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NOTE D'ACTUALITÉ N°2
L'INFILTRATION D'AL-QAEDA EN AFRIQUE

Alain Rodier
30-06-2004

Les réseaux terroristes trouvent en Afrique une zone de repli idéale, d'autant qu'aucune politique organisée visant à abattre le terrorisme n'a véritablement été mise en place. Ce laxisme se double d'une corruption endémique qui facilite la liberté de manœuvre des terroristes. C'est pourquoi les Etats-Unis insistent désormais sur l'importance primordiale que revêt le continent noir dans le cadre de la lutte antiterroriste. Avant d'entamer sa tournée africaine qui l'a mené successivement au Sénégal, en Afrique du Sud, au Bostwana, en Ouganda et au Nigéria, le président Bush a annoncé que son administration allait débloquer une enveloppe de 100 millions de dollars pour soutenir les pays africains dans la lutte contre le terrorisme. Cette aide sera surtout employée à améliorer la sécurité des ports et des aéroports, qui assurent le commerce international avec les Etats-Unis 1 . Mais cela concerne aussi l'assistance militaire. Discrètement, les Américains installent au Mali d'importants moyens de lutte antiterroriste. Une nouvelle ambassade est en cours de construction. Le bureau local de la CIA est en train de devenir l'un des plus importants de la région. Depuis le Mali, les Américains surveillent tous les mouvements caravaniers de la région liés au trafic d'armes et à l'intégrisme islamique, ainsi que les réserves pétrolières du sud de l'Algérie ou opèrent des sociétés pétrolières américaines 2 .

Les tentatives d'implantation au Sahel

Depuis 2002, la présence de djihadistes internationaux s'est accrue au Sahel, Al-Qaeda cherchant à y créer une zone refuge pour ses cadres et ses militants forcés de s'expatrier suite à la guerre au terrorisme déclenchée par les Américains. En effet, Al-Qaeda, chassé d'Afghanistan, n'étant plus parfaitement en sécurité au Pakistan et en Iran, cherche des havres sûrs pour y installer des facilités logistiques permettant d'abriter et d'entraîner ses activistes afin de les renvoyer au combat contre les "apostats et les mécréants", dans un premier temps dans la corne de l'Afrique, et notamment au Kenya et en Tanzanie.
Les Américains tentent actuellement de parer cette menace. Toutefois, leurs intérêts en Afrique ne sont pas uniquement sécuritaires, mais également politico-économiques. Constance Newman, la secrétaire d'Etat adjointe aux affaires africaines soulignait en mai 2004 que "l'Afrique est un continent au potentiel illimité, et nous continuerons à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour aider les Américains à réaliser ce potentiel, à aider les Africains à réaliser ce potentiel et à créer, ensemble, un avenir plus prometteur". C'est ainsi que les experts estiment qu'au cours des prochaines années, l'Afrique va couvrir 30 % des besoins en pétrole des Etats-Unis.

La politique actuelle consistant à apporter une aide en matière de sécurité aux pays qui le désirent dans le cadre de l'ACOTA (African Contingency Operations Training Assistance) est une manière habile de s'implanter dans une zone qui a été négligée du temps de la Guerre froide. Cependant, il est vrai que la menace fondamentaliste au Sahel est bien réelle.

Al-Qaeda s'appuie essentiellement sur le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) algérien d'Hassan Hattab. De 1999 à 2000, des écoutes téléphoniques ont révélé que des liens personnels existaient entre le chef historique du GSPC et Ussama Ben Laden. Ce serait d'ailleurs ce dernier qui aurait poussé Hassan Hattab à fonder le GSPC en septembre 1998 après qu'une fatwa condamnant les dérives meurtrières des GIA ait été lancée par le Jordano-palestinien Abou Koutada, le représentant d'Al-Qaeda en Europe. Depuis, ce mouvement algérien a mis ses réseaux européens à la disposition de la nébuleuse Al-Qaeda. En échange, le GSPC reçoit des financements pour poursuivre la lutte en Algérie.

