
Dans la presse
Pierre-Marie Giraud, « Ex-otages et experts critiquent le paiement éventuel des frais de libération », AFP, 6 juillet 2010 PARIS, 6 juil 2010 (AFP) - Des ex-otages et des experts sont opposés ou critiques à l'égard du projet de loi, débattu à l'Assemblée nationale, qui vise à faire payer en totalité ou en partie les frais engagés par l'Etat pour la recherche et la libération des otages.
L'article 13 du projet de loi sur l'action extérieure de la France, déjà adopté par le Sénat, prévoit que "l'Etat peut exiger le remboursement de tout ou partie des dépenses qu'il a engagées ou dont il serait redevable à l'égard de tiers à l'occasion d'opérations de secours à l'étranger au bénéfice de personnes s'étant délibérément exposées" à des risques "qu'elles ne pouvaient ignorer".
Le texte exclut les personnes ayant un "motif légitime tiré notamment de leur activité professionnelle ou d'une situation d'urgence". Selon le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, cette mesure ne concernerait pas les journalistes ou les humanitaires.
Jean-Louis Normandin, otage au Liban de mars 1986 à novembre 1987, s'est déclaré "choqué et révolté" par ce projet. Interrogé par l'AFP, le journaliste, vice-président de l'association Otages du Monde, assure qu'il avait déjà "eu du mal à comprendre" les déclarations en février du général Jean-Louis Georgelin. L'ex-chef d'état-major des armées avait annoncé que les opérations, menées pour retrouver les deux journalistes Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier de France Télévisions enlevés le 30 décembre 2009 en Afghanistan, avaient déjà coûté plus de 10 millions d'euros.
"Je suis plutôt révolté" par ce texte de loi, "du moins si l'on considère qu'un citoyen français appartient à la Nation", a dit Jean-Louis Normandin qui rappelle, qu'au contraire, un fonds de garantie des victimes du terrorisme avait été créé en 1986, en pleine vague d'attentats.
Chloé Lemaçon, dont le mari a été tué par un commando français venu les libérer d'une prise d'otages de pirates somaliens sur leur voilier Tanit en avril 2009, se demande comment sera "déterminée la légitimité à être là ou pas et qui va décider de la zone à risque". A plusieurs reprises avant leur prise d'otages, la marine nationale leur avait fermement déconseillé de poursuivre leur route au large de la Somalie.
"Je ne vais pas rembourser l'Etat français pour un sauvetage que je n'ai pas demandé", a assuré Chloé Lemaçon sur France Info, tout en reconnaissant qu'elle ignore le coût des opérations de secours pour le Tanit.
Le colonel Frédéric Gallois, ancien commandant du GIGN, unité qui a participé à de nombreuses libérations d'otages, a indiqué à l'AFP que les "moyens engagés par l'Etat sont considérables" qu'il s'agisse d'enlèvements (Somalie, Afghanistan) ou de prises d'otages (Ponant, Tanit ...). Ce spécialiste relève que "l'Etat commence à se désengager en ne s'occupant plus des employés étrangers de sociétés françaises enlevés à l'étranger".
Frédéric Gallois, directeur d'une société française de "sûreté stratégique", décrit par ailleurs "l'émergence des assurances enlèvement/rançon auxquelles souscrivent confidentiellement de plus en plus de grandes sociétés" pour leurs collaborateurs à l'étranger. "On se dirige vers un mécanisme privé pervers car ce type d'assurances - très coûteuses - ne peuvent être évidemment prises par des gens modestes", regrette-t-il.
"Le droit français interdisant de s'assurer contre les enlèvements, ces contrats d'assurances sont souscrits à Londres", remarque Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il assure que ce projet de loi est "circonstantiel et traduit la détérioration des finances publiques" et conclut : "Comment évaluer les sommes engagées et comment distinguer otages coupables et otages innocents?".
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