
L'éditorial d'Eric Denécé
Les défis de la sécurité en Afrique en 2011 Terrorisme, criminalité, piraterie, conflits internes, déstabilisation des pays secoués par le « printemps arabe », chaos en Libye... l'année 2011 n'aura pas épargné la sécurité de l'Afrique, qui connaît une situation toujours préoccupante, malgré des avancées positives (création d'un nouvel Etat au Sud-Soudan, nouvelles élections au Libéria, résolution de la crise ivoirienne, etc.).
Les facteurs d'insécurité se diversifient, la violence ne recule pas et jamais les activités illicites n'ont connu une telle ampleur. Les Etats du continent ne parviennent pas à trouver la stabilité et la sécurité nécessaires à leur développement, malgré les efforts entrepris depuis plusieurs années.
En effet, les pays d'Afrique subissent les effets de trois phénomènes :
Ces phénomènes concomitants - et de plus en plus fréquemment combinés - représentent un défi considérable pour les pays africains. Le coût économique de cette insécurité est énorme : pertes humaines, destructions des infrastructures, interruption de l'activité économique, pillages des ressources naturelles, corruption, fuite des investisseurs et des opérateurs étrangers, départ des immigrés, etc. Conflits locaux, terrorisme et criminalité sont de véritables entraves au développement économique et à la sécurité des populations.
La multiplication des zones de non-droit - aussi bien dans les grands centres urbains d'Afrique que dans les régions les plus reculées - est propice au développement de trafics de toute espèce, comme à celui de la violence. Ces espaces incontrôlés sont de véritables « pépinières » pour les organisations criminelles et terroristes.
L'extrême difficulté des Etats à exercer leurs fonctions régaliennes sur les espaces dont ils ont la charge constitue la problématique centrale de la sécurité en Afrique. De nombreux acteurs étrangers sont attirés par la vulnérabilité des Etats du continent, car ils savent pouvoir tirer bénéfice du désordre local pour y prospérer. Le risque à venir est celui de la prise de contrôle du pouvoir par des groupes criminels ou des gouvernements soumis à l'intérêt des ces organisations. Alors se produirait le basculement d'une criminalisation économique vers une criminalisation politique. La Guinée Bissau en est peut-être le premier exemple.
Face à ces défis majeurs, le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) a décidé de consacrer, en cet automne 2011, trois des ses publications au continent africain :
Malgré cette avalanche de nouvelles préoccupantes, nous sommes convaincus que les raisons d'espérer existent. C'est pourquoi il est essentiel de suivre avec vigilance tous les facteurs de déstabilisation du continent africain, lequel jouera, au XXIe siècle plus que jamais auparavant, un rôle essentiel pour la stabilité mondiale.