Le GSPC a connu en 2003 d'importants revers. Le sort d'Hassan Hattab reste mystérieux. Selon certains témoins, il aurait été exécuté par ses hommes à la fin de l'été 2003 3 , accusé de "trahison et d'hérésie". Il aurait été remplacé par un de ses lieutenants qui prône une politique radicale : Nabil Sahraoui - alias Abou Ibrahim - Mustapha connu pour son intransigeance, ayant été jusqu'à faire massacrer des membres de l'Armée islamique du salut (AIS) lorsque cette organisation a déposé les armes en 1997. Cependant, ce dernier ne serait pas parvenu à réunifier le GSPC, de nombreux groupes ayant fait dissidence. Il aurait été abattu par l'armée algérienne, le 18 juin 2004, à El Kseur, près de Béjaïa (260 km à l'est d'Alger).

En 2000, Ben Laden a jugé que le GSPC était le seul mouvement islamique assez structuré pour aider ses Djihadistes internationaux dans la région du Sahel. En effet, le GIA est considéré depuis 1998 comme en totale perte de vitesse, les 27 000 activistes qu'il comptait dans les années 1995 s'étant réduits à quelques centaines de combattants 4 . Comme le GIA à son origine, le GSPC est organisé sur un type militaire. Les militants sont répartis en "sections "fortes d'une petite dizaine de combattants. Au-dessus se trouve la "phalange "composée de 3 à 4 sections puis la "compagnie". Comme précédemment le GIA, le GSPC a divisé le pays en "régions "dirigées par des émirs.

Si la zone d'action de prédilection du GSPC se trouve située essentiellement aux environs d'Alger, en Kabylie et dans les Aurès, un groupe s'est vu attribuer la "6e région "qui couvre le sud du pays : celui de Mokhtar Belmokhtar 5 , alias Khaled Abou El-Abès, alias Belouaer ("le borgne", en raison d'une cicatrice à un œil). Ce groupe réunissant quelques centaines de militants, sévirait particulièrement dans le triangle Bordj Omar Driss, Tamanrasset, Djanet (aux portes du parc national de Tassili, un massif montagneux désertique). Des éléments de ce groupe séjourneraient également régulièrement au nord du Mali, de la Mauritanie et du Niger.

Au Mali, il recevrait l'aide de la secte Dawa qui y est très influente parmi la population qui est de religion musulmane à plus de 90%. Elle entretient une longue tradition de contrebande qui lui permet de faire vivre correctement ses fidèles. MBM aurait développé avec cette secte de nombreux trafics, notamment celui des armes et des véhicules tous terrains. Mais le groupe MBM, qui est plus proche du grand banditisme traditionnel que du combat politico-religieux, ne dédaigne pas se livrer à des trafics plus lucratifs (drogue, cigarettes, etc.), au racket et aux vols en tous genres. Au cours de l'hiver 2001-2002, MBM a reçu la visite du Yéménite Imad Abdelwalid Ahmed Alwan, un coordinateur d'Al-Qaeda. Ce dernier, arrivé en Algérie en mars 2001 a visité la région sahélienne en mission d'exploration puis est remonté dans la willaya de Batna où il a été tué le 12 septembre 2002 lors d'une embuscade tendue par les forces de sécurité.

MBM s'était fait connaître internationalement pour la première fois en 2000, lorsque le rallye Paris-Dakar avait dû annuler une étape en raison de la menace qu'il représentait. Mokhtar Belmokhtar développe une certaine indépendance vis-à-vis de la direction du mouvement. C'est pour cette raison qu'après la visite d'Imad Abdelwahid Ahmed Alwan, il a reçu en 2002 trois Saoudiens envoyés directement auprès de lui par Ben Laden afin de négocier l'arrivée de membres d'Al-Qaeda dans la région qu'il couvre.

En 2003, un autre groupe dirigé par Ammari Saïfi dit "Abderrazak le para" 6 . a eu les honneurs de l'actualité en négociant la libération de 32 touristes occidentaux enlevés dans le sud-algérien. Tarek Ibn Ziad, son adjoint a ensuite également menacé, début 2004, le rallye Paris-Dakar. Pourtant, la zone d'activités de ce groupe se situe à l'origine beaucoup plus au nord : la "5e région" de Batna, Setif et Tebessa dans les Aurès. La majeure partie des troupes d'Abderrazak le para aurait donc poussé vers le sud, après le déclenchement d'une guerre interne au GSPC.

