
Dans la presse
« Des terroristes pourraient s'infiltrer » Le Parisien, 10 novembre 2001
ÉRIC DENÉCÉ, directeur du Centre français de recherches sur le renseignement Comment les services spécialisés testent-ils la sécurité des sites à risque ?
Eric Denécé. Le GIGN et le service action de la DGSE, les deux groupes d'intervention qui traitent ces affaires, ont plusieurs méthodes distinctes. La plus efficace, c'est l'infiltration. Ces missions sont fréquentes, mais leur taux de réussite reste inconnu. Les agents spéciaux, qui agissent en civil en groupe de quatre à huit, travaillent parfois pendant plusieurs mois sur ce qu'ils appellent un objectif. Ils vont discuter avec des employés, se procurer les plans de la centrale… Théoriquement, parce qu'ils ont le temps et l'argent, des terroristes pourraient s'infiltrer de la même façon. Quand ils ont suffisamment de renseignements, les spécialistes passent à l'action. Dans certains cas, la direction est même prévenue du jour, voire de l'heure de l'infiltration. La sécurité est renforcée, et c'est donc aussi un bon entraînement pour les forces spéciales.
Comment peuvent-ils s'introduire dans des centrales pourtant si surveillées ?
Il n'y a pas une méthode récurrente pour s'infiltrer. La sécurité de l'entreprise bouche en effet les trous au fur et à mesure, il y a une sorte de transfert des risques. Pour rentrer, les hommes du GIGN ou de la DGSE peuvent se déguiser en livreur, puis, quand les livraisons font l'objet d'une surveillance accrue, ils rentreront en coupant les barbelés…
Que se passe-t-il quand les agents se sont infiltrés ?
Ils vont prendre des photos ou poser des autocollants voire, mais c'est plus rare, voler un objet pour laisser une trace de leur passage. Imaginez que des terroristes pourraient laisser des bombes. Parfois, les spécialistes peuvent peut-être se rendre jusqu'au réacteur nucléaire, mais leur travail en amont doit leur permettre de savoir comment toucher le point névralgique de la cible sans pour autant y accéder. La pratique d'un terroriste est là un peu différente puisqu'eux n'hésiteraient pas à prendre des otages et à se faire ouvrir les portes.
Par la suite, une discussion s'instaure-t-elle avec les responsables de la sécurité de la centrale ?
C'est le cas à chaque fois. C'est parfois lors du debriefing qui suit la mission que vient le moment de pousser un gros coup de gueule sur les lacunes. Même quand il n'y a pas d'infiltration, le GIGN et la DGSE peuvent faire un diagnostic sécurité. C'est un véritable travail de consultant. Les spécialistes viennent avec une liste pouvant faire jusqu'à vingt ou trente pages et qui passe en revue tous les points faibles dans la sécurité de l'entreprise : système informatique, canalisations d'égouts, service de nettoyage, agences d'intérim pour les employés occasionnels…
Quel type de site peut subir ce genre d'opération ?
Outre la Hague ou les centrales nucléaires, il y a tous les sites à risque. Dans les années quatre-vingt, un agent s'était introduit dans la base top secrète des sous-marins nucléaires de l'île Longue, près de Brest. Il s'était caché dans la soute à bagages d'un bus pendant un contrôle. Des usines chimiques, de type Seveso par exemple, les raffineries ou les stocks d'essence sont également sous surveillance. D'autant plus que pour ce dernier cas, l'intérêt terroriste est encore plus grand car ces endroits se situent presque toujours à proximité des habitations.