
Dans la presse
“Al-Qaida s’est reconstituée et renforcée” METRO, le 15-03-2007
La parole à Alain Rodier, directeur de recherche au CF2R
Ancien officier supérieur des services de renseignements français, Alain Rodier est spécialiste du terrorisme et de la criminalité organisée. Il est directeur de recherche au Centre français de recherche sur le renseignement
Al-Qaida semble plus forte que jamais. Les Américains auraient-ils perdu la guerre contre le terrorisme ?
Après les attentats du 11 Septembre 2001, l'organisation a subi de très lourdes pertes, mais jamais elle n'a été menacée de disparaître. Elle s'organise aujourd'hui en deux pôles : le premier, traditionnel, avec Oussama Ben Laden et son adjoint, le docteur Al-Zawahiri, cachés probablement dans les zones tribales du Pakistan ; le second, qui serait situé en Iran. Il est intéressant de noter que le docteur Al-Zawahiri s'adresse aux combattants via des cassettes et des sites Internet tous les mois. Cela témoigne d'une grande vitalité du mouvement.
On constate également une activité importante d'Al-Qaida au Sahel. Un nouveau front à proximité de l'Europe...
Le Sahel ne constitue pas un nouveau front. La présence d'Al-Qaida y a été repérée via les prédicateurs en provenance du Pakistan qui s'y sont installés il y a trois ou quatre ans… Il y a aussi eu des affrontements au Mali. Une bonne nouvelle, cependant : les tribus touareg du nord du Mali semblent refuser la présence des djihadistes. Mais cette zone est immense, il y a de la place pour tout le monde. On parle en fait d'un front d'Afrique de l'Ouest qui se développe et se structure autour de l'ex- GSPC algérien, qui a récemment changé de nom et s'appelle désormais “Al-Qaida au Maghreb”. Un changement plus que symbolique. Cette organisation est dirigée par un conseil où sont réunis Algériens, Tunisiens et Marocains.
Comment expliquer l'échec du président pakistanais Pervez Musharraf à sécuriser les zones tribales de son pays où se situe la base arrière d'Al-Qaida ?
C'est qu'il essaie avant tout de sauver son régime. Ses tentatives de contrôler les zones tribales ont toutes été infructueuses parce qu'il n'a le soutien ni des militaires ni des forces spéciales. Dans les rangs de l'armée, nombreux sont ceux qui appartiennent au peuple baloutche, aussi très représenté dans les zones tribales.
Peut-on aujourd'hui éviter de nouveaux attentats ?
La question n'est pas de savoir si Al-Qaida va ou non frapper, mais où et quand.
Quelle est la part du conflit irakien dans la menace terroriste ?
C'est un camp d'entraînement à ciel ouvert, comme l'était il y a quelques années l'Afghanistan. Les combattants qui s'en sortiront constituent un danger maximal pour leurs pays d'origine. Quand ils reviendront chez eux, ils seront parfaitement entraînés et prêts à mener des actions redoutables.
Jennifer Gallé
Metrofrance.com