En effet, comme le groupe MBM, il semble que cette guérilla revendique une grande indépendance vis-à-vis de la direction du mouvement. Pour preuve, en 2001, Abderrazak alors considéré comme le second d'Hassan Hattab, s'est bien gardé de lui présenter l'envoyé de Ben Laden, le Yéménite Abdelwahid Ahmed Alwan arrivé en mars, jugeant qu'il était assez qualifié pour gérer les rapports du GSPC avec Al-Qaeda. Par contre, il l'a laissé aller rencontrer Moktar Ben Moktar. Déjà, depuis 1998, Abderrazak assurait la liaison avec Abou Koutada, le représentant officiel de Ben Laden en Europe. Il a connu par la suite le chef opérationnel d'Al-Qaeda : Mohamed Atef, alias Abou Hafs Al-Masri 7 . Un autre fait très important : à la mi-2003, son groupe et celui de MBM sont restés neutres lors d'affrontements survenus entre le GSPC et les forces de l'ordre en Kabylie, obligeant même Hassan Hattab à rechercher ailleurs, particulièrement auprès d'islamistes marocains, un appui logistique en armes et munitions. Pourtant, à la même époque, Moktar Ben Moktar livrait des armes directement au maquis d'Abderrazak dans la région de Tébessa.

Il est aisé de déduire de ces faits que les deux hommes ont conclu un pacte d'alliance bi-polaire. Si Abderrazak en est plutôt le représentant "politique "- il se rêve en "émir du Sahel" - MBM en est l'opérationnel. Cette alliance n'est certainement pas étrangère à l'éviction d'Hassan Hattab. La prise d'otages de touristes occidentaux en 2003, qui était une opération conjointe, leur aurait rapporté 5 millions d'euros, ce qui équivaut à un quart du budget annuel de la défense du Niger. Cette manne financière a permis à ce que l'on peut appeler la "branche saharienne "du GSPC, de s'équiper en véhicules tous terrains et en équipements divers dont des téléphones satellitaires et des GPS.

Cependant, ce succès n'a été que de courte durée car, fin décembre 2003, une centaine de combattants dépendant vraisemblablement d'Abderrazak le para, sous la pression des forces armées algériennes appuyées par les Américains, ont été obligés de quitter l'Algérie pour fuir au Mali à bord d'une vingtaine de véhicules. Poursuivis en janvier par les forces maliennes également renseignées par les Américains, ce groupe s'est vraisemblablement scindé en deux. Une partie est rentrée en Algérie où elle a été détruite, après avoir été localisée par les Américains 8 Les hommes emmenés par Abderrazak le para sont passés au Niger où il s'en sont pris à un groupe de touristes. Suivis de près par des éléments de l'armée nigérienne dans la région désertique de Diffa, six véhicules sont toutefois parvenus à franchir la frontière du Tchad, début mars, mais ils se font fait décimer par les forces tchadiennes. 49 combattants ont été tués et 5 faits prisonniers. La capture, le 16 mars, d'Abderrazak le para et de neuf terroristes - dont cinq Nigériens- a été annoncée par les rebelles du Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT) qui tentent de négocier leur "livraison "aux autorités allemandes ou algériennes 9 . Au moment où est écrit ce chapitre, il est question de l'extradition de l'intéressé vers l'Algérie.

Concernant la présence d'Al-Qaeda au Mali, un indice intéressant a été relevé en 2002 : l'arrivée de "prédicateurs "pakistanais et afghans dans les localités de Kidal et Tessalit. Il s'agirait là de "l'avant-garde "d'Al-Qaeda. L'ancien fief de la rébellion touareg du Mali, l'Adrar des Iforas et la ville de Kidal semblent être devenu des lieux de rassemblement pour nombre de Djihadistes internationaux qui y seraient accueillis par les membres de la secte Dawa. La zone d'El-Khalil, située à 140 kilomètres au nord de Tessalit serait, selon les services secrets algériens, une zone de non droit. Pour cette raison, les forces algériennes y effectuent régulièrement des incursions à la poursuite de terroristes.
En dehors de l'équipée du commando du GSPC décrite plus haut, des accrochages sérieux ont eu lieu au début avril à l'ouest de Tessalit dans la région de Timteghen entre l'armée malienne et d'autres éléments du GSPC. Il y aurait eu des pertes conséquentes des deux côtés. Les membres du GSPC semblaient être en transit, voulant rejoindre région de Taoudenni, à proximité de Tombouctou, où des camps auraient été installés depuis quelques temps. Une inquiétude supplémentaire est apparue : des anciens militaires maliens, connaissant parfaitement la région, auraient rejoint les groupe épars du GSPC .

