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NOTE D'ACTUALITÉ N°247
DES RÉVOLUTIONS ARABES SPONTANÉES ?

Alain Charret
04-05-2011

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Devant le vent de révolution qui secoue le monde arabe, il est difficile de ne pas s'interroger. La question est de décrypter dans quelle mesure cette concomitance des évènements dans différents pays peut être la résultante d'une opération concertée. Ce qu'on est autorisé à penser sachant que des cadres du mouvement du 6 avril, qui a permis de chasser du pouvoir Hosni Moubarak, ont été formés à ce qu'il convient d'appeler « la révolution non violente ». Et il ne s'agirait pas d'un cas isolé. Il se trouve que de nombreux activistes de pays de l'Est, mais également du monde arabe et même d'Amérique du Sud, ont participé à des séminaires organisés en Serbie par CANVAS.

CANVAS : qui se cache derrière cet acronyme ?

CANVAS (Center for Applied Non Violent Action and Strategies[1]) n'est autre qu'une émanation du mouvement serbe OTPOR.

OTPOR, signifiant « Résistance » en serbe. Il s'agit d'une organisation politique  considérée comme un acteur majeur de la chute de Slobodan Milosevic. Son logo est un poing noir fermé sur fond blanc.

Après la chute du régime de Milosevic, OTPOR est devenu le Centre de formation pour l'action non-violente. Des séminaires de formation à la lutte contre la fraude électorale dans les pays de l'Est furent les premières actions internationales de CANVAS.

Le but avoué de CANVAS est d'utiliser le savoir-faire d'OTPOR en matière de mouvements de protestation non violente.

Ainsi on retrouve la trace des « consultants » de CANVAS dans la révolution des roses en Géorgie.

En Ukraine, l'organisation PORA, très active durant la « révolution orange », a envoyé, en avril 2004, 18 de ses membres à Novi Sad, dans le nord de la Serbie, pour y suivre un séminaire. On notera également que peu avant les élections, un membre de CANVAS a été expulsé d'Ukraine.

CANVAS est également en étroite relation avec ZUBR, en Biélorussie, Cette organisation de droits civiques proche des idées occidentales a été créée en 2001 dans le but de renverser le régime d'Alexandre Lugachenko.

En 2002 on retrouve les traces de CANVAS au sein de l'opposition vénézuélienne.

En janvier et février 2011, le logo de CANVAS - qui est resté celui d'OTPOR - est brandi par les étudiants égyptiens du mouvement du 6 avril qui manifestent dans les rues du Caire. Mohamed Adel, ce blogueur égyptien un temps incarcéré pour délit d'opinion,  reconnaît avoir effectué un stage auprès de cette organisation durant l'été 2009.

Quid du financement ?

Pour faire fonctionner une telle structure des moyens financiers considérables sont nécessaires.

CANVAS est-il financé par de riches philanthropes ayant pour seul but de construire un monde meilleur et de faire progresser la démocratie ?Si l'on en croit Srdja Popovic, fondateur d'OTPOR et actuel directeur de CANVAS, il ne reçoit que des subventions privées et aucun fonds gouvernementaux.

Il semble en fait qu'il en soit tout autre. Selon certaines sources généralement bien informées, deux organismes américains contribuent largement à son financement. Il s'agit de l'International Republican Institute et Freedom House.

 

- L'International Republican Institute[2] est une organisation politique liée au Parti républicain. Son financement provient en majorité du gouvernement fédéral américain.

À noter qu'au printemps 2000 le colonel à la retraite de l'armée américaine Robert Helvey a été envoyé en Serbie par l'International Republican Institute pour diriger des séminaires sur la non violence au profit des militants d'OTPOR. Des milieux proches des services de renseignement occidentaux vont jusqu'à déclarer qu'en fait l'IRI ne serait rien d'autre qu'une façade de la CIA.

 

- Freedom House[3], dont l'objectif affiché est d'exporter les valeurs américaines, a été dirigée par James Woolsey. Est-il utile de rappeler que ce dernier fut directeur de la CIA de 1993 à 1995 ?

À noter que la blogueuse égyptienne Israa Abdel Fattah, cofondatrice du mouvement du 6 avril, a fait partie d'un groupe d'activistes invité par Freedom House. Elle a pu ainsi participer à un programme destiné à former des « réformateurs politiques et sociaux ». Le tout était financé par l'USAID (United States Agency for International Development). Cette agence américaine a notamment pour but de réduire la pauvreté et de promouvoir la démocratie et la croissance économique.

 

Dans ces conditions, difficile de ne pas voir là une action, voire une manipulation, américaine, même si elle n'est pas forcément le seul fait de l'administration Obama.

Encore plus étonnant, si la presse occidentale a été très discrète à ce sujet - à de rares exceptions -elle a même passé sous silence le lien entre les évènements en cours dans le monde arabe et CANVAS. Et même les dénonciateurs habituels de la théorie du complot sont restés étonnamment muets...




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