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UNE CIA EUROPÉENNE ? FANTAISISTE ET INSENSÉ!

Lettre IES Verdun, 26 mars 2004

La réunion des responsables des principaux services de renseignement européens à Madrid ne correspond qu'à de « l'affichage politique » selon Eric Denécé, un ancien agent français de renseignement, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R).

Cet expert en intelligence économique et terrorisme, très consulté par les autorités françaises – il a notamment travaillé pour la Défense nationale – estime qu'il ne faut pas attendre grand-chose de cette réunion, qui n'a probablement pour objectif que de « rassurer l'opinion publique européenne ».

« Certes, la coopération entre les services et la transmission d'informations doivent être améliorées mais il ne faut pas s'attendre à une collaboration efficace entre les services secrets si on veut faire travailler tout le monde ensemble » explique Eric Denécé.

Selon l'expert français, les services de renseignement coopèrent déjà plus que les gouvernements entre eux, mais « cela se fait très discrètement.

Il y a un tas de petits deals entre les services mais plus ces accords sont élargis, moins c'est efficace. Un peu comme l'Europe, en fait. Plus il y a de personnes qui détiennent de l'information, plus il y a de risques de fuites ».

Sur le terrain, la coopération a beaucoup progressé « on a jamais autant fait mais cela ne se fait qu'à titre très informel et souvent sur une base bilatérale ; c'est ce qui fonctionne le mieux ». Il ne croit pas par exemple à l'efficacité du Monsieur Terrorisme qui sera nommé à la fin de la semaine par les chefs d'Etat et de gouvernement.

« Sans service, sans moyens, sans relais, soumis à la bonne volonté des uns et des autres, il ne sera pas d'une grande utilité » souligne-t-il. La méfiance entre certains services de renseignement serait aussi un frein à une bonne coopération.

« Dans le monde du service secret, il y a beaucoup de méfiance, ce n'est pas facile de cultiver l'esprit de collaboration. ». Les services britanniques se méfient ainsi des services allemands, qui ont parfois laissé filtrer des informations hautement sensibles.

Ainsi, l'idée avancée par certains pays européens de créer une « CIA européenne » n'a aucun sens selon lui.

« Chacun des services secrets a ses réseaux et n'a pas envie de les partager avec une vingtaine d'autres pays.

Ce serait une usine à gaz purement bureaucratique ». Eric Denécé estime néanmoins que le terrorisme arabe pourrait être un excellent terrain d'exercice.

« Les services français travaillent depuis 1979 sur le terrorisme arabe en raison des liens historiques avec le Maghreb notamment.

Les Allemands et les Belges connaissent bien aussi cette question. Les Britanniques qui ont probablement les meilleurs services de renseignement d'Europe ont malheureusement négligé le terrorisme islamiste.

Tout comme les Etats-Unis. Une collaboration étroite entre les services et les polices pourrait leur permettre de combler ce retard.

Quant à l'Espagne et l'Italie, la collaboration avec leurs services secrets a pour l'instant été très difficile, « ce sont deux pays qui se sont concentrés sur leur terrorisme national, l'ETA et les Brigades rouges, et ont pendant longtemps négligé le terrorisme d'origine arabe. Mais nous pouvons croire que cela va changer maintenant » espère Eric Denécé.

Lettre IES Verdun, 26 mars 2004


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