En réponse à ces menaces, à la fin 2003, des membres des forces spéciales américaines ont débarqué sur l'aéroport de Gao et se sont installés dans la région comme à Tombouctou où ils entraînent la 512e Compagnie d'infanterie motorisée. Ils devraient également être bientôt présents dans la ville de Kidal. Les militaires français n'ont pas tardé à les suivre débarquant discrètement du matériel à Gao au début mai 2004.

Au Niger, les cheikhs ont le vent en poupe à Niamey. Ils ouvrent des écoles religieuses - madrasas - où les fidèles apprennent l'arabe et les vertus du rigorisme fondamentaliste. Des médias se livrent à de la propagande. La radio islamique Bonferey FM, "La voix qui porte loin "est actuellement une station très populaire. Le journal As Salam, publié en français, tient des propos souvent incendiaires. Les partis politiques d'obédience religieuse restent cependant interdits, mais des associations prennent le relais. Dans un des pays les plus pauvres du monde, les islamistes remplacent souvent les institutions gouvernementales défectueuses. Au sud du pays, la contagion nigériane (zone où la charia est appliquée) a gagné les régions limitrophes dont celle de la ville de Zinder. Le Niger, très conscient de l'influence néfaste que peuvent entretenir certains imams, a d'ailleurs expulsé de nombreux prédicateurs étrangers en 2002 et 2003, notamment des Pakistanais, des Afghans et des Syriens.

En Mauritanie, le Front Polisario, qui compte encore quelque 10 000 combattants, est actuellement en pleine mutation, ce qui tend à le transformer en un rassemblement de groupuscules mafieux incontrôlables. Son idéologie marxiste léniniste est remplacée peu à peu par l'intégrisme islamique apporté par de nouvelles recrues ayant fait leurs études dans des écoles coraniques en Algérie, au Soudan, au Yémen ou en Arabie saoudite. Pour subvenir à ses besoins, une partie important de ces groupes se livre à différents trafics au profit d'autres mouvements islamiques. C'est de cette manière qu'une partie importante de l'aide humanitaire est dilapidée. Parallèlement, un groupe de militaires rebelles mauritaniens appelés les "cavaliers du changement", aurait fait alliance avec le GSPC. Des Djihadistes internationaux, revenus d'Afghanistan selon les consignes données par Ben Laden à la fin 2001, apportent leurs compétences techniques, tactiques et religieuse.

Les Américains estiment que des éléments de la "branche saharienne "du GSPC se développent peu à peu au Sahel, recrutant des militants dans les pays où il s'implante. Pour le moment, le nombre des activistes s'élèverait à environ 200 personnes. Le GSPC n'est pas le seul mouvement armé à fréquenter le Sahel. En effet, des séparatistes touareg algériens sont toujours présents à cheval sur les frontières 10 , même si le problème a été réglé en 1999 au Niger après le désarmement des militants de l'Union des Forces de la Résistance Armée et au Mali en 2001. De tous temps, les tribus touareg ont revendiqué leur liberté vis-à-vis de tout pouvoir central. Cependant, au début 2004, soucieux de maintenir leur tranquillité durement acquise, des notables touareg du Mali auraient fait comprendre aux islamistes internationaux qu'ils n'étaient plus les bienvenus au nord du Mali. A noter que les forces de sécurité maliennes présentes dans la zone sont constituées, au moins pour moitié, de membres de tribus touareg.

Des éléments du Groupe Marocain de la Prédication et du Combat (GMPC) et une partie du Front islamique marocain auraient rejoint le Sahel, fuyant la répression initiée au Maroc après les attentats de Casablanca. En outre, des bandes armées fortes de quelques dizaines d'individus relevant du grand banditisme et de la tradition de la "razzia "continuent, comme par le passé, à écumer le Sahel, à la recherche de rapines, d'enlèvements et d'autres méfaits traditionnels.

