
Dans la presse
L'ONG des deux otages français exprime son "angoisse" après une vidéo, par Indalecio ALVAREZ PARIS, 16 avr 2007 (AFP) - La petite ONG française Terre d'enfance a fait état lundi de son "angoisse" quant au sort de ses cinq collaborateurs, dont deux Français, otages des talibans en Afghanistan alors que la France assurait oeuvrer à obtenir leur libération dans la plus grande discrétion.
Les deux Français ont appelé à l'aide dans une vidéo dont des extraits ont été diffusés samedi par des télévisions, mais le gouvernement afghan a exclu dimanche tout marchandage avec les talibans sur les otages.
Le président de l'organisation non-gouvernementale Terre d'enfance, Antoine Vuillaume, s'est déclaré bouleversé par cette vidéo.
Elle nous donne beaucoup d'angoisse pour la situation et le sort de nos cinq amis qui sont retenus là-bas", a-t-il dit à l'AFP. "Elle nous donne la preuve que nos cinq amis sont vivants, mais elle fait grandir notre angoisse parce qu'on n'a aucune garantie sur leur sort".
Les deux volontaires, un homme et une femme, sont apparus pour la première fois depuis leur enlèvement dans cet enregistrement dans lequel ils plaident pour avoir la vie sauve.
M. Vuillaume a refusé de commenter la décision du gouvernement afghan d'exclure toute négociation, en soulignant que la discrétion était "le meilleur moyen de garder l'espoir d'une libération".
Le président Jacques Chirac a appelé jeudi le président afghan Hamid Karzaï afin de lui "demander son soutien pour assurer la libération" des otages, enlevés le 3 avril dans la province de Nimroz (sud-ouest).
Critiqué pour avoir cédé au chantage de "terroristes" après la libération le 19 mars du reporter italien Daniele Mastrogiacomo, dont l'interprète et le chauffeur afghans ont, eux, été tués, Hamid Karzaï avait assuré qu'un tel échange de prisonniers ne se répéterait plus.
Les autorités françaises assurent être "entièrement mobilisées" pour récupérer les otages "sains et saufs". Mais elles gardent la plus grande discrétion.
"Le discours diplomatique et la réalité des faits sont deux choses différentes : ce n'est pas parce que Karzaï affiche haut et fort, pour des raisons de politique intérieure, qu'il n'aidera pas la France qu'il ne le fera pas", déclare Eric Denécé, expert du Centre français de recherche sur le renseignement.
De son côté, François Géré, de l'Institut français d'analyse stratégique, estime qu'"il faut une position concertée entre Kaboul et Paris, ce qui n'est pas évident" car "Paris doit "montrer que tous les efforts sont faits" et Kaboul, au contraire, dire "qu'il n'est pas question de se rendre aux conditions des talibans".
Or, aucune exigence n'a pour le moment été présentée publiquement par les talibans, qui, au cours du seul mois dernier, ont enlevé une dizaine de personnes.
Les ravisseurs ont seulement annoncé avoir fait une "proposition" sur le "sort" des otages aux responsables des talibans dont ils attendent les ordres.
"C'est un peu surprenant", estime Eric Denécé. "Est-ce pour dissimuler que c'est un groupe crapuleux qui les a enlevés et qui cherche à vendre les otages aux talibans eux-mêmes ? Dans cette hypothèse, demander aux talibans de les reprendre leur garantirait une plus grande sécurité".
Paris, qui a déployé près de 2.000 hommes sur le théâtre d'opérations afghan et dont des avions Rafale bombardent depuis le début du mois les positions des talibans, "devient naturellement une cible", relève François Géré.
Mais la présence de spécialistes français du renseignement sur le terrain pourrait s'avérer utile. "Nous avons beaucoup de militaires qui ont noué eux-mêmes de nombreux contacts", fait valoir Eric Denécé. " La France a encore en Afghanistan des capacités de renseignement tout à fait significatives", assure François Géré.