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NOTE D'ACTUALITÉ N°292
MEXIQUE : LES ZETAS CHANGENT DE TÊTE

Alain Rodier
05-11-2012

Le dimanche 10 octobre, la garnison de fusiliers_marins mexicains de l'Etat de Coahuila est informée anonymement que des hommes armés assistent à un match de baseball à Progresso. Bien que le fait ne soit pas extraordinaire dans le pays, une patrouille est envoyée sur place pour une vérification de routine. En chemin, elle rencontre un véhicule qui prend à partie les militaires, blessant l'un d'entre eux. Ces derniers ripostent, tuant le conducteur sur le coup. Deux individus parviennent à s'échapper, mais l'un est abattu à proximité. Les corps sont transportés dans la morgue voisine de Sabinas. Dans la nuit, un commando lourdement armé investit l'établissement et enlève les deux cadavres. Heureusement, des photos des défunts ont été prises et leurs empreintes digitales relevées. Les autorités s'aperçoivent alors que l'un des deux morts est le légendaire chef des Zetas, Heriberto Lazcano Lazcano, alias Z-3. Cela explique que des fidèles soient venus récupérer sa dépouille pour lui assurer des funérailles dignes de sa réputation.

Le nouveau chef des Zetas serait Miguel Angel Treviño Morales, alias Z-40, un ancien petit voyou qui a monté les échelons du crime organisé, notamment en raison de sa sauvagerie avérée. En effet, même au sein des organisations criminelles mexicaines qui savent se montrer particulièrement cruelles, Z-40 a toujours fait preuve d'un sadisme inégalé. La rumeur dit qu'il aime à démembrer ses victimes alors qu'elles sont encore vivantes. Sa tête est mise à prix par les autorités mexicaines pour 30 millions de pesos (2,28 millions de dollars) et Washington offre 5 millions de dollars pour toute information permettant sa capture.

Morales a rejoint les Zetas peu après leur formation en 1999, comme bras armé du cartel du Golfe. A la différence des membres fondateurs, il n'avait alors pas un passé militaire mais de voyou des rues, ayant exercé ses talents à Dallas, puis dans la ville de Nuevo Laredo, au sein du gang Los Tejas[1]. En 2009, il était déjà sous le coup d'inculpations fédérales américaines pour trafic de drogue, kidnapping, blanchiment d'argent et pour une demi-douzaine de meurtres. En fait, il aurait assassiné personnellement des dizaines de personnes.

En 2010, les Zetas font sécession du cartel du Golfe pour créer leur propre structure. Depuis, ils sont en guerre ouverte avec presque tous les autres cartels, particulièrement pour le contrôle de la frontière nord du pays.

La mort de Z-3 ne signifie pas la fin des Zetas. Même si Z-40 ne fait pas l'unanimité au sein des membres du cartel - certains l'accusant même d'avoir « donné » des responsables aux autorités - il devrait maintenir l'unité de l'organisation, dont il était le numéro deux, par la terreur. Cela dit, de nombreux responsables du cartel dont son frère Omar (Z-42) ont été neutralisés. Ils devraient être remplacés par des sicaires plus jeunes, toujours aussi violents, mais moins expérimentés.

Le nouveau président mexicain confronté à une situation difficile

Enrique Pena Nieto, le nouveau président issu du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), élu le 1er juillet 2012, doit prendre ses fonctions le 1er décembre prochain. Il hérite d'une situation difficile laissée par son prédécesseur, le président Felipe Calderon, du parti d'action nationale (PAN). En six ans de « tout sécuritaire », presque 60 000 personnes ont trouvé la mort du fait des activités des cartels de la drogue. La police, la justice et l'armée sont gangrenées par la corruption. Il ne s'agit cependant pas d'un échec complet puisque sur les 37 personnes les plus recherchées par la justice au Mexique, 25 ont été neutralisées. Malheureusement, cela ne semble en rien arrêter la violence qui est devenue quotidienne.