La région sahélienne présente des avantages et des inconvénients pour les plans d'Al-Qaeda. La zone est immense, les possibilités de caches importantes, elle est peu peuplée, les frontières sont interminables et imperceptibles, les trafics omniprésents permettent de se ravitailler relativement aisément. Suite aux diverses opérations antiterroristes déclenchées par les Etats-Unis, l'anti-américanisme croît tous les jours au sein des populations, notamment au nord du Nigeria où la jeunesse est gagnée par la "Ben Ladenmania" 11 . En général, les fondamentalistes bénéficient d'une certaine bienveillance des populations musulmanes déshéritées du Nigeria et du Sahel. En effet, dans de nombreux cas, ils fournissent une certaine justice là où il n'y en a pas. Ils prodiguent également des soins médicaux élémentaires et, parfois, offrent une aide alimentaire quand les programmes d'aide ont échoué.

Au nombre des désavantages : le climat est extrêmement rude ; les populations locales – koulak, ifora, touareg ou peule – se montrent en général réservées vis-à-vis de l'extrémisme religieux, préférant les solidarités ethniques et claniques, ; en effet, l'idéologie salafiste a peu de prise sur l'islam soufiste et traditionaliste pratiqué au Sahel  ; les surveillances aériennes à l'aide de moyens modernes sont relativement facilitées par le terrain ; en cas d'accrochage, les éléments "rebelles "sont le plus souvent peu nombreux (moins d'une centaine), équipés de véhicules légers non blindés et d'armements d'infanterie qui excluent toute arme moderne (missiles sol-air ou anti-chars portables) ; les Américains 12 et les Français sont de plus en plus présents dans la zone et coopèrent étroitement avec les autorités nationales. Enfin, les mouvements d'opposition officiels en Mauritanie et au Nigeria ne semblent pas encore prêts à conclure des alliances opérationnelles avec le GSPC. C'est pour toutes ces raisons qu'Al-Qaeda recherche également d'autres points de chute, particulièrement en Extrême-Orient.

Les autres implantations d'Al-Qaeda en Afrique

Maroc

Le 16 mai 2003, plusieurs attentats simultanés ont lieu à Casablanca causant la mort de 43 personnes. Les autorités les attribuent au le Groupe islamique combattant marocain (GICM) - qui est aussi responsable des attentats de Madrid de mars 2004 - dirigé par Mohamed el Guerbouzi 13 . Plus de 900 personnes sont arrêtées dans la foulée dont le citoyen français Richard Robert dit "l'émir aux yeux bleus". Un de ses compagnons de route attire l'attention des services spécialisés : Mohamed Nekkaoui. Il a vécu de longues années en France avant de rejoindre clandestinement son pays d'origine. Un des principaux responsables des attentats de Casablanca, Abdlekarim Mejjati, serait aussi l'organisateur des attentats de Madrid. L'idéologue du mouvement, Mohamed Fizazi, un ancien instituteur ayant prêché à la mosquée de Hambourg à de nombreuses reprises où il a eu l'occasion de rencontrer certains kamikazes du 11 septembre 2001, a été condamné à 30 ans de prison pour sa participation aux attentats de Casablanca.

Un autre mouvement, plus connu dans le passé est le Salafiya al-Djihadia ; il serait également affilié à Al-Qaeda. Son chef, Cheikh Mohamed El Becheri a été assassiné en 1999 et son successeur n'est pas connu. Ce mouvement a apporté son soutien à Al-Qaeda qui programmait des attentats contre des navires de l'OTAN croisant dans le détroit de Gibraltar au printemps 2002. Ces actions ont pu être déjouées grâce à des déclarations de prisonniers de Guantanamo. Un des principaux inculpés dans cette affaire est le Saoudien Zouhair Hilal Mohamed Tabiti qui reconnaît avoir rencontré Ben Laden en 2000 en Afghanistan. En fait, Salafiya al-Djihadia serait la dénomination de la branche locale du GICM.

Il existe au Maroc plus d'une dizaine d'autres mouvements intégristes actifs. Il est probable que, attirés par la médiatisation des deux premiers cités, entreront en contact avec eux et viendront grossir leurs rangs 14 .

Algérie

En Algérie, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) d'Hassan Hattab a été l'un des premiers à faire allégeance à Ben Laden, mettant ses réseaux européens, notamment en France, en Belgique, en Italie et en Espagne, à la disposition d'Al-Qaeda. Un nouvel émir est apparu à l'été 2003 : Nabil Sahraoui. Il s'est déclaré favorable à "l'exportation de la révolution". Il a d'autre part officiellement reconnu l'autorité d'Al-Qaeda. Sahraoui a été tué par les forces de sécurité en 2004. Alger accuse par ailleurs Al-Qaeda de participer directement aux combats aux côtés du GSPC dans les régions de Bourmèdes/Tizi Ouzou/Bouira, de Batna et de Tebessa.

