
Notes d'actualité
Les maras menacent l'ensemble du continent américain Début octobre 2005, les forces de police américaines ont été mises en état d'alerte renforcé car les services de renseignement avaient intercepté un message émanant d'un responsable des « Maras » aux Etats-Unis, dans lequel était inscrite la mention : « Tuez un officier de police ». Cette injonction est vraisemblablement la conséquence de la lutte accrue que mènent les services des douanes et d'immigration qui ont interpellé plus d'un millier de membres de ces gangs d'origine sud-américaine, qui tentaient d'entrer illégalement dans le pays par la frontière mexicaine.
Ces groupes criminels sont apparusà Los Angeles durant les années 70 au sein de la population immigrée qui fuyait les guerres civiles ayant alors lieu en Amérique centrale. A la base, les gangs sont constitués d'enfants nés aux Etats-Unis. Poussés par la misère et leur ressentiment vis-à-vis d'une société qui ne leur a pas apporté le bien-être qu'ils en attendaient, ils se sont lancés dans la violence. Depuis des années, ils mènent des actions particulièrement sanglantes sur l'ensemble du continent américain : ils se sont fait une spécialité de la décapitation et de l'amputation de doigts à l'aide de machettes.
Washington décide, au début des années 1990, de les expulser, mais la plupart d'entre eux ne connaissent même pas leur pays d'origine. Certains rejoignent la guérilla marxiste du Front Farabundo Marti de Libération Nationale (FMLN) au Salvador, d'autres les escadrons de la mort d'extrême-droite. A la fin du conflit, en 1992, une grande partie d'entre eux s'exile dans d'autres pays d'Amérique latine ou retourne clandestinement aux Etats-Unis1. Ces « anciens combattants », ayant une certaine expérience de la guérilla et du terrorisme, forment l'ossature des principales bandes qui se développent sur tout le continent américain. Les nombreuses nouvelles recrues proviennent quant à elles du sous-prolétariat urbain et des campagnes miséreuses d'Amérique latine. Les jeunes défavorisés trouvent dans cet engagement, la seule manière de s'en sortir matériellement et psychologiquement.
Les membres de ces groupes criminels sont appelés des « Marenos » et sont reconnaissables aux tatouages importants qu'il arborent, à l'image des Yakusa japonais. Pour devenir un « Mareno », le candidat doit subir un rituel d'initiation particulièrement violent2. Les Maras sont machistes à l'excès, d'une extrême violence et d'un esprit de groupe poussé à l'extrême. Pire, environ 12% des « Marenos » sont de purs et simples psychopathes.
Les deux groupes les plus importants sont le Mara Salvatrucha 13 (MS-13)3 et le Mara 18 (M 18)4. Selon le FBI, 20 000 membres du MS-13 sont présents aux Etats-Unis, particulièrement à Los Angeles5, en Virginie du Nord, dans le Maryland et à New-York. Mais leur présence a également été détectée dans 29 autres Etats. Aujourd'hui, ils s'infiltreraient particulièrement à Chicago. 4 000 « Marenos » résident également au Canada.
Au Honduras, leur nombre est estimé à 36 000 répartis en 112 gangs différents. Le 23 décembre 2004, vingt-huit passagers d'un autocar - dont sept enfants - sont assassinés dans la ville de Chamelecon, à environ 200 kilomètres au nord de Tegucigalpa, la capitale du Honduras. La raison invoquée pour ce massacre est une soi-disant lutte contre la politique anti-mafieuse menée par le président hondurien Ricardo Maduro, le président du congrès Porfirio Lobo Sosa et le ministre de l'Intérieur Oscar Alvarez. Ces trois politiques plaident pour le rétablissement de la peine de mort pour les crimes les plus graves : meurtre, viol et enlèvement, c'est-à-dire la base des activités des Maras. La revendication était signée par le « groupe Cinhonero », un mouvement marxiste actif dans les années 70-80. Mais il ne fait aucun doute que ce sont des « Marenos » qui sont à l'origine de cette embuscade, d'autant que son commanditaire, Ebner Anibal Rivera-Paz, a été ensuite appréhendé au Texas en avril 2005. D'ailleurs, le président Maduro a déjà été menacé directement de mort par ces groupes et surtout, son fils unique a trouvé la mort lors d'une tentative d'enlèvement. D'autres groupes criminels existent au Honduras comme les « Mao Mao » (aussi présents au Salvador), « Los Batos Locos » (également implantés au Guatemala) et « Los Rockeros ».
Les Maras sont également implantés au Guatemala6. A l'automne 2005, des affrontements entre gangs au sein de prisons guatémaltèques ont fait plus de 50 victimes. Certaines d'entre-elles ont été décapitées au couteau de cuisine. Dans ce pays, c'est le M-18 qui tient le haut du pavé. Il compterait plus de 15 000 membres actifs répartis en 430 groupes.
Le MS-13 s'est installé durablement à San Salvador à partir des années 1992. Il a été rejoint en 1996 par des membres du M-18. Dans ce pays, ces gangs sont organisés en « cellules », plus ou moins indépendantes. Actuellement, il y aurait 7 000 membres du MS-13 et 4 000 activistes du M-18 dans le pays, auxquels il convient d'ajouter plusieurs centaines d'« indépendants » , « Mao Mao » et « Maquina ».
Les Maras sont également 4 500 au Nicaragua, répartis en 270 groupes7, 2 700 au Costa Rica (6 groupes)8, 1 400 au Panama (94 groupes) et une centaine à Bélize (2 groupes).
C'est cependant au Brésil qu'ils sont le plus nombreux 80% des « Marenos » sont répertoriés dans ce pays où il seraient plusieurs centaines de milliers, particulièrement dans les grandes métropole comme Rio de Janeiro.
Profitant de la faiblesse des pouvoirs politiques en place, de la vénalité de certains fonctionnaires - notamment des forces de l'ordre - ces gangs se sont développé en toute impunité, se livrant à toutes les activités du crime organisé : vols avec ou sans violence, assassinats, enlèvements, trafic de drogue, proxénétisme, etc. Les Maras sont modernes et tansnationaux. Modernes, car ils utilisent abondamment les technologies telles que la téléphonie mobile et l'Internet et parce que, comme leurs homologues de la criminalité organisée, ils blanchissent l'argent en investissant dans des entreprises (pour le moment de taille modeste). Ils sont transnationaux car ils n'hésitent pas à s'expatrier quand le besoin s'en fait sentir. Certains analystes estiment que l'on est en face de la troisième génération de Maras qui se caractérise par la « politisation », l'« internationalisation » et la « sophistication » de ses opérations. Ayant des liens opérationnels avec les cartels colombiens et mexicains, bien implantés au Brésil, les « Marenos » sont en train de se répandre sur l'ensemble du continent américain. Ils représentent un risque extrêmement grave, susceptible de déstabiliser politiquement l'Amérique centrale. Ils sont un danger physique pour le reste du continent d'autant que, pour l'instant, Washington est plus occupé à faire la guerre au terrorisme d'origine islamique qu'à contrer cette menace qui est peut-être beaucoup plus préoccupante pour la sécurité intérieure des Etats-Unis.