des quatre commandements militaires taleb) établi à Gerdi Jangal au Baloutchistan. Cet organisme supervise depuis son repaire pakistanais les opérations dans les provinces afghanes d'Helmand, de Kandahar, d'Uruzgan et de Zabul.
Le mollah Abdul Qayum Zakir est actuellement considéré comme un des meilleurs commandants militaires afghans. Il se serait « couvert de gloire » à l'occasion de la résistance contre l'offensive menée par les forces coalisées et l'Armée nationale afghane (ANA) en février-mars 2010 dans la région de la ville de Marjah. Il entretiendrait également des contacts étroits avec les combattants étrangers dépendant d'Al-Qaida. Début mars, il a été localisé dans la ville de Pishin dans la province pakistanaise du Baloutchistan. Il a échappé de peu à la capture.
Les trois autres commandements militaires des taliban afghans établis au Pakistan sont:
A noter que, pour les taliban, il ne faut pas comprendre le terme de « commandement militaire » selon un schéma occidental qui comporte toujours un chef, des adjoints, des commandants d'unités, le tout adoptant une forme pyramidale. C'est pour cette raison que l'on parle de « shura » qui veut dire « conseil ». Ces shuras ont un chef entouré de conseillers. Elles emettent des « souhaits » et non pas des « directives » à l'occidentale. Les différents responsables de groupes, de clans, de bandes, etc. qui sont sur le terrain sont libres d'agir à leur propre initiative d'autant que les « souhaits » exprimés par la shura dont ils dépendent ne leur parviennent généralement par messagers que des semaines après avoir été exprimés. En résumé, chez les taliban, il n'y a pas réellement une subordination tactique mais plutôt l'application d'une stratégie globale commune.
Par contre, les shuras établies au Pakistan peuvent aider leurs troupes en fournissant aide logistique, entraînement et fonds. C'est également en leur sein que peuvent se régler les différents problèmes qui surviennent de temps en temps entre différents leaders sur le terrain (il s'agit souvent des problèmes de prééminence).
Les taliban afghans actifs sont estimées entre 25 000 et 30 000 combattants. Cela n'inclue pas les populations qui leur sont favorables et qui leur apportent une aide logistique importante. Le recrutement se fait parmi la jeunesse qui, plutôt que de rester sans travail, préfère rejoindre les maquis.
Les forces du chef de guerre Gulbuddin Hekmatyar, qui dirige le Hezb-i-Islami Gulbuddin, ne font pas partie des taliban à proprement parler. Pour le moment, elles participent à la lutte contre le pouvoir central de Kaboul et les forces de la coalition qui le soutiennent. Mais parfois, les deux factions se combattent férocement pour le contrôle de territoires, comme cela est arrivé début mars 2010 dans la province de Baghlan, au nord-est de l'Afghanistan. Gulbuddin Hekmatyar revendique 3000 à 4000 combattants, chiffre qui est vraisemblablement exagéré. Suite à ses affrontements, plus d'une centaine de ses combattants se seraient rendus aux forces gouvernementales. Par contre, il a ouvertement fait alliance avec Oussama Ben Laden en mai 2006. Parallèlement, il aurait entamé des négociations secrètes avec le régime en place à Kaboul par l'intermédiaire d'un de ses fils. Là aussi il s'agit d'une spécificité afghane que les Occidentaux ont du mal à comprendre : il est tout à fait possible à une personnalité de retourner sa veste sans état d'âme dans la mesure où elle y trouve son intérêt.
Les autres leaders importants des taliban afghans qui siègent autour du Commandeur de la foi ( Amir al-Mu'minin ), le mollah Omar [2], sont :
Toutefois, les pertes ont été importantes ces derniers temps au sein des taliban afghans. En effet, les autorités pakistanaises semblent ne plus accorder la même mansuétude que par le passé à l'égard de leurs anciens protégés. Baradar, un des gendres du mollah Omar et ancien ministre des Finances du régime taleb, et Agha Jan Mohtasim ont été arrêtés à Karachi. Cela tend à démontrer que les responsables de l'insurrection afghane préfèrent souvent se cacher dans les mégapoles pakistanaises qui leur offrent des facilités inexistantes dans les zones frontalières pakistano-afghanes. Ont également été appréhendés : Abdul Kabir, l'ancien gouverneur de la région de Nangarhar et responsable des opérations à l'est de l'Afghanistan, Abdul Salam, Mohammed Yunis et Mir Mohammed, les « gouverneurs fantômes » des régions de Kunduz, Zabol et Baghlan!
Al-Qaida en Afghanistan s'est réorganisé en une unité baptisée « l'armée de l'ombre » ( Laskhar al-Zil ), qui comporterait quelques centaines de combattants répartis entre trois à six « brigades », dont la fameuse « brigade 055 » qui était active jusqu'en 2001. Les activistes sont d'origine irakienne, saoudienne, yéménite, égyptienne, pakistanaise, libyenne, maghrébine, ouzbèke, ouigouer et occidentale. Leur chef idéologique est l'Egyptien Mustafa Abou al-Yazid, alias cheikh Saeed al-Masri. Le commandement militaire serait aujourd'hui assuré par le Pakistanais Ilyas Kashmiri.
Comme pour les taliban afghans, il faut bien comprendre que l'organisation Al-Qaida n'a jamais été semblable à ce qui existe en Occident. Il s'agit plus d'un conglomérat de bandes regroupant des activistes animés par le même idéal : l'établissement d'un califat mondial, que d'une organisation hiérarchisée et structurée. L'organisation militaire Laskar al Zil répond donc à ces critères. Elle englobe différents groupes qui ne dépassent généralement pas la dizaine de combattants. A noter qu'ils se regroupent cependant souvent suivant leur origine géographique (en dehors des Occidentaux qui sont répartis dans les différentes unités [3]). Par contre, ils peuvent trouver aide et refuge dans les zones tribales pakistanaises auprès du « noyau dur » d'Al-Qaida et surtout auprès des tabilan afghans et pakistanais.