L'Europe occidentale semble avoir été sous-traitée au GSPC par Ben Laden. Les militants maghrébins s'y intègrent plus facilement que des Saoudiens, des Pakistanais ou des Yéménites. Les réseaux, actuellement discrets en raison de la lutte antiterroriste déclenchée depuis 2001, sont nombreux et conservent une capacité de nuisance extrêmement importante. S'ils ne passent pas à l'action directe aujourd'hui, c'est pour être encore plus efficaces demain.

Tunisie

Trois groupuscules terroristes sont proches de la nébuleuse Al-Qaeda :

  • le mouvement le plus connu est En Nahda de Rached Ghanouchi, actuellement en exil à Londres. Peu actif sur le plan opérationnel en Tunisie, il continue d'appuyer la révolution islamique internationale, via la diaspora tunisienne. Ainsi, des membres d'En Nahda ont participé au complot qui a amené la mort du commandant Massoud en Afghanistan. Les ordres venaient directement de l'organisation Al-Qaeda. Comme le GSPC algérien, ce mouvement peut être considéré comme un de ses"affiliés" ;
  • le Harakat Al Ansar Al Islamiya est un groupuscule pro-iranien très présent dans les universités tunisiennes. Cependant, il n'a revendiqué aucune action armée depuis 1991 ;
  • le El Jabha El Islamiya Ettounsia, dont le chef Ali Ben Tahir est actuellement incarcéré en Tunisie, aurait apporté un soutien logistique au GIA algérien. Il aurait également aidé Al-Qaeda lors de l'attentat de Djerba le 11 avril 2002.

Libye

En Libye, longtemps, Al-Qaeda a entretenu des liens avec l'organisation Jamaa al Islamiya al-Muqatila (groupe combattant libyen), dirigée par Abou Abdallâh Saddik, opposant au régime de Kadhafi. Farj Hassan - alias Anas Al-Liby - un des responsables de Al-Qaeda en Europe, arrêté en mai 2002 à Londres, est issu de ses rangs. Ce mouvement a même tenté d'attenter à la vie du président Kadhafi en novembre 1996. Ce fait explique la "coopération active "mais discrète de Tripoli dans la chasse à Al-Qaeda.

Egypte

De nombreux cadres d'Al-Qaeda en proviennent de ce pays historique de l'islamisme pur et dur. Les deux mouvements principaux sont :

  • le Djihad Islamique, mouvement issu des Frères musulmans, est connu pour l'assassinat du Président Anouar el-Sadate en 1981. Le Djihad Islamique est membre à part entière du "Front Islamique Mondial pour le Djihad contre les Juifs et les Croisés "créé par Ben Laden. Pendant un temps, il a eu pour chef le Docteur Zawahiri, le n°2 d'Al-Qaeda. Ses 3 000 activistes sont implantés dans la région du Caire et en Haute Egypte ;
  • le Gama'a al-Islamiya. Apparu à la fin des années 70, son leader spirituel est le Cheikh Omar Abdel Rahman, emprisonné aux Etats-Unis. Il est responsable de l'attaque contre des touristes à Louxor le 17 novembre 1997 (57 morts). Ce mouvement a déclaré un cessez-le-feu le 2 avril 1999. Cependant, il agit actuellement en profondeur, recrutant et réorganisant des réseaux dans l'ensemble de l'Egypte. Il s'est officiellement désolidarisé d'Al-Qaeda. En octobre 2003, Le régime égyptien a libéré le leader de la Gama'a al-Islamiya Karam Zuhdi, responsable de l'assassinat du président Sadate, en prison depuis 22 ans. Celui s'est repenti de ses crimes et a dénonce les actes de Ben Laden et a renoncé à la violence. Avec lui, 1 000 autres membres de son mouvement ont retrouvé la liberté…

Soudan

Le "Jammat e-Djihad Eritrea" est considéré comme un mouvement associé à Al-Qaeda depuis que son chef politique, le Cheikh Arara, a connu Ben Laden lors de son séjour dans le pays de 1992 à 1996. Leur officier de liaison serait un certain Mohammed al-Kheir.