Le PRI ne s'est pas fait connaître pendant les 70 ans au cours desquels il a dominé la vie politique du pays (jusqu'en 2000) par sa probité. Beaucoup d'observateurs pensent qu'il va négocier en coulisses une paix armée avec les cartels, de manière à faire diminuer la violence de rue dont les populations sont les principales victimes. Cela devrait arranger les cartels qui pourront ainsi se livrer à leurs différents trafics avec une plus grande sérénité. Encore faut-il que la guerre des gangs cesse, ce qui est loin d'être gagné d'avance.

La guerre des cartels va se poursuivre

En effet, les différents cartels vont continuer à se faire la guerre pour s'assurer la suprématie sur le trafic de drogue.

Les Zetas, qui avaient le vent en poupe ces dernières années, ont subi des revers qui, s'ils sont importants, ne remettent pas vraiment en cause leur rôle de leader du crime organisé mexicain. Toutefois, ils sont pris à partie dans les Etats de Tamaulipas et de Nuevo Leon - au nord-est du pays - par le cartel du Golfe allié à celui de Sinaloa. Cependant, le cartel du Golfe a été décapité à l'automne avec l'arrestation de Mario Cardenas Guillen et surtout celle d'Eduardo Costilla Sanchez « El Coss ». Cela devrait notablement affaiblir sa position car aucun successeur potentiel ne semble avoir la carrure nécessaire pour reprendre la direction de cette organisation.

A Veracruz, les Zetas sont opposés au cartel de Sinaloa qui a conclu des accords avec le cartel de Jalisco Nueva Generacion (CJNG).

Pour sa part, le CJNG se heurte aux « Chevaliers Templiers » dans l'Etat de Guanajuato. En effet, ces derniers tentent d'agrandir leurs territoires ce qui n'est pas du goût du CJNG. Ils ont pris la succession de la Familia Michoacana (dont ils ont fait sécession), aujourd'hui quasi disparue, qui collaborait avec les Zetas. Le problème réside dans le fait que le cartel de Sinaloa est à la fois l'allié du CJNG et des Chevaliers Templiers. Nul ne sait pour l'instant s'il va parvenir à négocier une paix armée entre ces deux groupes.

La situation reste délicate pour le cartel de Sinaloa qui est également confronté aux survivants du cartel des frères Beltran Leyva (notamment Los Mazatlecos ou cartel du Pacifique Sud) qui sont soutenus par les Zetas.

A Guadalajara, les Zetas et le cartel du Millenio s'opposent à l'alliance cartel de Sinaloa-CJNG.

Enfin, le cartel de Sinaloa a pris le contrôle de Ciudad Juarez, chassant les restes du cartel du Juarez, en particulier son ancien bras armé « la Linea ».

 

 

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Il est curieux qu'au moment où les medias font état de leur indignation vis-à-vis de dictateurs comme le président syrien, rien ne semble filtrer sur le drame que vit le Mexique depuis plus de dix ans. En six années, le nombre de victimes dans cet Etat est supérieur à celui des conflits afghan et irakien réunis ! En ce qui concerne l'horreur, les sicarios mexicains se livrent à toutes les sortes de supplices avec un génie pour l'invention macabre : pendaisons à des voûtes de ponts, démembrements, égorgements, etc. Les photos que l'on peut facilement trouver sur le net valent mieux qu'un long discours. Et pourtant, le silence des journalistes européens n'a d'égal que celui des responsables politiques qui regardent pudiquement ailleurs. La raison réside vraisemblablement dans le fait que le crime organisé est si puissant que personne ne sait comment lutter efficacement contre ce phénomène qui va en s'accroissant de jour en jour et qui, tel le cancer, métastase progressivement sur la planète entière.



  • [1] Gang qui collaborera avec le cartel du Golfe avant d'être liquidé par les Zetas qui ne supportent pas la concurrence à Nuevo Laredo.

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