
Franck Daninos (chargé de recherche au CF2R), La double défaite du renseignement américain (préface de Jean-Pierre Pochon, ancien directeur du renseignement de la DGSE), Ellipses, 2006.
Les services de renseignement américains sont en pleine restructuration. Une révolution est en cours, et touche précisément tous les aspects de la chose « renseignement » : les cibles prioritaires, la manière dont le système fonctionne au niveau national et international, la manière dont les opérations sont conduites. L'accent est mis sur l'innovation et la créativité comme ce fut le cas au début de la Guerre froide, moment où l'ancien paradigme s'était imposé. En outre, c'est le statut même du renseignement qui est en train d'évoluer.
Cette mutation est imputable à deux évènements majeurs qui se sont suivies de près : les attentats du 11 septembre et les récents développements de la crise irakienne. Si la faillite des services est bien réelle, l'échec n'est pourtant pas celui que l'on croit. Les attentats du 11 septembre pointent beaucoup plus l'échec d'un système que celui des hommes qui le composent. Quant à la guerre d'Irak, en dépit des efforts réitérés des détracteurs de la Maison-Blanche, en dépit de la dizaine de commissions d'enquête internes, parlementaires et indépendantes qui, aux Etats-Unis et ailleurs, ont été formées pour instruire la manipulation du renseignement lors de la crise irakienne, les tentatives visant à prouver la duplicité des gouvernements ont toutes échoué. N'en déplaise aux critiques de l'administration Bush, qui auront d'autres arguments à faire valoir : la présidence n'a pas inventé l'idée que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. Elle n'a pas inventé l'idée que l'ancien raïs représentait une menace pour la région. Comme nous le démontrerons point par point, la Maison-Blanche a bien rapporté ce que le renseignement lui affirmait sur le sujet. Nous démonterons les ressorts de la théorie du complot pour montrer qu'elle est infondée.
Comment les services ont-ils pu se tromper à ce point ? Quel rapport entre la guerre d'Irak et les attentats du 11 septembre ? Qu'est-ce qui rend la lutte contre le terrorisme international si problématique aujourd'hui ? Une nouvelle approche pour envisager le rôle politique du renseignement est-elle nécessaire ? Pour répondre à ces questions, ce livre passera au crible cette double défaite du renseignement américain. Les attentats du 11 septembre et la crise irakienne comportent certes chacun une part de contingence : une somme d'éléments a convergé pour donner à ces épisodes un caractère à proprement parler extraordinaire. Mais si les deux échecs sont d'une nature différente, ils se recoupent aussi d'une manière que nous aurons à cœur d'expliciter. Examinés ensemble, ils révèlent des problèmes de fonds. Ils sont annonciateurs de traits plus généraux, et permettent de comprendre les nouveaux défis du renseignement auxquels les services américains mais aussi internationaux sont actuellement confrontés.
Le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) poursuit son action en faveur de la mise en place, en France, d'une commission de suivi des affaires de renseignement à l'Assemblée et au Sénat.
Au cours du mois de mars 2006, un projet de loi a été présenté, par Henri Cuq, ministre des relations avec le Parlement. Parallèlement, une proposition de loi a été déposée, avec pour finalité "d'établir un contrôle parlementaire permanent des organismes chargés de la lutte antiterroriste".
Afin de soutenir cette démarche, le CF2R vient de publier récemment :
Dans son éditorial, Eric Denécé plaide pour la mise en place de commissions parlementaires chargées du suivi des activités de renseignement et de sécurité, afin de faire reconnaître l¹utilité du renseignement par nos politiques et nos élus.