Le vieux leader islamique, Hassan Al-Tourabi, encore président du "congrès populaire", avait été libéré après presque trois ans de maintien en résidence surveillée. Il a été réincarcéré à la fin mars 2004, soupçonné par le régime du président Omar Hasan al Bachir, d'avoir voulu participer à un putsch. Etant donné sa position très surveillée, il est peu probable qu'il ait maintenu des contacts avec Ben Laden.

Ethiopie

Al-Qaeda entretient des liens avec le Jamaat ul-Itisam Bilkitab Wassuna (Union islamique des moudjahidines d'Ogaden), mouvement qui est également solidement implanté en Somalie occidentale.

Somalie

Al-Qaeda a formé militairement le Al-Itihaad al-Islamiya (Unité de l'Islam) dans les années 1992-1993. Ce mouvement a son repère dans le nord-est du pays, opérant depuis la région semi-autonome du Puntland. Ce mouvement pourrait avoir apporté son soutien logistique aux attentats dirigés contre des Israéliens au Kenya, à l'automne 2002.

La Somalie est un pays qui ne produit presque rien et pourtant, Mogadiscio est devenue une plate-forme internationale d'import-export, particulièrement dans les domaines de l'électronique, des armes et des pierres précieuses. Il est donc logique que de nombreux trafics au profit du financement d'Al-Qaeda s'y soient déroulés, en particulier à partir du port de Bosaso.


  • 1"Campagne africaine contre le terrorisme pour le président des Etats-Unis", Sentinel, n° 7, juillet/août 2003, p.16.
  • 2La lettre du continent, n° 432, 9 octobre 2003, p.6.
  • 3Cette nouvelle n'a pas encore été confirmée en juillet 2004.
  • 4Seul un autre groupe dissident du GIA, les "défenseurs de la prédication salafiste", semble avoir encore une capacité de nuisance développée. Il est commandé par Mohammed Slim alias "Slim l’Afghan" dont le second est Abou al-Assouad, un Soudanais, ancien garde du corps de Ben Laden. Ce groupe a été formé dans les camps d’Al-Qaeda en Afghanistan et ses quelques 500 militants sont installés à l’ouest d’Alger, dans les maquis environnant Chlef, Relizane et Mostaganem.
  • 5dit groupe MBM
  • 6Ancien parachutiste, compagnon d'Hassan Hattab servant également dans le même type d'unité, il aurait été déclaré inapte aux sauts pour des raisons médicales. Avec Hassan Hattab et Nabil Sahraoui, il est l'un des membres fondateurs du GSPC.
  • 7présumé tué en novembre 2001, lors des bombardements américains sur l'Afghanistan.
  • 8En cette occasion, des hélicoptères américains auraient été vus à Timiaouine, à la frontière malienne.
  • 9Un missionnaire libyen en provenance de Tripoli avec une importante somme d'argent destinée à  négocier  la livraison du prisonnier auprès du MDJT, n'a rien trouvé de mieux que de partir en "exil"  avec sa maîtresse italienne et l'argent !
  • 10L'Armée révolutionnaire de libération de l'Azawad, le Front populaire de libération de l'Azawad, le Front islamique arabe de l'Azawad, le Mouvement populaire de l'Azawad (région située au nord-est du Mali).
  • 11Nouvelle mode qui consiste à arborer des tee-shirts et des autocollants à l'effigie du leader d'Al-Qaeda.
  • 12La présence américaine est de plus en plus importante. Une station d'écoutes a été installée près de Tamanrasset. L'aéroport est en cours d'agrandissement. Des membres des forces spéciales forment et appuient les forces de sécurité tchadiennes, algériennes, mauritaniennes, maliennes et nigériennes dans le cadre du plan "Pan Sahel" financé à hauteur de 125 millions de dollars pour cinq ans.
  • 13Mouvement fondé en 1998 en Afghanistan par Al-Qaeda. Il regroupe au départ des Afghans-marocains.. La direction du mouvement se trouvait à Londres jusqu'au début 2004.
  • 14Juste après les attentats de Madrid de mars 2004, un immigré marocain est décédé dans l'explosion de sa voiture qui contenait quatre bouteilles de gaz devant un restaurant McDonald près de Brescia en Italie. Le terroriste avait tenté de s'échapper de sa voiture avant la déflagration.

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