TERRORISME

Les nouvelles d'Addis
8ème année • bimestriel • n°51 •
15 janvier-15 mars 2006

Mouvements islamiques somaliens soupçonnés d'être liés au terrorisme international

Plus de la moitié de la population africaine est de religion musulmane. L'islam a fait son apparition sur le continent avec l'arrivée des navigateurs arabes et perses qui ont installés des comptoirs commerciaux sur les côtes orientales de l'Afrique, et cela dès le VIIIème siècle. La présence de l'islam dans les pays de la corne de l'Afrique, et en Somalie en particulier, n'est donc pas une nouveauté. Il est vrai cependant que depuis la recrudescence du terrorisme islamiste, divers mouvements radicaux ont vu le jour et profitent du chaos qui règne maintenant depuis plus de quatorze ans dans ce pays pour abriter, recruter et former ceux qu'on appelle maintenant des djihadistes. Il paraît donc intéressant de faire le point sur ces mouvements et sur leurs activités connues.

Dès le 23 septembre 2001 le président américain décrétait le gel des avoirs de 27 entités et individus censés être liés au terrorisme international. Parmi ceux-ci figuraient deux organisations somaliennes, Al-Barakat et Al-Itihaad Al-Islaami.

Al-Barakat était la principale société de transfert de fonds présente en Somalie. Elle servait principalement à la diaspora somalienne établie à l'étranger qui expédiait ainsi près de 500 millions de dollars par an aux familles demeurées au pays. Si les différentes investigations menées n'ont jusqu'à ce jour démontré aucun lien avec le terrorisme international, le gel de ses avoirs a eu pour conséquence d'affamer près de 800.000 Somaliens privés ainsi de subsides. Ce qui n'a pas manqué d'augmenter encore le sentiment antiaméricain d'une population, se considérant une nouvelle fois victime de la politique étrangère des États-Unis.

Les premiers faits reprochés à Al-Itihaad Al-Islaami datent de 1993. Il s'agit des tirs qui ont abattu deux hélicoptères américains tuant ainsi 18 rangers . Ensuite plusieurs attentats visant des lieux publics, en Éthiopie, lui furent attribués. Plus récemment, elle a été accusée d'avoir apporté une aide logistique dans le cadre des attentats de Mombasa du 28 novembre 2002. D'autre part, selon un rapport de l'ONU datant de mars 2005, elle serait très active en Somalie et compterait pas moins d'une quinzaine de camps d'entraînement pour terroristes à qui elle procurerait armes et munitions, afin d'entretenir le chaos dans le pays. À noter également que Al-Ittihaad est également présente au Puntland, ainsi que dans la région somali d'Éthiopie.

Al-Takfir Wal-Hijra. Très peu d'informations sur la branche somalienne de ce mouvement qui a pris naissance en Égypte en 1967. Les takfiris auraient fait leur apparition dans les villes de Mogadiscio et Bosaaso, peu de temps après la chute du régime de Syad Barré. Selon certaines sources, ce groupe resterait très actif et entretiendrait un camp d'entraînement pour terroristes à Raas Kaambooni. Courant 2005, la presse kenyane a rapporté que les services de renseignement kenyans et américains ont établi l'existence de liens entre Al-Takfir Wal-Hijra et Al-Qaïda, ainsi qu'avec la branche irakienne d'Abou Moussab al-Zarqaoui.

Harakat Al-Islah. Ce mouvement politique que l'on peut qualifier de réformateur a pour but avoué d'adapter l'Islam au monde moderne et à la démocratie. Le leader d'Al-Islah n'est autre que le docteur Ali Cheikh, président de l'université de Mogadiscio. Dans les années 90, les activités de ce mouvement étaient principalement humanitaires et cherchaient à rétablir les bases d'un système social à travers le pays. Cependant, ce mouvement est surveillé de près par différents services de renseignement, ces derniers considérant Al-Islah comme l'aile politique de Al-Ittihad.

Avant de clore ce chapitre sur les mouvements islamiques particulièrement actifs en Somalie, il paraît opportun de rappeler le regain d'influence des tribunaux islamiques, appelés également cours islamiques, présents dans la capitale somalienne. Ceux-ci sont notamment à l'origine des affrontements mortels qui se sont déroulés à Mogadiscio, courant novembre 2005. Des heurts ont éclaté lorsque des miliciens inféodés auxdits tribunaux sont intervenus pour procéder à la fermeture des magasins de vidéo diffusant des films occidentaux et indiens qualifiés de « ferments d'immoralité ». – AC

Les faits marquants de la lutte antiterroriste des deux mois écoulés

Somalie. Concernant la recrudescence des cas de piraterie maritime en Somalie, il est intéressant de noter que le ministre somalien de la Pêche et des Ressources, Abchir Farah, a signé un contrat d'une durée de deux ans avec Peter Casini, président de Topcat Marine Security. Cette société américaine s'est vue confier la lutte contre le terrorisme, la pêche illégale et les pirates…

« L'accord global va permettre d'établir un programme de sécurité maritime pour protéger et contrôler les eaux de Somalie dans la limite de la zone économique exclusive », a indiqué M. Farah, après la signature du contrat à Nairobi.

Au moins trois chalutiers taïwanais et leurs équipages sont toujours détenus par des pirates qui réclament une forte rançon en échange de leur libération…

Kenya. Selon une information relayée par la presse kenyane le 14 décembre, un ressortissant algérien, Mohamed Haji Ahmed, a été récemment extradé du Kenya vers l'Algérie. Ce professeur du centre islamique de Twaheed, dans le district de Kwale, serait lié au terrorisme international. C'est du moins ce qui ressort des renseignements fournis par le FBI aux autorités kenyanes. Certaines sources affirment même qu'il serait un expert en explosifs et qu'il aurait des liens avec les auteurs de l'attentat du 7 août 1998. Durant cette période, Mohamed Haji Ahmed était employé par une ONG, dans le quartier défavorisé de Kibera, à Nairobi.

À la mi-décembre, à Biyamathon, dans la région de Wajir, au nord-est du pays, les forces de sécurité ont saisi un lanceroquettes et 4 roquettes avec leur charges propulsives. Ils ont été découverts au domicile d'un certain Mohamed Yousouf Hussein, un homme de 37 ans.

Le 4 janvier le département d'État américain, via son ambassade de Nairobi, a lancé une nouvelle alerte antiterroriste consécutive à des risques d'attentats au Kenya. Le communiqué indique notamment : « Le département recommande aux citoyens américains au Kenya d'évaluer la situation de leur sécurité personnelle à la lumière des menaces terroristes continues et de la capacité limitée des autorités kenyanes à détecter et à éviter de tels actes. » Il est conseillé aux Américains d'éviter les lieux publics à Nairobi ainsi que de voyager le long de la côte kenyane de l'océan Indien.

Éthiopie. Le mardi 20 décembre la police britannique a arrêté Adel Yahya, 23ans, à son arrivée à l'aéroport de Gatwick, en provenance d'Éthiopie. Il a été inculpé le 22 décembre, dans le cadre de l'enquête sur les attentats manqués de Londres du 21 juillet 2005. – AC

ALAIN CHARRET

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