
Dans la presse
La photo et le son, préalables à des négociations pour les otages PARIS, 1 oct 2010 (AFP) - La publication d'une photo et d'un enregistrement des sept otages du Sahel ouvre la voie à la phase de négociations actives avec les ravisseurs de l'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), estimaient vendredi des experts interrogés par l'AFP.
Cette première image et ce premier enregistrement des otages depuis le rapt survenu il y a deux semaines, qualifiés par le Quai d'Orsay de "signe encourageant", vont permettre aux négociations de s'engager réellement entre la France et l'Aqmi par le biais d'un intermédiaire aggrée par les deux parties, a fait remarquer vendredi à l'AFP une source proche du dossier.
"C'est évidemment l'Elysée qui a la main et qui pilote entièrement l'affaire avec Claude Guéant, secrétaire général de la présidence, Bernard Bajolet, coordonnateur national du renseignement et le général Benoît Puga, chef de l'état-major particulier du président de la République", ajoute cette source.
Dans la région du Sahel, la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), les réseaux de la diplomatie française et les moyens militaires d'observation et de renseignement français informent heure par heure l'Elysée.
La DGSE est également chargée de deux autres dossiers d'otages : son agent enlevé le 14 juillet 2009 en Somalie et deux journalistes de France 3 enlevé en Afghanistan il y a neuf mois.
Espions, analystes, diplomates et commandos sont aussi chargés de "mettre en musique" les décisions de l'Elysée, explique cette source en soulignant qu'une intervention de "vive force n'est pas du tout à l'ordre du jour, les otages étant détenus séparemment".
"On va rapidement entrer dans une négociation", avance Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), persuadé que "l'Aqmi est de moins en moins à l'aise dans la région, les Touaregs lui étant moins favorables".
Ce spécialiste souligne que les "Algériens, qui ne veulent pas que la France se réinstalle solidement dans la région, ont intérêt à un règlement rapide de l'affaire". Il note également qu'Abou Zeid, le chef présumé du commando qui a enlevé les employés d'Areva à Arlit (Niger) dans la nuit du 15 au 16 septembre, vient d'établir le contact avec la France.
Mais Eric Denécé s'inquiète de la personnalité d'Abou Zeid qu'il dit capable "de libérer un otage et d'en tuer un autre pour faire avancer ses revendications".
Un avis partagé par Louis Caprioli, ancien responsable de la DST, qui note que le "nombre important d'otages permet à Abou Zeid de fixer des ultimatums".
Un Abou Zeid qui, selon l'ex-otage d'Aqmi Pierre Camatte, "pourrait très bien" être le seul ravisseur au visage découvert présent sur la photo diffusée jeudi.
Cela n'étonnerait guère Louis Caprioli, car cela lui permettrait de montrer "qu'il est bien le chef du groupe".
"La photo, selon ce spécialiste, montre également une dizaine d'hommes armés qui, du coup, font apparaître les sept otages comme des prisonniers de guerre". Cette photo est ainsi une manière de redire que l'"Aqmi a déclaré la guerre à la France et à la présence d'Areva au Miger".
Louis Caprioli relève par ailleurs la rapidité de la revendication de l'enlèvement et de la publication de cette photo, accompagnée de la voix des otages.
"Maintenant l'Aqmi peut décider, soit de rendre ses revendications publiques, soit de transmettre ses exigences par un intermédiaire validé par Aboud Zeid, en les accompagnant de nouvelles preuves de vie".
"Tout est entre les mains d'Abou Zeid, il est maître de l'agenda", conclut Louis Caprioli.