
Dans la presse
Médiatiser la menace d'attentat souhaitable, mais à manier avec prudence PARIS, 5 oct 2010 (AFP) - La médiatisation par le gouvernement des menaces d'attentats visant la France est souhaitable, à condition d'être maniée avec prudence, au nom du "principe de précaution" ou pour "déstabiliser" les éventuels groupes préparant des actions, jugent des experts.
"Oui, il existe actuellement en Europe et en France une menace terroriste. Cette menace il ne faut ni la surestimer ni la sous-estimer", a martelé mardi le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux. "Notre rôle, c'est d'informer sans alarmer et notre devoir est de ne pas exagérer et ne pas non plus être dans le déni de réalité", a-t-il répété.
Depuis que le patron de la Direction centrale du Renseignement intérieur, Bernard Squarcini a évoqué cette menace le 11 septembre, les messages officiels se succèdent et vont tous dans le même sens : la France est une cible.
Mais les alertes à la bombe infondées se sont multipliées, notamment à Paris, et plusieurs responsables politiques ont critiqué cette médiatisation.
L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin a déploré "une stratégie de la tension", la socialiste Ségolène Royal a jugé qu'elle relevait d'une "part de mise en scène", la responsable du Front national Marine le Pen évoquant une "diversion".
Ces prises de position politiques sont "irresponsables", tranche Christophe Naudin, criminologue et universitaire à Paris II, qui estime "déraisonnable de mettre en doute les renseignements du contre-espionnage".
Pour des experts interrogés par l'AFP, les autorités n'ont pas vraiment d'alternative.
"Imaginez un seul instant que le gouvernement n'ait rien dit et qu'il y ait un attentat, il serait immédiatement taxé d'avoir caché des choses", argumente le criminologue Alain Bauer. "On ne s'adresse pas aux terroristes, poursuit-il. C'est uniquement le principe de précaution qui joue" à l'égard de l'opinion publique.
Mais pour M. Naudin, communiquer permet également d'envoyer "un message aux organisations criminelles qui du coup ne savent pas si elles ont été découvertes ou pas". Cela peut déstabiliser des groupes susceptibles de préparer des actions "terroristes", selon lui. "Lorsque les terroristes sont affolés, ils font des erreurs", assure-t-il.
Les experts relèvent toutefois un paradoxe : on médiatise une "menace terroriste" sur la foi du travail de services de sécurité qui, par essence, doivent "rester discrets", relève M. Naudin.
Chaque année, "entre un à cinq actes terroristes" sont déjoués "et personne n'en sait rien", assure-t-il.
Alerter le public reste malgré tout "un exercice subtil", complète Alain Bauer.
Et cette communication gouvernementale présente deux dangers, prévient Eric Denécé, directeur du Centre français de recherches sur le renseignement : "décrédibilisation des services et usure de la population". "Il y a toujours une distorsion entre l'analyse des services de renseignements et l'utilisation que l'autorité politique en fait", avertit-il.
Pour Alain Marsaud, député et ancien juge antiterroriste, c'est un risque qu'il faut savoir prendre : "Evidemment qu'il faut communiquer si la menace est réelle". En gardant en tête les limites de l'exercice. "La question qui se pose surtout, c'est de savoir si quelqu'un sait vraiment quelque chose", note-t-il.