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LES MOYENS INSUFFISANTS DU RENSEIGNEMENT FRANçAIS

Eric Denécé
01-05-2011

Comparées aux autres services occidentaux, les services français connaissent aujourd'hui des limitations réelles sur le plan financier, alors que les budgets des agences britanniques et américaines poursuivent leur augmentation afin de faire face à la menace terroriste et à l'imprévisibilité de l'environnement international. En conséquence, le fossé entre nos capacités et celles de nos alliés ne cessent de se creuser.

Tous services confondus, en France, les financements attribués au renseignement n'ont progressé que de 9% entre 2001 et 2005 alors que les augmentations budgétaires atteignaient en moyenne 40% outre-Manche et outre-Atlantique.

Certes, des efforts significatifs ont été faits sous l'impulsion du président Sarkozy, dans le prolongement des propositions du Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité (2008), qui a, pour la première fois, érigé le renseignement en fonction stratégique à part entière.

Ainsi les effectifs de la DGSE vont augmenter de 700 personnes (soit approximativement 15%) au cours de la prochaine loi de programmation (2009-2014), pour passer de 4 400 hommes aujourd'hui, à plus de 5 000 personnes. Des moyens budgétaires supplémentaires doivent également être attribués au renseignement technique (DGSE et DRM).

Toutefois il faut rappeler que les effectifs de la DGSE n'avaient cru que d'une cinquantaine de postes entre 2011 et 2005. Surtout, elle ne représente que 0,9% du budget de la Défense, qui lui-même ne représente que de 2% du budget de l'Etat. Peut-on parler dès lors d'une priorité accordée au renseignement ?

D'autant que la DCRI, la DRM et la DPSD vont devoir réduire leurs effectifs (5% à 10% en moyenne), dans le cadre de la recherche constante d'économies budgétaires.

Les services judiciaires constituent la peau de chagrin de l'antiterrorisme français. Ni les succès obtenus ni la montée des périls ne valent aux policiers de bénéficier de moyens décents. Un décompte approximatif du nombre de fonctionnaires affectés à la lutte antiterroriste en France, tous services judiciaires confondus, porte à moins de 200 le nombre d'enquêteurs chargés de ces dossiers sensibles.

 

La comparaison de notre « effort » avec celui nos principaux alliés met en lumière l'insuffisance des moyens français consacrés au renseignement.

 

> En Allemagne, les trois services de renseignement fédéraux emploient 16 500 personnes, dont 7 500 pour le BND et 3 750 pour le renseignement militaire.

 

> Au Royaume-Uni, dont les ressources, la population et les responsabilités sont similaires à celle de la France, la communauté du renseignement regroupe plus de 20 000 personnes et est en constante progression.

Au cours de la dernière décennie, les services britanniques vu leurs budgets augmenter en moyenne de plus de 50% et leurs effectifs de plus de 25%.

Le GCHQ a recruté 350 personnes en 2007. Il prévoit d'en recruter 1 250 de plus d'ici 2011. Au cours de la seule année 2007, le MI 5 a connu une augmentation de 41% de ses dépenses et le MI 6, de 9%. Le MI 5 avait 3 382 personnes en 2008 (plus 350 consultants). Il en prévoit 4 100 en 2011.

L'ancien Premier ministre Michel Rocard rappelait, en mars 2008, dans Le Figaro que le budget que Londres - qui dispose par ailleurs du soutien financier et technique américain - consacrait au renseignement était 3,5 fois supérieur à celui de Paris, et était en continuelle augmentation, de 10 % par an.

 

Aux Etats-Unis, les chiffres donnent le tournis, mais ne sont pas nécessairement synonymes d'efficacité. Le budget du renseignement américain est passé de 27 milliards de dollars en 1997 à 80 milliards en 2010 (dont 27 milliards de dollars pour le seul renseignement militaire), c'est-à-dire qu'il a plus que triplé.

Avant le 11 septembre 2001, La CIA comptait environ 17 000 employés. Elle a depuis augmenté ses effectifs de plus de 50%.

Un dossier réalisé en 2010 par le Washington Post révèle que 1 271 agences gouvernementales et 1 931 compagnies privées réparties sur 10 000 sites à travers le pays travaillent sur le renseignement ou la lutte antiterroriste. Le dispositif emploie 854 000 personnes qui disposent d'accès à des informations secrètes et 33 bâtiments ont été construits à cette fin rien que dans l'agglomération de Washington. Mais les services de renseignement américains sont devenus si tentaculaires qu'il est impossible d'en connaître avec précision, le budget, l'efficacité ou le domaine d'intervention et les effectifs. La « machine » produit plus de 50 000 rapports par an.

 

Sur le plan des effectifs comme des budgets, les services français sont sous-dimensionnés, par rapport à nos alliés, à nos responsabilités, à nos ambitions, comme face l'ampleur des menaces auxquelles nous sommes confrontés.

L'ensemble de la communauté française du renseignement, tous services confondus, compte un peu plus 13 000 membres, contre plus de 20 000 pour les Britanniques et plus de 16 000 pour les Allemands qui n'ont pas nos responsabilités internationales.

En proportion des populations respectives, il faudrait que nos services comptent environ 80 000 personnes pour égaler l'effort de la Russie ou des Etats-Unis, 30 000 pour égaler celui des Britanniques et 20 000 pour les Allemands. Nous sommes donc loin du compte.


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