
Notes d'actualité
La Hongrie, plaque tournante des OCT vers l'Europe ? La Hongrie, qui est entrée dans l’Union européenne (UE) le 1er mai 2004, est devenue une véritable plaque tournante pour nombre d’Organisations criminelles transnationales (OCT) qui souhaitent étendre leurs activités vers l’Europe de l’Ouest.
Le pays bénéficie d’une position géographique propice à ces activités : il dispose de frontières avec sept pays (Ukraine, République slovaque, Autriche, Slovénie, Croatie, République fédérale de Yougoslavie et Roumanie). Il se trouve aussi situé sur la « route des Balkans » par où passent de nombreux trafics gérés traditionnellement par les organisations mafieuses turco-kurdes. Ces mouvements sont facilités par le fait que Budapest n’exige pas de visa pour la plupart des ressortissants des ex-pays de l’Est et de Turquie.
La Hongrie est également devenue un nouveau paradis fiscal, les entrepreneurs étant même encouragés à s’y installer en raison des impôts qui y sont très limités. Le fait que les procédures de contrôles financiers ne soient pas encore assez efficaces permet le blanchiment d’argent sale issu d’activités criminelles. A titre d’exemple, de nombreux « hommes d’affaires » hongrois ont investi dans des sociétés et dans l’immobilier sur la Côte d’Azur. Certains enquêteurs pensent que derrière ces « hommes d’affaires » se cachent en réalité des criminels d’origine slave.
La criminalité locale comprendrait environ 80 organisations qui regrouperaient 4 000 membres permanents. Cependant, ces groupes, forts de quelques dizaines d’individus, ne servent que de « prestataires de services » à des OCT étrangères bien plus importantes. La criminalité hongroise leur fournit une infrastructure locale à base d’hommes de loi, de conseillers financiers, de médecins et parfois d’hommes de main nécessaire à leurs opérations. A titre d’exemple, les tueurs à gages hongrois sont réputés pour leur efficacité et leurs coûts relativement peu onéreux (de 3 000 à 5 000 $ l’assassinat en fonction de la cible désignée). La pègre hongroise apporte également sa protection - que l’on peut qualifier de racket - à certaines entreprises, à l’activité légale ou douteuse. Enfin, elle s’occupe de la distribution locale des produits du crime organisé : drogue (en particulier la marijuana), prostitution, main d’œuvre à bas prix, etc.
La Hongrie constitue un véritable carrefour où se retrouvent de nombreuses OCT. Les plus importantes sont les organisations d’origine slave : Russie, Ukraine, Serbie et Roumanie1 qui, depuis la chute du rideau de fer en 1991, ont prospéré profitant à plein de l’ouverture des marchés. Jusqu’en 2003, Budapest était pour les Russes un nouveau pôle de blanchiment d’argent. Depuis cette date, les autorités hongroises, afin de remplir les conditions nécessaires à l’adhésion à l’Union européenne, ont renforcé leur contrôle ce qui a incité les « investisseurs » russes à se retourner vers d’autres paradis fiscaux.
Un autre type d’OCT est également présent : les mafias turco-kurdes et albanaises qui, très souvent, coopèrent. Enfin, des gangs nigérians servent à acheminer de la drogue pour le compte d’autres OCT.
La Hongrie est en effet d’abord un lieu de transit pour tous les trafics à destination de l’Europe de l’Ouest. En effet, c’est un carrefour de deux routes empruntées par les contrebandiers modernes : la « route des Balkans », au Sud, et la « route de la soie », plus au Nord.
Les mafias turco-kurdes et Albanaises contrôlent la route des Balkans, les OCT slaves, dont les sièges sont situés à Moscou et à Kiev, gardent la mainmise sur la route de la soie. Les marchandises acheminées clandestinement sont à peu près les mêmes, seuls les pays d’origine sont différents.
En volume et en chiffre d’affaires, la drogue occupe toujours la première place. La route des Balkans s’approvisionne en Afghanistan, au Pakistan et en Iran. La route de la soie achemine de la drogue produite en Extrême-Orient. Cependant, il y a trois nouveautés dans ce domaine :
Le trafic d’êtres humains est en très forte augmentation et commence à concurrencer sérieusement le trafic de drogue, d’autant que pour un rapport financier équivalent, les risques juridiques pris sont bien moindres. La route des Balkans se charge plus particulièrement de migrants originaires du continent africain et surtout de Turquie, du Proche et Moyen-Orient. La route de la soie est empruntée par des ressortissants extrême-orientaux, slaves, bangladeshi, afghans, etc. Comme ces routes sont les mêmes que celles de la drogue, un certain nombre d’émigrants servent de mules (passeurs), ce qui leur permet de payer en partie leur voyage.
Les trafics d’armes ont eu tendance à décroître depuis la fin des conflits en ex-Yougoslavie. Cependant, de nombreuses armes légères parviennent aux truands ouest-européens par la route de la soie. Ce sont principalement les OCT ukrainiennes qui se sont spécialisées dans ce domaine. Les armes sont souvent retrouvées lors de braquages violents organisés par la criminalité locale contre des transports de fonds, des agences bancaires, etc.
Un autre trafic est aujourd’hui en pleine expansion, celui des cigarettes3, en raison des taxes de plus en plus importantes qui pèsent sur ce type de produit en Europe occidentale. Enfin, les OCT sont présentes sur le marché des matières premières, en particulier dans le domaine de l’énergie (pétrole et gaz).
La Hongrie, au même titre que la Roumanie et la Bulgarie, pose de sérieux problèmes à Bruxelles. En effet, ces trois pays sont vérolés par nombre d’OCT qui profitent de l’ouverture de l’UE pour s’engouffrer dans la brèche. La préoccupation majeure dans ces pays reste la corruption de certains fonctionnaires qui, à leur décharge, sont extrêmement mal payés et trouvent donc dans des apports financiers extérieurs le moyen de boucler les fins de mois. L’Europe se défend comme elle peut, n’ayant aucune leçon de morale à donner à personne car certains Etats membres sont en proie à des mafias historiques (Italie, Chypre).
Le cas hongrois est donc symptomatique du fait que les politiques ont beaucoup de mal à contrer la menace représentée par les OCT, d’autant que la limite entre l’économie de marché et l’économie criminelle est extrêmement difficile à faire. A la différence du terrorisme international, l’ennemi est donc très difficile à cerner.