
Dans la presse
Libye : Une offensive militaire majeure avec des risques majeurs PARIS, 20 mars 2011 (AFP) - Paris, Londres et Washington ont pris dans l'urgence la tête d'une offensive militaire majeure contre la Libye du colonel Kadhafi, avec tous les risques d'une "opération extérieure", de l'enlisement à l'escalade.
La France, appuyée par la Grande-Bretagne, a affirmé par la voix de Nicolas Sarkozy sa "détermination totale" à "permettre au peuple libyen de choisir lui-même son destin".
Mais les Etats-Unis avancent prudemment. Barack Obama a parlé d'une "action militaire limitée". Le président américain a évoqué "les risques que représente toute action militaire" et souligné que "la force n'était pas l'option qui avait (la) préférence" de son administration.
"Les objectifs de cette campagne pour l'instant sont limités et il ne s'agit pas de chasser du pouvoir" le colonel Kadhafi, a renchéri l'amiral Mike Mullen, chef d'état-major interarmées américain.
Quant à la participation arabe, elle se limite pour l'instant à celle du Qatar, auquel pourraient se joindre, selon un diplomate de l'ONU, des forces des Emirats arabes unis.
Il s'agit d'"une coalition de circonstances qui peut-être remise en question à n'importe quel moment, en fonction de l'évolution de la situation", estime le directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CR2R), Eric Denécé.
Une première brèche est apparue dès dimanche dans la coalition avec les critiques du chef de la Ligue arabe, Amr Moussa, qui a estimé que les bombardements sur la Libye s'écartaient "du but qui est d'imposer une zone d'exclusion aérienne" dans le ciel libyen.
De nombreuses incertitudes pèsent sur la suite des opérations. Un élément semble acquis : les trois principaux protagonistes insistent sur le fait que la résolution de l'Onu exclut tout déploiement de troupes alliées au sol.
Ainsi, en pratique, souligne François Heisbourg, président de l'International Institute for Strategic Studies (IISS) de Londres, l'aviation alliée devra contrôler "un territoire grand comme trois fois la France".
Ancien ambassadeur britannique à Tripoli, Oliver Miles a mis en garde contre les risques de confusion dans l'appréciation de la situation vue du ciel. "Il semble assez simple d'attaquer des blindés, mais n'oubliez pas que les rebelles s'en sont procuré aussi" et qu'ils proviennent des forces libyennes elles-mêmes, a-t-il relevé sur BBC News.
Pour l'instant, souligne également l'analyste britannique Shashank Joshi, l'aviation alliée a fait le plus simple en bombardant des blindés "sur des routes désertiques" où "il n'y aura pas de pertes civiles trop élevées".
Pour François Heisbourg, il est "vital" d'éviter une "partition de la Libye" qui créerait "une onde de choc" et un risque de contagion "au Moyen-Orient et en Afrique".
Selon Denis Denécé, une telle partition du territoire libyen est une revendication historique des tribus de la Cyrénaïque, dans l'est du pays.
François Heisbourg met aussi en garde contre "la capacité de nuisance" de Kadhafi, pointant les menaces qu'il pourrait faire peser sur les puits de pétrole du sud de la Libye, ou "l'éventuelle ouverture du territoire libyen aux groupes d'Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) qui opèrent aux confins du Niger ou de l'Algérie". "Il vaudrait mieux que ces groupes là n'aient pas accès aux dépôts d'armes et de munitions libyens, dans un chaos généralisé", dit-il.
Quant à l'après-Kadhafi, il est selon lui encore plus difficile à envisager que l'après-Saddam Hussein en Irak, "dans un pays du monde arabe encore moins connu des Etats occidentaux".
dch-ha/rh/phc