
Dans la presse
Le "débriefing" de Céline : tenter de savoir où sont retenus ses compagnons (ENTRETIEN) PARIS, 29 AVRIL 2007 (AFP) - Les services secrets français chargés de "débriefer" Céline Cordelier, libérée par les talibans, vont devoir ménager cette jeune fille apparue "déstabilisée", tout en essayant d'obtenir au plus vite le maximum de renseignements pour tenter de localiser ses anciens compagnons toujours otages, estime un expert.
"Je ne sais pas ce qu'ils vont pouvoir retirer de cette jeune femme qui semble dans un tel état de choc. Mais il y a d'autres personnes à sortir, donc ils vont essayer d'exploiter le plus rapidement possible les informations dont elle dispose pour les recouper avec celles de terrain et celles que la police afghane a pu leur donner", a résumé dimanche à l'AFP Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R).
Libérée samedi après trois semaines de captivité en Afghanistan, la jeune militante de l'ONG Terre d'Enfance est rentrée dimanche en France, où elle a été conduite "dans un endroit tranquille", selon une source proche du dossier.
"Elle va d'abord voir ses proches. Ils vont lui laisser une demi-journée. Elle va ensuite passer des examens médicaux", pense Eric Denécé, selon qui la jeune femme a sans doute déjà été "un peu débriefée avant qu'elle ne quitte Kaboul".
Son compagnon français, Eric Damfreville, et trois Afghans travaillant pour la même ONG, enlevés en même temps qu'elle le 3 avril dans le sud-ouest de l'Afghanistan, sont toujours aux mains des fondamentalistes.
"Il s'agit de localiser l'endroit où ils pourraient être, pour identifier le groupe qui les détiendrait, et de connaître les conditions de détention et les mesures de sécurité", dit l'expert.
"S'ils se rendent compte qu'ils n'ont pas les moyens d'intervenir là-bas, ou qu'ils ne savent pas dans quelle région les otages sont, le débriefing va être obligatoirement plus court. Mais s'ils savent qu'ils peuvent envoyer une unité, ils auront tendance à la cuisiner pour avoir tous les détails", imagine-t-il.
Si l'interrogatoire doit être long, elle peut être transférée "au camp de Cercottes, près d'Orléans, à l'abri des regards, au calme, là où la presse ne vient pas perturber", souligne Eric Denécé.
Pour un "débriefing" ("rapport de mission" en anglais), les méthodes d'interrogation relèvent des "sciences comportementales", explique-t-il. "Le niveau de perturbation psychologique de l'individu fait qu'il faut parfois laisser retomber le soufflé avant de lui reposer les questions. Il n'y a pas de pression".
"Notre rétine voit beaucoup plus de choses que celles dont notre mémoire se souvient. A partir d'une ou deux choses, on sait l'amener à solliciter des champs mémoriels dont elle n'a même pas nécessairement conscience", ajoute-t-il.
L'expert relève deux difficultés potentielles : d'abord, "débriefer quelqu'un qui n'a pas été formé, c'est plus dur". "Un journaliste, par exemple, sait regarder et écouter", comme Florence Aubenas, ex-otage en Irak, ou encore un agent français. "Mais une jeune fille d'une ONG, un peu déstabilisée comme elle en a donné l'impression durant sa déclaration, je ne sais pas ce qu'ils vont pouvoir en sortir", nuance-t-il.
Autre inquiétude de l'expert après avoir entendu la déclaration de la jeune fille, où elle a cité ses ravisseurs, il se "demande si elle n'est pas tombée en plein dans le syndrome de Stockholm", quand l'otage finit par défendre la cause de ses geôliers.